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Publié le mardi 8 mars 2011
Une interview de Rachel Silvera, économiste, chercheuse

Egalité femmes/hommes : il est urgent d’avancer



Photo : Claude Candille, NVOLe mensuel de la CGT aux syndiqués, Ensemble !, a consacré en mars 2011 ci un dossier sur le 8 mars. La chercheuse et économiste Rachel Silvera y est notamment interrogée par Cyrielle Blaire, journaliste.

Les droits et la place
des femmes dans
le monde du travail
progressent-ils ?

- On ne peut pas dire
qu’il n’y a pas eu
de progrès. Aujourd’hui,
les femmes sont
massivement salariées,
et celles qui démarrent
un travail restent
sur le marché de
l’emploi qu’elles
aient ou non
des enfants, qu’il y ait
ou non la crise.
Sur la question
des rémunérations,
les salaires moyens
des femmes sont
toujours inférieurs
d’un quart par rapport
à ceux des hommes.
Chez elles, le temps
partiel est très répandu,
leurs emplois sont
moins qualifiés,
elles travaillent plus
souvent dans les PME
où il est moins facile
de négocier. Mais
quand on élimine
ces variables, entre
12 % et 15 % d’écart
ne s’expliquent pas
et constituent de la
discrimination pure.
Si les filles réussissent
mieux à l’école, sont
plus diplômées que les
hommes, le fait est que
l’entreprise ne leur
offre pas les mêmes
promotions, les mêmes
rémunérations à poste
égal ! Et ceci malgré
un nombre de lois
invraisemblable
en France, mais
qui n’ont guère de
traduction concrète.

Sur quels autres
points est-il urgent
d’avancer ?

- Un nouveau thème
s’invite actuellement :
celui du droit à un
service public de la
petite enfance. À travers
cette revendication,
c’est la question de la
double journée des
femmes qui est posée.
En ce qui concerne
le partage des tâches
domestiques ou les
modes d’accueil, c’est-àdire
tout ce qui permet
aux femmes de réussir
leur émancipation, on
patine. Mais le gros
point noir aujourd’hui,
c’est la précarité et le
temps partiel. On oublie
ces femmes qui sont
obligées d’accepter des
miettes d’emploi, deux
heures par ici deux
heures par là, souvent
dans le nettoyage, dans
le commerce et dans
l’aide à la personne.
Elles n’ont pas de
reconnaissance, pas
de vrai statut, font des
journées de travail
parfois pires qu’un
cadre en étant payées
un demi-smic. Il y a
une vraie fracture entre
celles qui ont acquis
des qualifications, qui
commencent à avoir
droit à une carrière,
même s’il y a toujours
un plafond de verre,
et les femmes d’en bas
pour qui la situation
s’est aggravée. Comme
il s’agit de femmes
isolées, peu syndiquées
et souvent issues de
l’immigration
voire sans papiers,
il y a peu de relais
dans notre société.

Quel rôle peuvent
jouer les organisations
syndicales ?

- Je crois beaucoup
au fait que le
syndicalisme doit
changer, être vigilant
et aller auprès de
ces salariées peu
organisées. Le fait
d’avoir intégré la
question de l’égalité
dans le débat sur les
retraites, d’avoir mis
en avant comme l’a fait
la CGT que la réforme
allait être une double
peine pour les femmes
à cause des carrières
hachées, c’était
nouveau et cela a été
une avancée. Faire du
gender mainstreaming,
c’est-à-dire intégrer
l’égalité dans toutes les
revendications, c’est
aussi ça le syndicalisme
de demain ! Mais cela
suppose des formations,
par exemple pour
apprendre à négocier
les écarts de salaire
hommes-femmes
qui sont difficiles
à maîtriser car les
statistiques ne sont pas
faciles à analyser.