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Publié le mardi 8 juillet 2008

Reportage
Ça jase sous les pêchers

Saisonniers

Été à la plage, hiver sur les pistes, les Pyrénées-Orientales disposent d’arguments
touristiques et de terres regorgeant de fruits et légumes. Ce sont principalement
les saisonniers qui font tourner les machines catalanes de l’agriculture et du
tourisme. La CGT départementale multiplie rencontres et initiatives destinées à les
soutenir et à faire respecter leurs droits. Un reportage de Chrystel Jaubert

(publié dans un supplément à la NVO consacré aux saisonniers en 2007)

On embauche tôt, surtout
dans les Pyrénées-Orientales.
Et surtout dans
l’agriculture. Surtout au mois de
juin, période de cueillette et de
conditionnement des abricots,
pêches et autres fruits du
moment. On embauche tôt,
certes, mais pas toujours à la
même heure, tout dépend des
cycles de ramassage et de la
météo. Or la veille, il pleuvait.
Comme l’explique Gilles Perissinotti,
secrétaire de l’UD
(union départementale) CGT,
« quand il pleut trop, c’est impossible
de cueillir et ramasser. Il se
peut donc que ce matin le patron
téléphone aux saisonniers pour
leur dire de ne pas venir. Et puis,
on est en fin de cycle sur certains
agrumes
 ».
Les responsables et militants
venus, ce matin-là, rencontrer
des saisonniers à l’embauche en
sont pour leurs frais, du moins
en ce qui concerne les entreprises
de conditionnement des
fruits. La CGT doit plier ses
gaules, quitter la zone industrielle
des faubourgs de Perpignan,
emprunter des routes de
campagnes pour tenter une
prise de contact avec les ramasseurs
et cueilleurs au cœur
même des exploitations.

Des salariés isolés

Depuis quelques années déjà,
du fait du potentiel touristique
du département, l’UD va à la
rencontre des saisonniers sur
leurs lieux de travail (mer, montagne),
distribue tracts et livrets
d’accueil.
Dans le même temps,
au niveau confédéral, la CGT
s’empare des problématiques de
la saisonnalité, crée un collectif
de travail. Jack Tord, du groupe
confédéral sur les saisonniers,
précise : « C’est vrai qu’il existe,
depuis quelques années, une prise
en compte syndicale de la saisonnalité.
Cependant, pour des raisons
d’accessibilité aux sites de travail,
on est longtemps restés centrés sur
les saisonniers du tourisme. Il nous
faut désormais nous tourner vers
l’agriculture et l’agroalimentaire.
 »
La cheville ouvrière de cette
ouverture s’appelle Charlotte
Thillien. À 25 ans, elle cumule
fonctions confédérales – elle
anime le collectif saisonniers –
et locales, en charge des initiatives
et revendications liées à la
saisonnalité dans le département
des Pyrénées-Orientales.
Charlotte s’explique : « Jusqu’à
présent, les actions étaient ponctuelles.
J’essaie de mettre en place
un travail suivi, permanent, en
direction des saisonniers. Aujourd’hui,
avec le soutien de Thierry
Labelle
(secrétaire général de
l’UD), de Gilles Perissinotti et de
Gérard Frances
(relais régional de
la fédération CGT de l’agroalimentaire),
je veux à la
fois poursuivre notre
action dans le
tourisme et
entrer en contact
avec ces saisonniers
de l’agriculture
exploités et
pas organisés
 ».
Et nombreux, pourrait-
elle ajouter, car
le secteur emploie
quelque 16 000 saisonniers
pour les seules Pyrénées-Orientales
chaque année.
Sur la route de Théza, de part et
d’autres des bordées de platanes,
une exploitation dite
familiale aligne les vergers sur
une sacrée surface. À l’heure de
la pause déjeuner, de petits
groupes se sont formés, à
l’ombre, qui mangent ou font la
sieste. Les militants s’approchent,
se présentent, exposent
leur démarche, distribuent des
guides. Méfiance. L’ex-délégué
syndical CGT, Patrice Basso,
aujourd’hui « au placard dans un
verger de deux hectares suffisamment
éloigné des autres pour ne pas
qu’il puisse trop les informer de
leurs droits
 », raconte qu’« ils en
prennent plein la figure depuis que
le patron a monté son propre syndicat,
avec des chefaillons qui surveillent.
S’ils parlent, ils sont grillés
ici et, à cause des groupements
d’employeurs, ils seront interdits de
séjour dans toute la région
 ».

« Plein la figure »

Le fait est qu’ils sont peu
loquaces. Cependant, après
s’être assuré qu’aucun petit chef
ne tourne dans le coin et, surtout,
que leur anonymat sera
respecté, les langues se délient
un peu, puis beaucoup.
Les témoignages se font accusateurs.
Morceaux choisis : « Dans
la région de toute façon, les seuls
boulots sont saisonniers.
 » « Si tu
fais la saison une fois dans l’agriculture,
après t’es catalogué et on
ne tient plus compte de tes diplômes
ou de tes compétences : on te propose
que des boulots de merde.
 »
« Une fois, on m’a envoyé faire les
tomates, dans les serres, il y fait
plus de 50 degrés.
 » « On n’a pas le
choix, on est obligé de bosser, on est
de la main-d’œuvre malléable, utilisée
pour toutes les basses tâches,
sous-payée.
 » « Le patron a obtenu
tous les labels qualité
(Red Gap,
ISO 2001), alors que les critères
retenus pour les attribuer ne sont
pas respectés, vous pouvez
vérifier.
 »
Des témoignages de souffrance
au travail, de pénibilité, de fatalisme
quant au danger même des
conditions de travail qui leur sont
réservées, au mépris de toutes les
réglementations en vigueur.
Charlotte Thillien accuse le coup.
Puis elle se reprend : « La preuve
qu’il faut continuer à aller leur dire
qu’ils ne sont pas seuls et qu’on se
bat pour eux.
 »