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Publié le mercredi 16 mai 2012

Le travail, un enjeu de santé



Une politique de santé doit être « globale
 » et ne pas continuer à séparer ce
qui relève de la santé au travail et de
la santé publique. Elle ne peut ainsi se
limiter au seul domaine du curatif et
à la défense de l’hôpital public.

La réponse à apporter aux questions
de santé n’est donc pas uniquement
technique et individuelle, elle est
sociale et politique. En effet, le niveau
et le mode de vie, l’environnement
économique et social, les conditions
de travail, conditionnent pour beaucoup
l’état sanitaire de la population.
Personne ne peut plus nier maintenant
que les choix de gestion des entreprises
et des organisations de travail
exposent de nombreux salariés à des
risques d’altération de leur santé (voire
à la mort) au plan physique et mental,
comme au plan social.

Les périodes de chômage, la flexibilité
du travail et de l’emploi, les bas
salaires, le « mal travail », tout ce qui
concourt à rendre la vie précaire, ont
des effets néfastes sur l’état de santé
des salariés.

Le travail est donc un déterminant de
santé. Il est plus que le moyen de
gagner sa vie. Il permet de se prendre
en charge, de s’assumer, d’être relié
aux autres et donc de s’épanouir et de
développer sa santé.
Nous faisons nôtre la phrase de G.
Ganguilhem : « je me porte bien dans
la mesure où je me sens capable de
porter la responsabilité de mes actes,
de porter les choses de l’existence et
de créer entre les choses des rapports
qui ne viendraient pas sans moi ».

Aussi, ne peut-on pas faire de la santé
une priorité nationale sans porter la
nécessité absolue de transformer les
situations de travail, permettant à chacun
et chacune de construire sa santé
tout au long de sa vie. C’est cette
démarche et cette dynamique que
nous avons portées pendant la préparation
des travaux initiés par le gouvernement
sur la « perte
d’autonomie », car il n’y a pas de
« bien vieillir », s’il n’y a pas de « bien
travailler ».

C’est notamment depuis son 48e
Congrès, que la CGT porte une
démarche qui conjugue le travail, la
santé au travail, la santé publique avec
la conviction qu’il faut donner plus de
visibilité, plus de réalité à une stratégie
syndicale, davantage fondée dans le
rapport qu’entretient le salarié avec le
travail, pour le transformer et forger
les déterminants du bienêtre physique,
mental et social. Avec la conviction
également que la Sécurité sociale doit
passer d’une logique d’assurance
sociale gérant un risque maladie à une
logique de politique de santé pour
développer les politiques préventives.

Ce postulat invite par ailleurs, à valoriser
le rôle de l’État et celui de la
Sécurité sociale dans la conduite des
politiques de santé, mais il n’a de sens
que s’il s’appuie sur la démocratie
sociale tant dans l’entreprise que dans
la gestion de la Sécurité sociale.

La conception du rôle central du travail
dans la construction de l’individu
et de la société pour répondre à des
besoins sociaux qui se transforment,
si elle rend cruciale la revendication
de la démocratie, la réponse à l’ensemble
des besoins, sanitaire, sociaux
et médico-sociaux, implique, elle, de
faire aussi évoluer le système de santé
et de Sécurité sociale.

Les écarts persistants d’espérance de
vie liés aux catégories socioprofessionnelles
rappellent l’impact des conditions
de travail sur la santé des salariés
exerçant des travaux pénibles. Plus
largement, les transformations technologiques,
organisationnelles et
managériales du monde du travail et
de son environnement modifient la
nature et la gravité des risques auxquels
sont exposés la plupart des
salariés.

Les tendances observées depuis une
vingtaine d’années sont celles d’une
augmentation exponentielle des
troubles musculo-squelettiques et du
développement des troubles psychosociaux.

L’évaluation des risques
d’atteinte à la santé au travail se complexifie
et nécessite que soient mieux
cernés les risques émergents, les maladies
à effet différé, l’étiologie des maladies
multifactorielles.

La mobilité de salariés de plus en plus
nombreux, dont celles des salariés
« atypiques » ou précaires, nécessite
de créer les conditions d’un suivi longitudinal
et de la traçabilité des expositions.
Face à ces objectifs, le système
de santé au travail actuel n’a pas su
évoluer et présente de graves insuffisances
de conception, d’organisation
et de résultats. Il pâtit de ce fait d’une
image de qualité médiocre ou controversée
tant du côté des salariés, pourtant
les premiers bénéficiaires, que du
côté des entreprises ou plus largement
de l’opinion.