La cgt
NOUS SUIVRE
  
Accueil  >> Société  >> Sport
Publié le vendredi 3 septembre 2004

Sport et société



A la suite de la présidence française des ministres des « Sports » de l’Union européenne, nous pouvons lire, dans les conclusions du conseil européen de Nice (7, 8 et 9 décembre 2000), que « le sport est une activité humaine qui repose sur des valeurs sociales éducatives et culturelles essentielles. Il est facteur d’insertion, de participation à la vie sociale, de tolérance, d’acceptation des différences et de respect des règles. »

La déclaration de Nice

A la suite de la présidence française des ministres des « Sports » de l’Union européenne, nous pouvons lire, dans les conclusions du conseil européen de Nice (7, 8 et 9 décembre 2000), que « le sport est une activité humaine qui repose sur des valeurs sociales éducatives et culturelles essentielles. Il est facteur d’insertion, de participation à la vie sociale, de tolérance, d’acceptation des différences et de respect des règles. »

Il est précisé que le rôle des fédérations sportives est « central dans la nécessaire solidarité entre les différents niveaux de pratique... » et qu’elles doivent « permettre l’accès d’un large public aux spectacles sportifs » et apporter « un soutien humain et financier aux pratiques amateurs » sans que les buts visés soient explicitement précisés.

Nous sommes conscients qu’une telle déclaration est le fruit d’un ensemble de compromis et qu’elle n’expose succinctement que les idées qui ont fait l’objet d’un consensus dans le cadre de l’Europe libérale. Il s’agit néanmoins d’un point d’appui à partir duquel notre confédération doit développer une politique revendicative visant à conquérir de nouveaux droits pour les salariés et les citoyens de notre pays, et de nouveaux moyens pour rendre accessibles économiquement, culturellement et physiquement, les activités physiques.

Le point de vue de la Cgt

Les commentaires qu’entraînent les conceptions contenues dans cette déclaration pourraient être nombreux. Nous nous contenterons d’exposer les contradictions les plus flagrantes qui émergent d’un point de vue qui nous semble fondamentalement erroné.

Le dépassement du concept de « sport »

Tout d’abord, « le sport » n’est pas intrinsèquement porteur de valeurs humanistes, sociales et éducatives. Rappelons-nous les Jeux Olympiques de Berlin ! Le sport actuel est une marchandise, les sportifs de haut niveau génèrent des plus-values que les marchands de sport s’approprient en leur rétrocédant une part des profits, comme dans l’industrie ou le commerce.

Ensuite, la déclaration énonce en principe que le « conseil européen souhaite notamment que soient préservés la cohésion et les liens de solidarité unissant tous les niveaux de pratique sportive ... »  ! Le sport de masse doit-il exister seulement pour approvisionner le sport d’élite en acteurs de la scène du spectacle sportif ? Est-il destiné à entretenir un volume de spectateurs rentabilisant les investissements des organisateurs de spectacles et de consommateurs faisant les choux gras des Nike, Addidas et consort ? Il peut aussi s’agir de l’utilité sociale des activités physiques dans ou hors les systèmes éducatifs (d’ailleurs en passe d’être privatisées dans certains pays d’Europe). Nous aurions aimé en savoir plus sur les mobiles finaux. Mais, reconnaissons-le, il est difficile de faire figurer ce débat dans un tel document.

L’homme, est conçu comme un individu influencé par la société, qui, en retour, dans un processus dialectique, contribue à l’évolution de cette même société.

Les activités physiques et sportives

Bien sûr, l’équilibre psychologique du jeune sportif de haut niveau nous importe, mais plus encore celui de chaque pratiquant d’une ou de plusieurs activités physiques ou sportives.

Pour nous, le concept de « sport » exclut celui « d’activités physiques ». Celui « d’activités physiques et sportives » inclut toutes les formes de pratique et tous les pratiquants. Nous préférons donc résolument le dernier car les activités physiques et sportives concernent aussi bien le grand-père qui entraîne ses petits enfants dans une randonnée pour leur faire découvrir les plaisirs qu’engendre la marche en milieu naturel, que le salarié qui pratique le handball pendant ses temps libres ou l’athlète de haut niveau qui cherche l’excellence en saut à la perche.

Il ne suffit plus alors d’énoncer une simple cohésion entre les niveaux de pratique. Mais, de les articuler, sans hiérarchie financière, sans pouvoir fédéral hégémonique, pour concevoir une autre valorisation des pratiques.

La formation des sportifs

On nous dit que « les fédérations sportives, le cas échéant en partenariat avec les pouvoirs publics, sont fondées à prendre des mesures nécessaires à la préservation de la capacité de formation des clubs qui leur sont affiliés et à la qualité de cette formation ».
Former ? Oui, mais, comment ? pourquoi ? pour qui ? pour quoi faire ? pour quel profit ?

Il ne peut simplement s’agir de mettre en lumière que l’utilité des « politiques de formation pour les jeunes sportifs sont nécessaires à la vitalité du sport ». Les fédérations et les Etats ne coopéreraient alors seulement pour que la sphère sportive s’auto-entretienne, sans référence aux fondements sociaux et culturels de l’activité, énoncés au début de la déclaration. Ce qui accréditerait l’idée de la pompe à champion !

De quelle qualité est-il question ?
S’agit-il de sélectionner le futur champion potentiellement apte à produire du spectacle sportif, à promouvoir une firme ? Ou s’agit-il de favoriser l’accessibilité à une discipline ? S’agit-il d’exclure ceux qui sont considérés inaptes à atteindre ce but, à promouvoir l’image de l’entraîneur, du club ? Ou s’agit-il de les aider à surmonter les difficultés d’apprentissage ? S’agit-il de renforcer les inégalités en favorisant la promotion de ceux qui appartiennent à un groupe influant, à une famille de notables locaux ? Ou s’agit-il de s’adresser au plus grand nombre sans exclusive ? L’épanouissement du plus grand nombre ou l’accaparement latent des structures fédérales par des dirigeants soutirant des avantages économiques (voyages, notes de frais ...), népotiques ou politiques ?

La liste est longue des exclusions, des injustices et des inégalités subies par les pratiquants, notamment les enfants, sous couvert d’un projet éducatif d’apparence humaniste, mis en oeuvre dans une fédération, une association ou à l’école, par des enseignants professionnels ou des militants bénévoles conscients ou non des résultats de leurs actes.

La formation des « cadres » sportifs, professionnels ou bénévoles

Le sport est, de très loin, le secteur du mouvement associatif regroupant le plus grand nombre d’associations, autant dire qu’il existe un potentiel important de personnes à former. Toutefois, chacun peut faire le constat qu’il existe un manque de formation flagrant de l’encadrement sportif, qui pourtant endosse des responsabilités de plus en plus importantes.

La formation des bénévoles : une nécessité impérative

N’a-t-on pas toujours tendance à coopter l’encadrement technique à l’intérieur du « sérail » ou sur la base du dévouement ? En ce qui concerne les dirigeants élus, leur acte volontaire explique leur dynamisme, justifie leur volonté d’indépendance et sert, dans beaucoup de cas, à réfuter l’idée d’aller en formation. Ne disent-ils pas qu’il est plus pertinent « d’apprendre sur le tas » ? Ce qui pour une certaine part est vrai, mais ne présuppose pas, à long terme, de la volonté d’innover dans la gestion et l’animation des structures. Cette attitude n’est-elle pas un frein au développement des activités ?

Des contenus à la hauteur de nos ambitions

Qualifier les contenus de l’activité, élargir le recrutement des pratiquants, optimiser l’utilisation de nos installations, veiller à la santé des adhérents, dégager de nouveaux moyens, conduire une activité de caractère éducatif, sont autant d’objectifs qui font naître des exigences. Notamment d’exiger de toujours plus de démocratie et d’investissement dans l’homme, en donnant toute sa place à la formation, en tant que facteur de transformation. Fort de son expérience, et sur la base des constats effectués, le mouvement syndical se doit de participer à l’élaboration d’une stratégie de formation en relation avec le mouvement sportif ; elle doit être précisée dans un cadre de référence négocié avec les pouvoirs publics. L’agrément de l’organisation sera obtenu et conservé s’il est jugé périodiquement en adéquation avec ce dernier. Il n’existe pas de projet éducatif sans un projet politique.