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Publié le mardi 8 juillet 2008

Les saisons font du chiffre

Saisonniers

Qui sont les saisonniers ? Où travaillent-ils ? Quand ? Dans quels secteurs ? Les
quelques études ou enquêtes menées, depuis une dizaine d’années, sur ces
questions, ne permettent pas de dresser un profil précis de la saisonnalité, mais
avancent certaines pistes. Un article de Chrystel Jaubert

(publié dans un supplément de 8 pages de la Nouvelle Vie Ouvrière sur les saisonniers en 2007)

Combien sont-ils ? 600 000
aujourd’hui, tous secteurs
confondus, selon l’Insee.
420 000 dans le seul secteur du
tourisme, selon le rapport du
ministère de l’Emploi de 1999.
Cette petite valse des chiffres et des
sources ne s’arrête pas à ce détail :
selon l’Anefa (Association nationale
pour l’emploi et la formation
en agriculture), 850 000 personnes
occupent, chaque année,
un emploi saisonnier dans l’agriculture.
Sans projection hâtive, il
est possible d’avancer qu’un bon
million de personnes occupent
chaque année un emploi saisonnier,
tous secteurs confondus.
Les quelques enquêtes menées
par le bureau de la statistique de la
direction du tourisme sont réalisées
à partir des déclarations
annuelles de données sociales
(DADS). Lesquelles font état de
trois grandes catégories de saisonniers
du tourisme :
– les professionnels mobiles
(20 %), ayant fait une école hôtelière
ou des études relatives aux
métiers du tourisme, se déplacent
pour acquérir une qualification et
sont généralement saisonniers
jusqu’à 35 ans ;
– les pluriactifs locaux (20 %) sont
généralement peu qualifiés et travaillent
au gré des opportunités
touristiques de la saison ;
– les jeunes à la recherche d’un
premier emploi (60 %) peuvent
être des occasionnels (jobs d’été),
des personnes en quête d’emplois
saisonniers par défaut ou qui
cherchent à s’installer dans le secteur
du tourisme pour rompre
avec la précarité, les petits boulots
en CDD, intérim, contrats aidés…
D’après ces mêmes sources, 65%
des saisonniers d’été et 51 % des
saisonniers d’hiver ont moins de
25 ans. Comme l’analyse Agnès
Naton, secrétaire de la CGT, « le
travail saisonnier dans le tourisme
apparaît comme une mosaïque difficilement
saisissable […]. La catégorisation
ne suffit pas. D’autres critères
viennent s’ajouter à la complexité
des situations individuelles : le statut
(salarié ou indépendant), la durée
du contrat (durée limitée ou non),
les parcours professionnels… ». Difficile,
en somme, de dresser un
profil précis du salariat saisonnier
du tourisme.

Et dans le secteur agricole ? Là
encore, sérier la saisonnalité est
une gageure. Le travail non déclaré
est inquantifiable, mais semble,
comme pour le tourisme, largement
répandu. En 2000, la JOC
(Jeunesse ouvrière chrétienne) avait
mené une enquête auprès de cinq
cents saisonniers : 25% d’entre eux
travaillaient sans contrat !
Dans l’agriculture, 140000 entreprises
font travailler, chaque année,
1 100 000 salariés (arboriculture,
maraîchage, viticulture, horticulture,
polyculture, pépinière, élevage).
Parmi ceux-ci, quelque 70%
occupent un emploi saisonnier, à
temps complet ou partiel. La moitié
des contrats saisonniers de l’agriculture
sont inférieurs à vingt jours
et un tiers seulement dépassent
deux mois. Certes, il y a de moins
en moins de structures agricoles,
mais celles qui subsistent augmentent
en surface. Les effectifs stables
des grandes exploitations diminuent,
tandis que le nombre de saisonniers
croît. De 1988 à 2004, ils
sont 20 % de plus. Sur la même
période, la tendance des gros
exploitants agricoles à fractionner
les contrats saisonniers (par tâches,
plutôt que pour l’ensemble de la saison)
fait croître mécaniquement le
nombre de saisonniers.
Enfin, les saisonniers immigrés
introduits par l’Office des migrations
internationales (OMI) constituent
un bataillon de 10 000 à
15 000 personnes, employées en
contrat à durée déterminée, de
quatre à six mois, principalement
dans les cultures maraîchères et les
vergers. En trente ans, le nombre
des saisonniers immigrés a été
divisé par dix, un contingent fixé
en vertu de conventions bilatérales
passées entre la France et les pays
d’origine de ces personnes.
Qu’il s’agisse du tourisme ou de
l’agriculture, les saisonniers sont
les rouages indispensables à la
survie des entreprises qui les
emploient.

Repères

Zoom sur le Sud agricole



En France, ils sont environ 800000 saisonniers, contre 250000 permanents. Plus
d’un tiers des offres d’emploi (ANPE) sont d’une durée inférieure à un mois.
En Midi-Pyrénées, le nombre d’exploitations agricoles a baissé de 22% en neuf
ans. La superficie des exploitations a crû de 44% entre 1988 et 2000. Le volume
de travail salarié a augmenté de 29%. 56637 salariés représentent 11000 équivalents
temps plein (37% ont moins de 21 ans). 15% bénéficient d’un contrat à
temps complet.
85% des contrats sont à durée variable, dont 47% d’une durée inférieure à un
mois, 38% d’une durée allant de un à neuf mois.
(source CGT)

Repères

La restauration attend une petite révolution



Comme dans d’autres secteurs, les HCR (hôtels-cafés-restaurants) connaissent
une pénurie de main-d’œuvre, y compris d’employés saisonniers. Cela
est essentiellement dû aux bas salaires et aux conditions de travail et
d’hébergement difficiles. Dans les HCR, 20 % des saisonniers sont des
« professionnels mobiles » et 20 % des pluriactifs locaux. Les deux tiers des
saisonniers d’été ont moins de 25 ans avec de nombreux temps partiels (près
de 40 %). Le turn-over, d’une année sur l’autre, chez les saisonniers des HCR
est estimé à 86%.
La CGT des HCR note à propos de la convention Unedic, signée le 18 janvier de
l’an passé : « Les saisonniers vont cotiser pour un système de solidarité,
l’Unedic, et ne vont rien toucher alors qu’ils sont les plus précaires. »
La CGT demande « que les négociations en cours pour une remise à plat du
régime d’assurance chômage traitent des conditions d’indemnisation des saisonniers
et abrogent les dernières dispositions ». Dans le cadre de ces négociations,
la CGT-HCR exige « la prise en compte des conditions de vie et de
travail des salariés saisonniers et une amélioration sensible de leurs conditions
d’indemnisation en dehors des saisons, par l’instauration d’une indemnité
minimum journalière de 30 euros durant les périodes non travaillées,
l’ouverture des droits à l’indemnisation après trois mois de travail effectué par
période de douze mois »