La cgt
NOUS SUIVRE
  
Publié le mardi 14 novembre 2017
Industrie en Europe

Pour une politique industrielle répondant aux besoins de tous ?



Pour se développer et répondre aux besoins des populations, les pays doivent se doter d’une production industrielle, rapprochée des lieux de consommation. Cette industrie, qui ne se réduit pas à une industrie dite du futur, doit prendre en compte les besoins sociaux, les possibilités offertes par les technologies, les défis environnementaux et les aspirations des salariés.

L’appareil de production doit se développer, se transformer en ayant comme souci de limiter les besoins en matières premières, ressources fossiles, métaux et en réduisant les pollutions. Ce développement industriel ne peut plus être laissé à la main des transnationales qui enjambent les États, cherchent les lieux de production les plus rentables en pratiquant le dumping social et environnemental. Un grand pas en avant serait de reprendre l’article 1 de la charte de Philadelphie de l’OIT en 1944 qui déclarait que le travail n’est pas une marchandise. La coopération entre États doit remplacer la concurrence qui stérilise la planète et exploite les travailleurs. La recherche doit être soutenue car c’est un élément central pour trouver les moyens de répondre aux défis immenses qui sont posés à l’humanité. Les normes sociales et environnementales doivent être harmonisées par le haut. Les travailleurs doivent participer aux choix stratégiques et économiques des entreprises. Compte tenu des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies, leur introduction et leur utilisation est un véritable enjeu démocratique pour toute la société. Les questions de la place de l’humain dans le travail, du travail, de son sens, de son contenu, de sa finalité doivent être posées. Ce qu’on produit et la manière dont on le produit est un débat qui n’appartient pas aux seules entreprises. Les droits des travailleurs sont au centre de ces enjeux.

Le marché unique européen pourrait être un facteur d’intégration à condition que la cohésion sociale et territoriale prenne le pas sur l’empreinte laissée par des années de crise et de politiques d’austérité. La pauvreté, les inégalités culminent à des niveaux incompatibles avec l’ambition de l’Union européenne d’être en tête du développement de secteurs innovants et de l’objectif de production industrielle à hauteur de 20 % du PIB. Au plan intérieur, la production industrielle de l’UE est fragilisée par des fractures et des inégalités sociales fortes.

Le niveau et la qualité des investissements dévolus à une transition écologique par tous et pour tous et aux infrastructures sociales doivent être renforcés, une initiative soutenable de financement et un plan d’investissement à hauteur de 2 % du PIB européen pendant dix ans doivent y contribuer et avoir pour ambition de rediriger l’investissement vers le financement de l’économie réelle. Une industrie productive solide nécessite des infrastructures et des services publics de qualité, et de viser à satisfaire les besoins et la démocratie et non de faire tourner un modèle économique basé uniquement sur la rentabilité financière et les plus hauts dividendes aux actionnaires.

Réfléchir à la place de l’agroindustrie et la sécurité alimentaire en Europe sont aussi des enjeux dans l’Europe sociale que nous voulons, pour les travailleurs et pour les générations futures. De même, réfléchir à quels transports, quelles énergies, quelle mobilité mettre en place pour répondre aux besoins des populations — à l’opposé de choix uniques et unilatéraux — est une priorité pour faire face à la mondialisation des productions et au gigantisme des marchés et des entreprises.

Les traités commerciaux de l’Union européenne doivent favoriser la production en préservant les sites et des normes sociales favorables aux salariés (branche, nationales et Europe) à l’opposé de la mise en concurrence sauvage et du dumping social généralisé (détachement, délocalisations) et en privilégiant des circuits courts avec les normes sociales les plus favorables aux salariés en Europe, en France et dans le monde. La mise en œuvre de la nouvelle loi française sur un devoir de vigilance des multinationales doit y contribuer.

Enfin, pour atteindre le niveau de recherche indispensable pour ce développement industriel, il faut non seulement allouer des moyens budgétaires, mais également développer les compétences et les qualifications des travailleurs en Europe, en sécurisant les parcours professionnels et en rendant transférables les droits à formation partout en Europe. La compétitivité ne doit pas supplanter la solidarité.