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Publié le vendredi 22 septembre 2006

Interview de Jean-Christophe Le Duigou pour la Nvo du 22 septembre 2006



Retraite : polémique autour des régimes spéciaux

Les propositions que nous avons formulées en 2003 restent valables. La moitié du besoin de financement des retraites dépend de la situation de l’emploi. Avec une vraie politique de l’emploi et un retour au plein emploi, les cotisations nouvelles couvrent la moitié des besoins de financement. L’autre moitié ne peut venir que de ressources supplémentaires...

La Cour des comptes, dans son rapport annuel sur la sécurité sociale, préconise une réforme des régimes spéciaux de retraite. Comment réagissez-vous ?

Le principal problème que rencontrent les régimes spéciaux aujourd’hui (1) est celui du déséquilibre démographique. On compte, pour ces régimes, un million de retraités pour 500 000 cotisants. Le cas le plus caractéristique étant celui des mineurs : il n’y a plus un seul mineur actif alors qu’ils sont des dizaines de milliers de pensionnaires de la mine. On pourrait aussi prendre les cheminots. Ils étaient 400 000 il y a quarante ans pour environ 180 000 aujourd’hui. La question nous est posée. Comment garantir l’avenir les retraites de ces catégories ?

Ces régimes spéciaux sont plus favorables que les autres, n’y a –t-il pas un problème d’égalité de traitement entre les salariés ?

Il y a clairement un problème d’égalité de traitement chez les salariés, nous l’avons dit au cours des discussions préparant la réforme de 2003. La question est de savoir si au nom de cette égalité on aggrave la situation des uns pour d’ailleurs sans doute aggraver aussi celle des autres à l’étape suivante. Est-ce qu’on aligne tout par le bas ou est-ce qu’on créé les conditions d’une plus grande solidarité entre les différents composants du salariat ? Exemple : deux salariés qui passent leur journée au fond d’une tranchée pour enterrer des lignes à moyenne tension, travail pénible qu’ils font régulièrement et tout au long de leur vie, si l’un d’eux est agent EDF, il aura sa retraite à 55 ans, si l’autre est un sous-traitant d’une entreprise de travaux publics, il aura au mieux sa retraite à 60 ans. Faudrait-il, au nom de l’égalité, nier la pénibilité du travail et ramener le départ en retraite de ces salariés à 60 ans ou plus ? Ou bien faut-il reconnaître cette pénibilité ? De ce point de vue, les régimes spéciaux reconnaissent cette pénibilité contrairement au régime général. Depuis 18 mois, les négociations sur ce terrain piétinent car le Médef refuse obstinément de mettre un centime dans l’opération.

Reste que ces régimes sont déficitaires. Que proposez-vous pour établir un équilibre financier ?

Ces régimes ont un besoin de financement comme du reste l’ensemble des régimes, ce qu’a souligné le COR. Globalement, il manquera environ 20 à 25 milliards d’euros de financement à l’horizon 2020, 80 milliards à horizon 2040-2050. Le problème n’a pas été traité par la réforme de 2003, le gouvernement refusant d’aborder la question des financements pour faire face à l’augmentation du nombre de retraités : 50% en plus à l’horizon 2020, plus de 2/3 à l’horizon 2040. Si on ne consacre pas plus d’argent au financement des retraites alors que le nombre d’ayants droit augmente, nous allons vers une dégradation de la situation du niveau des retraites et peut-être même vers un effondrement des régimes. La question est : quelle part de la richesse nationale voulons- nous consacrer dans les années qui viennent au financement des retraites.

Que proposez-vous ?

Les propositions que nous avons formulées en 2003 restent valables. La moitié du besoin de financement des retraites dépend de la situation de l’emploi. Avec une vraie politique de l’emploi et un retour au plein emploi, les cotisations nouvelles couvrent la moitié des besoins de financement. L’autre moitié ne peut venir que de ressources supplémentaires. C’est-à-dire de l’augmentation du niveau des cotisations. Il s’agit d’augmenter les cotisations notamment patronales puisque depuis une quinzaine d’années les entreprises ont, non seulement diminué leur contribution à l’équilibre des régimes de protection sociale, mais ont aussi vu diminuer leur part dans le financement de ces régimes. Aussi, nous réclamons l’augmentation des cotisations et la réforme de la contribution patronale pour tenir compte de l’ensemble de la richesse créée par le salarié dans l’entreprise.

(1) Ceux des industries électriques et gazières, de la SNCF, de la RATP, des mineurs, des Clercs de notaires,

Propos recueillis par Dominique Martinez