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Publié le jeudi 9 novembre 2017
Sommet de Göteborg

Avenir du travail et numérique



L’approche du numérique au niveau du travail est souvent vécu par les salariés comme une opportunité destructrice. Il convient donc en premier lieu de déconstruire le mythe du numérique. Le développement du numérique n’est pas neutre, comme toute avancée scientifique et technique.

Aujourd’hui, le numérique est mis au service du système capitaliste. Pour parvenir à ses fins, il s’appuie sur une sorte de déterminisme technique : le progrès technique serait linéaire, sans choix possible. Il résoudrait tous les problèmes et apporterait le bonheur. Il s’agit en réalité d’une cristallisation de rapports culturels et sociaux qui portent en eux des choix et des options de société. Le numérique ne met donc pas fin à l’affrontement capital/travail, et l’intervention des citoyens est indispensable pour construire la société de demain. Le numérique peut alors être un formidable outil d’émancipation, de promotion de la démocratie, de construction du vivre ensemble, de développement humain durable.

Un second point est à prendre en considération : le numérique n’a pas de frontière, surtout dans le capitalisme financier mondialisé, il est donc aussi un sujet européen. Ainsi, la Stratégie de Lisbonne en 2000 visait à faire de l’Union européenne (UE) « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». La nouvelle stratégie européenne « Europe 2020 » vise quant à elle une croissance intelligente (promouvoir la connaissance, l’innovation, l’éducation et la société numérique), durable et inclusive.

Dans ce cadre, l’UE construit un marché unique du numérique. La proposition de la Commission européenne du 10 janvier 2017 vise à trouver des solutions politiques et juridiques susceptibles de libérer le potentiel de l’économie fondée sur les données dans l’UE, notamment la libre circulation des données au sein de l’UE, la suppression des obstacles juridiques ou administratifs. La résolution du Parlement européen, adoptée le 1er juin 2017, sur la connectivité internet pour la croissance, la compétitivité et la cohésion, a pour objectif la société européenne du gigabit et de la 5G. La logique européenne sur le numérique est similaire à celle des autres secteurs économiques : libéralisation, booster la croissance…

L’UE se préoccupe aussi de protection des données à caractère personnel, comme avec le RGPD (règlement général sur la protection des données) du 27 avril 2016, dont l’entrée en vigueur est prévue en mai 2018. Se pose la question de l’intervention des salariés, avec la CGT, dans les entreprises et services pour faire respecter ce règlement.

L’approche de la CGT sur le numérique vise à placer l’humain au centre du développement et du processus productif au service des besoins, en partant du travail qui évoluera et se transformera. Pour atteindre les objectifs du numérique au service de l’homme, nous avons notamment besoin d’une organisation du travail différente, construite avec l’ensemble des salariés concernés. Pouvoir dire son mot, intervenir sur le contenu, le sens et l’organisation du travail est un élément décisif pour construire sa santé au travail et pour l’efficacité même de l’entreprise. C’est un des objectifs de notre bataille pour la transformation du travail.

Il est déterminant de s’appuyer sur les outils numériques pour mettre en débat avec tous les salariés, la qualité, le sens et l’organisation du travail : transformer le travail pour s’y épanouir plutôt que de s’y abîmer.

Pour la CGT, l’intervention des salariés est déterminante, en particulier sur l’organisation du travail, sur le temps et la charge de travail. La campagne CGT pour les 32 h prend tout son sens à l’heure du numérique. La formation tout au long de la vie est un enjeu majeur avec le numérique pour s’adapter au rythme rapide des changements techniques, pour anticiper les besoins en nouvelles qualifications et compétences. Il faut aussi garantir de bonnes conditions de travail et un équilibre entre vie privée et vie professionnelle (droit à la déconnexion) et garantir le droit à la vie privée au travail.

L’exemple de l’économie numérique qui se développe à grands pas montre le besoin d’une coopération forte et étroite entre États membres pour encadrer de manière efficace l’évolution de ce secteur. Par la nature même des activités qui s’y développent, la législation au niveau nationale serait contournée immédiatement. Les travailleurs en Europe ont besoin que la construction européenne les protège et accompagne dans l’évolution technologique.