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Publié le vendredi 7 octobre 2005

Tribune parue dans l’Humanité du 6 octobre 2005 : Un appel solennel de personnalités pour le respect de la dignité humaine

Sans-papiers

Le gouvernement a fait paraître en plein été deux décrets, pourtant retenus depuis deux ans, qui vont restreindre de fait l’accès aux soins des étrangers sans papiers. Désormais, seuls ceux dont l’état de santé justifie un traitement d’urgence pourront y accéder.

Des logis brûlent. Un autre drame se noue, un drame de santé publique. Car le gouvernement a fait paraître en plein été deux décrets, pourtant retenus depuis deux ans, qui vont restreindre de fait l’accès aux soins des étrangers sans papiers. Désormais, seuls ceux dont l’état de santé justifie un traitement d’urgence pourront y accéder.
Ouverte aux étrangers en situation irrégulière qui ne peuvent être affiliés à un régime de Sécurité sociale, l’aide médicale de l’État (AME) est accusée de tous les maux. D’être abusivement détournée de son objet et ainsi de coûter indûment à la nation.
Avec ces décrets, le gouvernement donne des gages aux plus sécuritaires et aux plus démagogiques des parlementaires, il retarde aujourd’hui les soins de ceux qui sont déjà exposés à d’autres souffrances, pour leur accorder demain, mais seulement dans l’urgence, des soins tardifs toujours plus coûteux pour notre collectivité nationale.
Surtout, pour tous ceux qui croient aux droits de l’homme, cette restriction de l’accès aux soins est choquante, car elle est attentatoire aux droits fondamentaux et à la dignité de la personne humaine.
Attendre l’urgence vitale pour enfin soigner des malades, après les avoir laissés souffrir et s’aggraver en l’absence de tout soin, est-ce cela que propose notre pays ?
Le pays qui a inventé l’ingérence humanitaire décide donc d’un terrible renoncement moral. Et il renonce sur son propre sol. L’ingérence humanitaire, c’est bien entendu pour les autres !
Notre pays renonce aussi à ses engagements internationaux. Ceux contenus dans la convention européenne des droits de l’homme : « Nul ne peut être soumis à des traitements inhumains ou dégradants. » N’est-il pas inhumain de refuser des soins et de laisser souffrir des êtres humains en attendant que leur état de santé, physique et psychologique, soit suffisamment dégradé pour justifier l’urgence médicale ?
Nous ne pouvons rester silencieux devant de tels drames individuels et devant une telle désertion morale.
À quoi sert une République ? Vraisemblablement à procurer à ceux qui y vivent, quelle que soit la raison de leur présence, un peu plus de bien-être. C’est son essence, sa raison d’être. L’atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine ne saurait être un outil de la - régulation de l’immigration.

Arrêtez de nous faire honte !
Mouloud Aounit, Secrétaire général du Mrap - François Chérèque, Secrétaire général de la Cfdt – Jean-Pierre Davant, Président de la Mutualité française – Jean-Pierre Dubois, Président de Ldh, Nathalie Ferré, Présidente du Gisti, Jean Gasol, Président de Solidarité Laïque, François Jeanson, Président de Mdm, Alain Olive, Secrétaire général de l’Unsa, Marcel royez, Secrétaire général de la Fnath, Christian Saout Président d’Aides, Bernard Thibault, Secrétaire général de la Cgt

Tribune reproduite avec l’aimable autorisation du journal l’Humanité. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés au journal.