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Conférence interrégionale – Angers

« Prenons l’habitude de croiser nos succès »

mardi 20 janvier 2015 , par Sabine Ferry

C’est dans un bassin minier que s’est tenue la première des cinq conférences interrégionales de la CGT, vendredi 16 janvier dernier. A Trélazé, près d’Angers en Maine-et-Loire, où, il y a à peu près un an fermait la dernière mine en France après une longue bataille pour préserver le site d’extraction de l’ardoise. Plus d’une centaine de militants de Bretagne, du Centre et des Pays-de-la-Loire, autour de Sophie Binet, de Fabienne Cru-Montblanc et de Pascal Bouvier, dirigeants de la CGT, ont eu l’occasion de se rencontrer, d’échanger, de comprendre comment ici un succès a été emporté ou un boom dans la syndicalisation s’est produit, comment là il a fallu franchir des obstacles et que conviendrait-il de développer pour faire progresser la CGT.


La quasi-totalité des militants présents sont intervenus, et si le constat a été fait qu’il n’y a pas de recettes miracles applicables partout, une évidence s’est imposée : le travail de terrain, la proximité, la capacité à créer des liens interprofessionnels et à agir ensemble sont la clé de la progression de l’organisation syndicale.

L’utilité de l’action collective
« Si aujourd’hui il existe encore un régime minier en France et la prise en charge à 100% des remboursements, aucun dépassement d’honoraire… pour les mineurs et leurs ayant droits, c’est grâce à l’action de la CGT au niveau national et régional. Sans l’implication de l’ensemble des mineurs, ce régime aurait été dissout dans le régime général. Mineurs retraités, veuves et affiliés continuent, grâce à leur combativité, de bénéficier du statut du mineur  », rappelle Hervé, délégué syndical des ardoisiers.

Le travail de terrain, l’accueil, la formation…
Jérôme, personnel territorial, raconte comment la CGT a remporté à 77% les dernières élections professionnelles dans son secteur. Toute la place au bureau de son syndicat a été faite aux jeunes et la priorité a été donnée au travail de proximité.

Malgré une discrimination syndicale forte et la présence d’un « syndicat maison » de mèche avec le patron, il y a eu ces dernières années une forte hausse de la syndicalisation au syndicat Airbus de Nantes, témoigne Pascal. Progression liée au travail de proximité : « Tous les ans, une trentaine de nouveaux syndiqués nous rejoignent, on privilégie le travail de terrain pour en arriver-là. Et c’est pas tous les jours simple, poursuit-il, notamment dans une entreprise qui fonctionne en 3x8, ça prend du temps mais ça paye. » Progression liée également à la tenue de consultation des salariés et à l’accueil réservée aux nouveaux adhérents : « Le stage d’accueil transforme les idées reçues des salariés vis-à-vis de la CGT ». Enfin, le syndicat CGT Airbus a réalisé un travail spécifique en direction des intérimaires nouvellement embauchés et beaucoup, au bout d’un an dans l’entreprise, se syndiquent. « Le patron et le syndicat maison tentent de les bluffer quand ils arrivent à Airbus, notamment en leur offrant un baptême de l’air, mais très vite, les salariés se rendent compte qu’il n’y a rien derrière. »

A Blois, au centre hospitalier, c’est en utilisant les outils de mesure de la direction (les grilles Agir et Pathos, grilles d’évaluation des soins) que les syndiqués ont pu démontrer qu’il y avait un manque de personnel. Après de multiples actions, toujours en lien avec les unions locales et départementale mais aussi en y invitant la presse, « la mayonnaise a monté et on a obtenu des postes d’aide-soignantes », se souvient une militante. En trois ans, le syndicat a doublé ses effectifs...

L’engagement interprofessionnel
« Il est clair que s’il n’y avait pas de liens entre les différentes structures de la CGT, il serait difficile de gagner des victoires  », estime Sophie Binet qui situe l’enjeu et les bénéfices du travail interprofessionnel dans le morcellement du salariat et de l’entreprise. « Un travail en commun qui ne doit pas qu’être un slogan », ajoute-t-elle. Et ce n’est pas qu’un slogan pour les nombreux militantes et militants d’Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) présents à la conférence et qui ont évoqué la souffrance au travail, les mauvaises conditions de travail, le droit du travail bafoué, le non-respect des statuts dans ce type d’établissements. Dans la Mayenne par exemple, un syndicat s’est rapproché des organisations CGT territoriales et a pu agir en intersyndicale. Sans ces liens, peu d’actions auraient pu déboucher positivement. «  Les petits établissements représentent un champ de construction pour la CGT, car le personnel y est souvent en grande souffrance et en manque de moyens », témoigne une militante qui insiste sur le caractère crucial de l’engagement interprofessionnel.

« Derrière le rêve américain, on bosse comme des chinois »
Le témoignage de Khaled n’est pas passé inaperçu. Jeune salarié chez Amazon.fr, il est syndiqué depuis 2012 au sein de ce géant de la vente en ligne. Il a intégré la société en tant qu’intérimaire et était dans l’équipe du délégué syndical. « Une « chance, estime-t-il, car on est conditionné dès l’embauche, chez Amazon ». Une entreprise où le tutoiement est de rigueur, où tout est « happy » : « c’est le monde Walt Disney »… L’envers du décors : des conditions de travail très dures, tout est « fliqué », il y a un non-respect du code du travail et des conventions collectives et, cerise sur le gâteau, « Le vendredi il faut venir déguisé pour avoir des chèques cadeaux… Derrière le rêve américain , confie Khaled, on bosse comme des chinois  ».
L’aide de l’union locale a été essentielle pour les salariés de son entreprise. Et les contacts et actions communes entre salariés français et leurs collègues allemands aussi. De deux syndiqués en 2010, ils sont 65 aujourd’hui dans son entreprise.

« Une journée qui fait du bien  », confie Eric, instituteur d’Ille-et-Vilaine : « on a bien fait de tenir ces rencontres, car il faut qu’on se dise les choses dans cette période. Je suis fier de cette CGT-là. »
Une journée très utile, ajoute Sophie Binet, car « bien souvent, on est trop modestes, on passe beaucoup de temps à se dire ce qui ne va pas. Prenons aussi l’habitude de croiser nos succès ».


- Voir l’article présentant les rencontres interrégionales CGT « Partageons nos succès ».