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Publié le mardi 12 février 2013
Une campagne de la CGT

Conteneurs : Attention ! Gaz toxiques



A l’initiative conjointe des organisations CGT des Ports et Docks, des Douanes, de la confédération, des unions départementales et locales, six distributions de dépliants et d’autocollants se sont déroulées simultanément dans les ports du Havre, de Marseille, Fos-sur-Mer, Dunkerque, Saint-Nazaire et au port autonome de Paris Gennevilliers.

Il s’agissait d’alerter les salariés qui manipulent les conteneurs maritimes sur les dangers avérés de présence de gaz toxiques utilisés partout dans le monde pour désinsectiser les marchandises ou sur les émanations de gaz liés à la fabrication de certains produits. Des milliers de pochettes autocollantes comportant un dépliant en trois langues (français, anglais, espagnol) ont été apposées sur les portes des conteneurs, ainsi que des affichettes d’avertissement.

Par cette action qui va se poursuivre, la CGT veut faire pression sur les pouvoirs publics afin que des dispositions sérieuses de contrôle soient prises et que la protection des salariés (douaniers, dockers, manutentionnaires) soit assurée. La CGT demande aussi une étude épidémiologique et un suivi médical pour ces salariés afin que l’on ne soit pas dans quelques années confrontés à un nouveau scandale de santé publique.


Le contexte

Près d’un million de conteneurs en provenance d’Asie entrent chaque semaine dans les ports européens.
Chaque jour en France, des milliers de travailleurs (manutentionnaires, dockers, douaniers,
déclarants en douane, magasiniers, chauffeurs routiers, logisticiens...) ouvrent des conteneurs et y
pénètrent pour un temps plus ou moins long afin d’y procéder par exemple à des opérations de
contrôle ou de manutention.
Un geste aussi banal pourrait avoir pour eux des conséquences graves voire mortelles,
immédiatement ou par sa répétition du fait de la présence très fréquente de gaz et vapeurs
toxiques parfois en grande concentration.

Différentes campagnes de mesures menées par des scientifiques en Europe et en Australie entre
2002 et 2008 ont démontré que 10 à 30% de ces conteneurs renferment des gaz et vapeurs toxiques (GVT) dans des
proportions supérieures aux normes de sécurité !
Les preuves scientifiques s’accumulent et démontrent qu’il s’agit d’un danger réel et immédiat pour
la santé de tous les travailleurs amenés à pénétrer dans ces conteneurs et manipuler ou être en
présence des marchandises qu’ils contiennent. Cependant, cette menace demeure mal connue du
public en France (pas de campagne d’information des pouvoirs publics ou des employeurs) et
pernicieuse (la quasi totalité des gaz dangereux sont incolores et inodores. Voir tableau de présentation de quelques uns de ces gaz). Par ailleurs, les tests
menés sont unanimes : il est impossible de distinguer un conteneur dangereux d’un conteneur
inoffensif sans analyser son atmosphère.
De plus, certains de ces produits imprègnent les marchandises transportées et sont ensuite
susceptibles d’être libérées pendant des mois et affecter ainsi la santé de tout les consommateurs.

Cette grave question de santé au travail est donc également une question de santé publique.

Les solutions préconisées par les rares employeurs qui accordent une attention au problème
(Douane, sociétés employant des dockers) restent insuffisantes, la principale étant l’ouverture du
conteneur 30 minutes avant d’y pénétrer.

Quels types de gaz sont en cause ?

Les gaz concernés peuvent être rangés schématiquement dans deux catégories :
- des gaz utilisés pour la fumigation afin de détruire des organismes nuisibles (insectes,
rongeurs, moisissures...) susceptibles de se diffuser du pays de départ vers l’Europe. Il s’agit
donc par définition de gaz extrêmement toxiques destinés à tuer à peu près toute forme
de vie ;
- souvent en association avec les premiers, les tests mettent en évidence d’autres gaz et vapeurs
dont la toxicité est reconnue (benzène, toluène, xylène, COV...) pouvant avoir une autre origine, en particulier émaner des marchandises séjournant dans le conteneur ;
De plus, ces différents produits s’additionnent pour former des “gaz cocktails” ou même des
composés nouveaux et inconnus dont les effets sur la santé n’ont jamais été étudiés.

Quels dangers représentent-ils ?

Ces produits peuvent pénétrer dans l’organisme par les voies respiratoires ou à travers la
peau. Chaque composé chimique a ses spécificités. La plupart d’entre eux attaque le système respiratoire et le système nerveux
central. Ils peuvent également s’attaquer aux cellules sanguines, au foie, au système immunitaire
et être cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques.

Si c’est si dangereux et si courant, pourquoi n’entend-on jamais parler d’accident ?

Les quasi-totalité des gaz et vapeurs toxiques sont incolores et inodores et les symptômes
d’intoxication peuvent n’apparaître que plusieurs heures après l’exposition. Surtout, ce risque est à
peu près inconnu : lorsqu’un incident survient, personne ne pense à établir un lien entre les
symptômes et le fait de travailler à l’intérieur de conteneurs.
Dans les pays où la connaissance du danger est plus répandue qu’en France, des accidents,
parfois très graves, sont répertoriés.
Surtout, le risque le plus important est celui de l’intoxication chronique résultant de l’absorption
quotidienne de doses suffisamment faibles pour ne pas avoir d’effet immédiat.

“10 à 30% de ces conteneurs renferment des gaz et des vapeurs toxiques dans des proportions supérieures aux normes de sécurité” : pourquoi un tel écart entre des études scientifiques ?

Toutes les études n’ont pas été menées selon le même protocole même si elles ont toutes été
menées dans un cadre scientifique (universitaire) garantissant leur sérieux. En particulier :
- les normes de sécurité peuvent varier d’un pays à l’autre pour un même produit ;
- l’éventail des gaz et vapeurs recherchés n’étaient pas forcément les mêmes d’une étude à
l’autre (en particulier du fait de l’emploi de méthodes d’analyse différentes) ;
- les méthodes d’échantillonnage des conteneurs mesurés ne sont pas standardisées.
Par ailleurs, une étude menée à Hambourg sur 4 ans (2003-2006) montre une augmentation
de la menace sur cette période (7% en 2003, 25% en 2006). L’étude australienne indique enfin
que, sur la même période et en employant le même protocole, les résultats peuvent varier d’un
port à l’autre.

Pourquoi ces produits ne sont-ils pas interdits ?

La fumigation correspond à un impératif commercial (la préservation de la marchandise) mais
aussi à un intérêt public fort : éviter la dissémination d’espèces invasives. Ainsi, il est
communément admis que le frelon asiatique aurait été introduit en Europe lors de l’importation
d’un conteneur de poteries chinoise à Bordeaux en 2004. La FAO (agence de l’ONU en charge de
l’agriculture et de l’alimentation) préconise d’ailleurs la fumigation des conteneurs depuis 2002
pour lutter contre la nématode du pin qui a totalement détruit les forêts de résineux au Portugal.
Par nature, les produits utilisés pour la fumigation sont forcément toxiques. Certains produits
sont peu à peu interdits mais en raison de considérations environnementales (gaz à effet de serre
ou destructeurs de la couche d’ozone).

Ce danger est-il nouveau ?

Les risques liés à la fumigation et à la manipulation du fret existent depuis longtemps mais ses
effets commencent seulement à être analysés : les dockers français vivent ainsi environ 8 ans de
moins que la moyenne de nos concitoyens.
De plus, le risque évolue et se diffuse du fait de la mondialisation et de la conteneurisation :
- les échanges internationaux de marchandises se multiplient et les délocalisations permettent
souvent l’emploi de produits chimiques sur les chaînes de production qui sont interdits dans les
pays développés ;
- 90% du commerce maritime de marchandises est désormais réalisé dans des conteneurs. Ce
mode de transport “point à point” supprime les ruptures de charge dans les ports et amène le
danger partout sur le territoire.

Le port d’un masque ne serait-il pas suffisant ?

Il s’agit d’une “fausse bonne idée” ! En effet, chaque gaz nécessite l’emploi d’une cartouche
filtrante spécifique qui devient inopérante quand elle est saturée. De plus, certains produits
chimiques pénètrent également par la peau. Il est donc nécessaire d’identifier précisément la
nature du gaz et et sa concentration pour prendre des mesures de protection adaptées.