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Conférence de presse de la CGT

Un printemps de mobilisations
pour le progrès social

jeudi 6 mars 2014

Le secrétaire général de la CGT entouré de plusieurs dirigeants de la confédération a tenu une conférence de presse ce 6 mars 2014. Thierry Lepaon a brossé le tableau de la situation sociale et économique de notre pays, marquée notamment par la publication des chiffres du chômage par l’Insee. Il a dénoncé "l’absence d’engagement du gouvernement et du patronat en faveur d’une politique d’emploi, d’investissements et de relance."
Évoquant, le "Pacte de responsabilité" qui s’en remet au seul patronat pour régler les problèmes économiques et sociaux, il a réaffirmé le besoin de "se dégager des stratégies patronales et financières qui sont à l’origine de la crise pour trouver une solution durable en faveur du monde du travail".
La CGT, a indiqué Thierry Lepaon, appelle à un "Printemps de mobilisations pour le progrès social" qui sera marqué par plusieurs rendez-vous :
- d’abord le 8 mars, pour les droits des femmes et notamment pour conquérir l’égalité salariale ;
- ensuite, le 13 mars, jour des dernières négociations sur l’assurance chômage qui sera marqué par une manifestation jusqu’au Medef ;
- le 18 mars partout en France
- le 4 avril à Bruxelles.

La CGT invite l’ensemble des salariés à se rassembler, à agir à partir de leurs aspirations et de leurs situations de travail dans les entreprises, les territoires et au niveau européen pour faire des semaines qui viennent un printemps de mobilisation pour le progrès social.

Voici le texte de l’introduction de Thierry Lepaon à cette conférence de presse :

Cette conférence de presse s’ouvre sur une situation sociale dans notre pays qui revêt un caractère de gravité.

L’INSEE publie ce matin son analyse trimestrielle des chiffres du chômage.

Le nombre de demandeurs d’emploi continue d’augmenter.
Ce n’est malheureusement pas une surprise.

L’absence d’engagement du gouvernement et du patronat en faveur d’une politique d’emplois, d’investissements et de relance de la demande produit les effets attendus.

Non seulement le chômage continue de progresser, mais la précarité continue également d’exploser.

Avec plus de 80% des embauches effectuées en CDD, et un niveau de ruptures conventionnelles très élevé, le patronat porte une lourde responsabilité. La situation des salariés n’a jamais été aussi fragile.
Il y a donc des mesures urgentes à prendre.

L’engagement du président de la République à voir s’inverser la courbe du chômage fin 2013 est un échec.
C’est ce qui l’a conduit à passer, dans la précipitation, un accord de nature quasi-personnelle avec le Président du MEDEF pour un pacte de responsabilité.

Cela évite au président de la République de parler du bilan de la politique qu’il met en œuvre avec son gouvernement.
Plutôt que d’ouvrir un débat national sur les alternatives possibles à la politique d’austérité, il veut donner des gages à la Commission européenne.

Il veut montrer que la France continue de s’inscrire dans les contraintes budgétaires fixées par la Commission et qu’elle suit ses préconisations antisociales en matière de protection sociale et de politiques publiques.

L’intervention de la Commission européenne qui décide de mettre la France sous surveillance renforcée a été manifestement un élément déterminant pour aboutir au relevé de conclusions signé hier.
La décision du président de la République est irresponsable sur la méthode comme sur le fond et je souhaite revenir sur ces deux aspects.

Sur la méthode d’abord :

François Hollande prend un accord avec Pierre Gattaz qui engage les politiques publiques et les équilibres sociaux de notre pacte républicain sans discussion préalable, ni avec le gouvernement, ni avec la représentation nationale, ni avec les partenaires sociaux.

Cette situation est inédite.

L’acte politique du pacte de responsabilité revient à s’en remettre au seul patronat pour régler des problèmes économiques et sociaux.
Il faut au contraire se dégager des stratégies patronales et financières qui sont à l’origine de la crise pour trouver une solution durable en faveur du monde du travail.

La France n’est pas une entreprise.

La méthode pose un réel problème de démocratie.
Elle est dangereuse pour la cohésion nationale car elle signifie clairement aux salariés qu’ils n’ont pas voix au chapitre.
De fait, le président de la République valide une logique qui donne la main au patronat sur tous les sujets de négociations et lui offre un droit de véto sur la loi.

Le patronat n’accepte plus de négocier que dans le cadre d’un recul des conditions de vie et de travail des salariés.
En remettant la France entre les mains du MEDEF, François Hollande donne l’occasion au patronat d’en demander toujours plus et même de s’affranchir des promesses de contreparties sur la création d’emplois dans le cadre du « deal » passé avec Pierre Gattaz.
Le MEDEF se permet d’exiger un moratoire législatif sur les quelques avancées votées en faveur des salariés au prétexte que cela stresserait les patrons : la pénibilité, l’apprentissage, les stages, les contrats de générations pour les PME, la consultation du comité d’entreprise en cas de revente de l‘entreprise.

Pouvoir dire et écrire cela est d’une extrême gravité.
C’est une insulte à toutes celles et tous ceux qui ont réellement à cœur d’améliorer la situation économique et sociale de notre pays.
Aucune amélioration économique et sociale ne pourra voir le jour contre les intérêts des salariés, des retraités et des privés d’emploi.

C’est la raison pour laquelle nous les invitons à se rassembler et à agir à partir de leurs aspirations et de leurs situations de travail dans les entreprises et les administrations, dans leurs territoires et au niveau européen pour faire des semaines qui viennent un printemps de mobilisation pour le progrès social.

Ils auront l’occasion de se mobiliser pour les salaires, l’emploi, la protection sociale et les services publics les 18 mars et 4 avril prochains.

Je voudrais saluer ici la lutte des salariés du spectacle qui en s’opposant à la suppression de leur régime d’assurance chômage défendent tout simplement la possibilité d’exercer leur métier et le principe de solidarité à l’intérieur du régime.

Ils seront de nouveau mobilisés le 13 mars.

Revenons sur les fondements du pacte de responsabilité.
Le MEDEF a réussi à convaincre le président de la République de la nécessité de restaurer les marges des entreprises pour leur permettre d’investir.

Cette fausse évidence appelle trois remarques de ma part.
Tout d’abord, il n’est pas anormal que les marges des entreprises se resserrent en période de crise.

C’est le rôle des actionnaires et des banques de supporter ces fluctuations.

Deuxièmement, il convient de regarder de près l’évolution des marges en fonction de la taille des entreprises et des secteurs.
Par exemple, les marges du secteur immobilier, fortement spéculatif, se portent très bien quand celles de la construction, secteur à fort taux de main d’œuvre, sont les plus basses.

Troisièmement, il convient de regarder comment les marges sont utilisées.

Cela n’a pas échappé au Premier Ministre ce matin qui a cru bon de préciser que les 30 milliards de cadeau d’argent public ne devaient pas aller dans la poche des actionnaires.

Depuis dix ans, le montant des dividendes versés aux actionnaires est supérieur au montant des investissements.
Cela donne la mesure du poids de la finance dans l’économie réelle.
Nous sommes demandeurs d’une évaluation sur la répartition des richesses créées par le travail.

Quelle part revient à la rémunération du travail et de la qualification des salariés ?

Quelle part va à l’investissement ?

Quelle part va à la rémunération des actionnaires et des marchés financiers ?

Aujourd’hui, la première menace qui pèse sur l’emploi tient à la place que l’on accorde au travail dans notre société, à sa rémunération, à sa qualité, au sens que chacune et chacun y trouve.

C’est ce débat qu’il nous faut ouvrir.

Cela fait maintenant presque 30 ans qu’on nous dit qu’il faut baisser le coût du travail.

C’est ce qui a conduit les gouvernements successifs à prendre des mesures d’exonérations sociales et fiscales en faveur des entreprises dont le montant est de 200 milliards par an aujourd’hui.

C’est un montant considérable.

200 milliards d’euros offerts au patronat sans qu’il n’ait jamais de comptes à rendre, c’est 10 fois le déficit annuel des régimes de retraites, c’est 30 fois le déficit annuel de la Caisse nationale d’assurance maladie.

Et cela ne marche pas.
Non seulement ces cadeaux successifs n’ont pas permis d’enrayer le chômage massif, mais cela a aussi contribué à créer le déficit public.

Il est nécessaire de faire l’inventaire des 4500 dispositifs d’aides publiques aux entreprises et d’en évaluer les critères, les conditions d’attribution et l’efficacité économique et sociale.

La conditionnalité des aides aux entreprises qui en ont besoin doit être généralisée.

Les salariés et leurs représentants doivent être informés des aides publiques, et disposer d’un droit de veto sur leur utilisation.
Dans le cadre du pacte de responsabilité, François Hollande annonce des chiffres, 30 milliards de suppression de cotisation patronale de la branche famille et 50 milliards d’économies dans les comptes publics mais il se garde bien de définir qui va payer et comment.

Au bout du compte, ce sont les contribuables à travers l’impôt.
Il n’est pas possible de faire 50 milliards d’économies sur le budget public sans entamer les capacités d’action publique.

Qui peut prétendre aujourd’hui qu’il y a trop d’infirmières, trop d’enseignants, trop de policiers, trop de magistrats dans notre pays ?

Qui peut prétendre que l’allongement de la durée de vie et le vieillissement de la population vont conduire à moins de dépenses de santé ?

Qui peut prétendre qu’il faut diminuer la dotation aux collectivités locales alors qu’elles se voient confier de plus en plus de prérogatives ?

Le service public et notre système de protection sociale sont la clé de notre vivre ensemble.

Ce sont les richesses créées dans ce pays qui doivent permettre de les financer de manière solidaire.

En transférant les cotisations patronales de financement de la branche famille vers l’impôt, le président de la République engage un processus que nul autre gouvernement n’avait osé faire avant lui.

C’est une rupture franche avec les principes fondateurs de notre pacte social : le financement de la protection sociale par le travail et le principe d’universalité.

C’est cette même logique que le patronat poursuit dans le cadre des négociations sur l’assurance chômage en cherchant à transférer une partie du financement de l’assurance chômage sur les chômeurs eux-mêmes et sur le budget de l’Etat.

La CGT y est totalement opposée.

Le pacte de responsabilité n’est pas un pacte pour l’emploi.
C’est un pacte de régression sociale.

Le manque d’investissements industriels fait perdre l’emploi dans le secteur privé, les propositions qui sont faites dans le cadre du pacte vont détruire l’emploi public.

Les pays européens du sud ont testé la méthode avec le « succès » que l’on connaît.

Face à cette situation, la CGT prend ses responsabilités.

Oui, il faut faire de l’emploi une priorité.
C’est le sens des propositions que nous mettons sur la table.

Pour relancer l’emploi, il faut de la croissance, ce qui implique de renoncer aux politiques d’austérité.

Les économistes chiffrent à 1,5% la croissance annuelle nécessaire pour commencer à faire baisser le chômage.

Pour renouer avec la croissance, la première des choses est d’augmenter les salaires et les pensions et sécuriser la situation des salariés et des chômeurs pour leur permettre de retrouver l’espoir et la confiance en l’avenir.

Il faut relever substantiellement le niveau du SMIC et le point d’indice des fonctionnaires.

Ce ne sont pas les marges qui font l’investissement, ce sont les carnets de commande !

Des négociations doivent s’ouvrir dans toutes les branches professionnelles pour remettre à flot les grilles salariales au-dessus du SMIC, reconnaître les qualifications à leur juste valeur et construire de vrais déroulements de carrière.

L’égalité salariale entre les femmes et les hommes doit devenir une réalité. C’est ce que nous réclamons avec la quasi-totalité des organisations syndicales dans la déclaration commune diffusée à la presse cette semaine.

La deuxième des choses est d’engager un plan de relance industrielle sans lequel il n’y aura pas de perspective d’emploi dans notre pays.

Nos propositions sont connues.

Elles portent sur les questions de financement, de droit d’intervention des salariés pour peser sur les stratégies d’entreprises, une vraie politique de recherche et de formation des salariés.

Le développement des services publics est indispensable à la relance de l’emploi.

Le cadre européen est pertinent pour promouvoir un plan de relance des investissements industriels.

C’est le sens de la campagne de la Confédération européenne des Syndicats dans laquelle la CGT est engagée.

Ce plan de relance est une réponse de progrès social aux exigences libérales que voudrait continuer à imposer la Commission à tous les peuples d’Europe.

Dans le prolongement de la mobilisation européenne du 4 avril, nous allons prendre des initiatives dans les territoires pour valoriser les propositions d’investissements industriels et mettre en avant les liens indispensables entre les services publics, la recherche, la formation, la santé et le développement de l’emploi industriel.

Vous l’aurez compris : plus que jamais nous sommes aujourd’hui résolus à tout faire pour favoriser l’irruption des salariés sur le terrain social.

C’était le sens de notre appel à multiplier les formes d’actions le 6 février dernier.

C’est le sens de notre engagement le 13 mars prochain dans les manifestations pour porter un projet viable d’assurance-chômage au cœur des négociations sur la convention Unedic.

C’est également le sens de notre engagement le 8 mars et le 18 mars, ainsi que dans toutes les journées d’action professionnelles qui se préparent à La Poste le 13 mars, aux Finances le 20 mars ...

Et comme vous pouvez vous en douter, ce sera aussi le sens de l’appel que nous lancerons le 1er mai prochain ...

Ce sur quoi nous nous engageons, ce n’est pas à additionner les rendez-vous pour remplir notre agenda et nous compter dans la rue !

La raison d’être de la CGT est de permettre aux salariés de se rencontrer, de se rassembler et d’agir à partir de leurs aspirations communes pour gagner des conquêtes sociales.

Parce que ce printemps, nous le construirons aussi avec les salariés des autres pays d’Europe et leurs syndicats, après Rome et Londres, dès demain je serai à Madrid et mardi prochain à Bruxelles.