La cgt
NOUS SUIVRE
  
Accueil  >> Dépêches
  • Transport
    Préavis de grève chez Vinci Autoroutes du 23 au 25 février ›››

    L’ensemble des organisations syndicales de Vinci Autoroutes ont déposé un préavis de grève du 23 février à 4h00 au 25 février 2018 à 6h00 pour demander l’augmentation générale des salaires. Les organisations syndicales CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO et Unsa de 3 sociétés de Vinci Autoroutes ont déposé un préavis de grève du 23 février à 4h00 au 25 février à 6h00. En l’espèce, l’augmentation salariale 2018 proposée par la direction de manière identique chez (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Commerce
    Carrefour : la CGT ne négociera aucune suppression d’emploi ! ›››

    "Ce 22 février 2018, commencent des simulacres de « négociations » sur la base d’un « accord majoritaire relatif à l’accompagnement social du projet de réorganisation de l’activité de la société Carrefour Proximité France » proposé unilatéralement par la direction" dénoncent la CGT Commerce et Services et la CGT Carrefour. Ce jeudi 22 février et la semaine du 26 février au 3 mars, la CGT appelle les salariés de tous les magasins de Carrefour Contact et Contact (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Discrimination syndicale
    Mahamadou Kanté obtient une décision favorable de la Cour d’appel de Paris ›››

    Mahamadou Kanté, représentant syndical CGT de Paprec Île-de-France, victime de discrimination syndicale de la part de son employeur, vient de voir son droit reconnu par la Cour d’appel de Paris. Il devra réintégrer son poste de conducteur d’engin dans les 15 jours, sous peine d’une astreinte de 500 € par jour, et recevra un peu plus de 9 500 €, représentants les salaires dus par l’entreprise depuis son licenciement fin 2016. En outre, Paprec devra (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Journée du 8 mars du droit des femmes
    La grande enquête des violences au travail ›››

    Le 8 mars aura lieu la journée du droit des femmes. Pour l’occasion, une grande enquête est menée sur les violences au travail. Le 8 mars aura lieu la journée du droit des femmes. Pour l’occasion, une grande enquête est menée sur les violences au travail. En l’espèce, depuis 20 ans les chiffres ne bougent pas : 20% des femmes subissent ou ont subi des violences sur leur lieu de travail. Pourtant, 82% des employeurs n’ont toujours pas mis en place (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Paca
    Le tribunal préserve les 35 heures des agents de Marseille ›››

    Le Tribunal Administratif de Marseille, saisi en référé par l’intersyndicale FSU, CGT, UNSA, SNT CFE-CGC et FAFPT, a suspendu la délibération du 14 décembre 2017 fixant l’organisation du temps de travail des agents de la Métropole Marseillaise. Le juge administratif, par ordonnance du 20 février 2018, a fait droit à la demande de l’intersyndicale, exprimant un doute sérieux sur la licéité de cette délibération, notamment quant à la prise en compte de (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Transport
    A la SNCF, une sanction pour une tentative de suicide ! ›››

    Le 30 novembre 2017, un agent travaillant dans les postes d’aiguillage sur la région des Pays de Loire, a tenté de mettre fin à ses jours en s’intoxiquant à l’aide de bouteilles de gaz. Une explosion accidentelle l’a empêché d’aller au bout de cet acte désespéré, la direction souhaite le sanctionner. On pourrait croire à une blague, et pourtant. La direction de la SNCF a convoqué le 9 février 2018, dans le cadre d’un entretien préalable à sanction, un (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Liberté syndicale
    Procès "du parpaing" à Nantes : la relaxe pour le militant CGT ›››

    Un militant CGT était jugé le 20 février à Nantes pour avoir participé au montage d’un muret devant la banque HSBC à Nantes à l’occasion d’une manifestation le 19 juin dernier dans le cadre des manifestations contre la Loi Travail. Le tribunal a décidé la relaxe pure et simple du militant qui avait participé à cette action symbolique. Selon un communiqué de l’Union Départementale de Loire-Atlantique, le parquet a fait état de dégradations dues au ciment (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Transport
    Rapport Spinetta : l’analyse de la CGT Cheminots ›››

    Dans l’attente de la mobilisation du 22 mars prochain, la CGT Cheminot a analysé dans le détail le rapport Spinetta, « sur l’avenir du transport ferroviaire ». Selon la CGT Cheminots, les propositions du rapport peuvent être classées en six axes : réduction du mode ferroviaire : fermeture des petites lignes, filialisation du fret ; hausse du coût pour la collectivité et les usagers : hausse de la redevance des régions, suppression de la (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Discrimination syndicale
    Appel à la grève le 22 février chez Transavia ›››

    Les salariés de Transavia, filiale du groupe Air France – KLM, ont lancé un appel à la grève le jeudi 22 février pour protester contre les menaces de licenciement dont est la victime le responsable de la section syndical CGT. En l’espèce, le responsable de la section CGT de Transavia a été convoqué à un entretien disciplinaire ce mardi 19 février 2018. Afin de dénoncer les menaces de licenciement dont il est la victime et affirmer son intégrité, ainsi (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Ile-de-France
    En lutte, trois camarades licenciés réintégrés chez ESD Aulnay-sous-Bois ›››

    La direction d’ESD Aulnay-sous-Bois a réintégré 3 salariés licenciés grâce à la solidarité de leurs camarades qui se sont mobilisés. Le lundi 5 février 2018 à 4h du matin, 100% des salariés d’ESD Aulnay-sous-Bois étaient en grève pour protester contre le licenciement injuste de 2 salariés. Grâce à cette solidarité, la direction a ouvert des négociations qui ont vite abouti à la réintégration immédiate des deux camarades sur leurs postes de travail. Le 29 (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Santé
    Réorganisation au CMP de Sully-sur-Loire : alerte à la désertification médicale ›››

    Le centre médico-psychologique de Sully sur Loire est menacé de fermeture par la direction du centre hospitalier Georges Daumezon de Fleury-les-Aubrais. "Pour calmer les représentants du personnel", explique la CGT Santé et action sociale dans un communiqué, "la direction a décidé, toute seule, de laisser ouvert le CMP deux jours par semaine au lieu de cinq. Elle déplace 3 des 4 infirmiers au CMP de Châteauneuf et la quatrième infirmière est (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Réforme de l’encadrement
    Nouvelle négociation sur l’encadrement le 13 mars ›››

    La disparition le 1er janvier 2019 de l’Agirc, régime de retraite complémentaire qui identifie les salariés relevant du périmètre de l’encadrement, invite les organisations syndicales de salariés et d’employeurs à engager une négociation concernant la définition interprofessionnelle de ces personnels et leurs droits. Cette négociation est majeure, autant individuellement que collectivement. Elle va permettre de définir l’encadrement, mais aussi de (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Représentativité
    La CGT au Conseil de surveillance de la Banque postale : une première ›››

    Pour la première fois depuis la création de La Banque postale, la CGT obtient un élu au Conseil de surveillance en atteignant 15,55 % des voix (15,26 % en avril dernier au 1er tour des élections professionnelles). « Le résultat de l’élection au Conseil de surveillance de La Banque postale confirme l’ancrage et la progression de l’audience de CGT parmi les salariés de cette entreprise », explique la CGT FAPT dans son communiqué du 15 février 2018. (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Migrants
    Les agents de l’OFPRA en grève le 21 février ›››

    Les agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) seront en grève le 21 février, jour de présentation en Conseil des ministres du projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif ». Soutenus par les syndicats Action syndicale libre (ASYL) et la CGT Ofpra, ils dénoncent une « confusion des genres » qu’ils croyaient « abolie depuis la disparition du ministère de l’immigration et de l’identité (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Vie syndicale
    Luttes, victoires, syndicalisation : le triptyque gagnant ›››

    Le 14 février 2018, la CGT organisait une journée des luttes gagnantes à Montreuil. Sur les deux dernières années, la CGT comptabilise ainsi plus de 300 victoires. Philippe Martinez, son secrétaire général, nous explique quel était le sens de cette journée, placée sous le signe des luttes, des victoires et de la syndicalisation. Pour en savoir plus : lire l’article consacré à cette journée. Retrouvez prochainement une série de témoignages de (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Migrants
    Les agents de la Cour nationale du droit d’asile en grève ›››

    Depuis mardi 13 février, les agents de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ont lancé un préavis de grève reconductible, avec les syndicat Unsa, FO et CGT, pour dénoncer la logique comptable qui prévaut désormais dans le traitement des demandes de droit d’asile qui leurs sont soumises. Au début des années 50, une Commission des recours des réfugiés a vu le jour, afin de régler la situation des personnes déplacées en raison de la guerre qui venait (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Discrimination syndicale
    Acharnement contre un délégué syndical à Leclerc ›››

    Le vendredi 16 février 2018 à 9h30 devant le Leclerc de La Ferté-sous-Jouarre (77) aura lieu un rassemblement pour dénoncer la procédure de licenciement engagée à l’encontre de Pierre Doré, 38 ans, salarié élu CGT du magasin. La direction du magasin Leclerc de La Ferté-sous-Jouarre (77) vient à nouveau d’engager une procédure de licenciement à l’encontre de Pierre Doré, avec mise à pied à titre conservatoire. Cette décision intervient alors que quelques (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Vie syndicale
    Plus de 300 luttes gagnantes en 2016-2017 pour la CGT ! ›››

    La CGT organisait une première ce 14 février : rassembler des témoignages sur les luttes gagnantes de ces deux dernières années. La CGT organisait une première ce 14 février : rassembler des témoignages sur les luttes gagnantes de ces deux dernières années. Plus de 200 militants étaient présents à Montreuil, une trentaine d’entre eux témoignant de leur lutte et de leurs cortège de victoires. « Ce sont plus de 300 luttes gagnantes que nous avons (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Discriminations
    120 travailleurs sans-papiers en grève pour leur régularisation ! ›››

    Ce mardi 13 février 2018 avait lieu une conférence de presse, en présence de Philippe Martinez, réclamant la régularisation des travailleurs sans papiers en grève dans leurs entreprises depuis le 12 février 2018. En l’espèce, depuis le lundi 12 février 2018, dès l’aube, 120 travailleurs sans papiers ont entamé une grève dans 6 entreprises d’Ile de France, afin de réclamer la régularisation de leur situation. Ces derniers, du fait de leur situation (...)
    Voir tout le texte ›››
  • Santé
    Juridiquement, la nomination de la direction du CHU de Toulouse pose problème ›››

    Le 31 janvier nous avons publié un article pour informer que l’arrêté de nomination de la directrice générale par intérim n’avait pas été publié. Cette affaire s’est déroulé dans un contexte de forte mobilisation des personnels pour l’amélioration des conditions de travail et de soin au CHU de Toulouse. Les organisations CGT et SUD avaient alerté sur l’absence de publication de la nomination de la directrice par intérim, créant un risque juridique majeur (...)
    Voir tout le texte ›››

Interview de Thierry Lepaon au Nouvel Economiste

« Pour que le consensus émerge, il doit y avoir affrontement »

jeudi 20 février 2014

Il ne croit ni au consensus mou ni aux oppositions de principe. En matière d’emploi, il croit à la vertu de l’action collective et à la force de certaines convictions. Brutal et utile

(Propos recueillis par Caroline Castets, article publié dans l’édition du 19 février 2014)

Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT (photosociale.com)Il se défend de toute opposition de principe face aux dirigeants d’entreprise, parle compromis et pragmatisme syndical. Pour autant, il est certains sujets sur lesquels Thierry Lepaon a la rancune tenace, le ton dur et les convictions chevillées au corps. Des sujets trop lourds de conséquences pour se satisfaire de la tendance au “consensus mou” qui, selon lui, gagne la société. Des sujets dont la simple évocation pousse le nouveau patron de la CGT à renouer avec sa vision d’un “syndicalisme combatif” et à réaffirmer sa certitude qu’en entreprise comme en démocratie, “il doit y avoir affrontement”.
En tête de sa liste noire : les accords dits du 11 janvier – qui favorisent “le risque de mise en concurrence des salariés et tirent l’ensemble du marché vers le bas”, la course à l’abaissement du coût du travail – qui, la menace du chômage aidant, permet de ne pas rémunérer le travail à sa juste valeur et, ce faisant, condamne la croissance et nous conduit “tout droit dans l’impasse” -, le pacte de solidarité – un “deal conclu à deux” sans concertation préalable ni garantie pour l’emploi –, les aides aux entreprises – fondées sur un système de distribution égalitaire et donc, inéquitable car ne tenant pas compte des disparités de profils et de besoins – et surtout, l’actionnaire ; déterminant, invisible et seul, au sein de l’entreprise, à ne consentir à aucun effort. Au point que “l’unique paramètre qui ne soit jamais remis en question soit le montant de sa rémunération”. Au point même qu’être compétitif aujourd’hui signifie “lui verser plus de dividendes”. Autant de sujets qui poussent aujourd’hui Thierry Lepaon à revendiquer l’émergence d’un “syndicalisme utile”, capable non seulement de protéger le salarié mais aussi d’influer sur le monde du travail et d’animer le débat public. De dénoncer, certes, mais aussi de réguler.

La société française est fragilisée, divisée, fragmentée même. Au point qu’on ne sait plus ce qui nous rassemble ; on ne sait plus ce qui peut encore nous permettre de “vivre ensemble”.
Ce qui autorise n’importe quel groupement politique, n’importe quel groupuscule même, à se présenter en rassembleur. D’autant plus qu’il existe une défiance croissante à l’égard des corps constitués, du politique et même de la République qui s’explique notamment par le fait que l’emploi, en dépit des promesses du gouvernement, continue à se détériorer et avec lui les conditions de travail –une enquête de l’INSEE révèle que 70 % des salariés français estiment que les conditions nécessaires pour bien faire leur travail ne sont pas réunies– par la prise de conscience beaucoup plus marquée que par le passé de la répartition inéquitable des richesses dans notre pays faisant que les riches sont toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres.

A cela s’ajoutent une dégradation de la qualité des services publics lesquels constituaient jusqu’alors un élément fort de cohésion interne et, enfin, le sentiment grandissant que, pour certains, le travail n’est pas rémunéré à sa juste valeur, ceci dans le public comme dans le privé. Au final cela aboutit à une situation intenable dont la République ressort détériorée.

Accords de compétitivité
On ne réfléchit pas assez et c’est dommage à la place de l’entreprise dans la société française, à son rôle. Dès que j’ai été élu secrétaire général de la CGT, j’ai proposé au président de la République d’engager un débat national sur la question et notamment sur cette problématique essentielle : le travail peut-il encore payer le hors-travail ? Autrement dit : est-il judicieux de poursuivre cette course effrénée vers l’abaissement du coût du travail ou la vraie question ne porte-t-elle pas plutôt sur la répartition de la richesse créée ? Sur ce plan, deux courbes se sont croisées il y a quelque temps et je trouve cela extrêmement inquiétant : pour la première fois, la courbe des dividendes est passée au-dessus de celle des investissements dans l’entreprise.

Cela signifie que la rémunération des actionnaires augmente quand le montant des investissements diminue et que, désormais, ce qui va aux actionnaires dépasse ce qui est consacré à l’investissement et notamment à l’investissement industriel. Voilà à quoi servent les accords de compétitivité négociés avec des salariés à qui on demande de faire “encore un effort”. Mais la compétitivité, c’est plus d’investissement, plus de création de valeur ; ce n’est pas plus de rémunération à l’actionnaire !

Pacte de responsabilité
Le pacte de responsabilité ne me convainc pas. D’abord parce que, sur la forme, ce pacte n’engage pas la nation représentée par les élus, l’Assemblée nationale, etc. mais se résume à un deal entre deux personnes : le président de la République et le patron du Medef, le second disant au premier : “si tu me donnais 50 milliards je pourrais créer 200 000 emplois par an”. Cette décision prise sur la seule volonté du Président, sans que les ministres concernés aient été consultés, sans que les partenaires sociaux aient été informés, comporte un côté entre-soi qui, selon moi, illustre une conception nouvelle de la politique en France. Ensuite parce que, concernant les termes de l’accord lui-même, je pense, sans être un négociateur averti, que lorsque l’on paye avant que l’autre partie ait rempli sa part du contrat, il y a toujours un risque.
Or ce risque se confirme aujourd’hui : on fait cadeau de 50 milliards aux entreprises sans exiger qu’elles remplissent au préalable certaines conditions – et ce faisant, on met à bas une partie du principe de financement de la Sécurité sociale en transférant les cotisations familiales sur le budget de l’Etat, on s’engage à diminuer le nombre de fonctionnaires sans préciser sur quel secteur ni sur quelle base, le tout avec des propos si vagues qu’on ignore encore s’il s’agit de 30 ou de 50 milliards puisqu’on ne sait pas si le CICE est comptabilisé dans cette promesse – et on sent le Medef extrêmement critique sur les contreparties demandées. Si les partenaires sociaux avaient été associés sur le montant de l’aide accordée et sur son objectif, nous aurions pu définir des pistes d’application ensemble, contribuer à l’élaboration de solutions. Cela n’a pas été le cas.

Emploi
Pour créer de l’emploi, il faut de la croissance. Or deux critères sont nécessaires au retour de cette croissance : la confiance – laquelle implique une vision dégagée de l’avenir – et le pouvoir d’achat pour consommer et ne pas se réfugier uniquement dans l’épargne. Aucun de ces deux critères essentiels n’est rempli aujourd’hui. Ce sont pourtant deux leviers qu’il faut actionner. Pour l’heure, les salariés qui pourraient dépenser, investir, etc. ne le font pas parce qu’ils estiment qu’une menace pèse sur leur emploi et donc sur leur avenir et celui de leurs enfants.
Face à cela ils mettent en place une stratégie d’épargne qui est le pire qui puisse arriver à l’économie nationale puisque cela signifie que les gens renoncent à la consommation. C’est pourquoi j’insiste : le fait de sacrifier du pouvoir d’achat par la non-augmentation du salaire minimum et du point d’indice pour les fonctionnaires pour la quatrième année consécutive empêche de libérer la consommation et condamne la croissance. C’est pourquoi le pacte de responsabilité, sans croissance, je n’y crois pas.

Aides aux entreprises
Pour faire repartir l’emploi je pense qu’il faut commencer par arrêter d’aider les entreprises de manière égalitaire. En vingt ans, on est passé d’une politique d’aides aux entreprises à une politique de droit pour les entreprises.
La CGT, contrairement à ce qu’on pense, est favorable aux aides aux entreprises mais à condition que celles-ci soient accordées à celles qui en ont besoin. Toutes ne sont pas confrontées aux mêmes difficultés, toutes n’ont pas besoin des mêmes aides. Pourtant le déni politique de ces disparités et le fait que les mêmes montants soient accordés à tous indépendamment des besoins aboutit à un système inéquitable. J’en veux pour preuve le fait que les principaux bénéficiaires des 20 milliards du CICE ne sont pas les entreprises les plus en difficulté mais les grandes enseignes de distribution, les machines à jeux… alors que les premiers bénéficiaires du dispositif devraient être les acteurs du secteur industriel qui sont soumis à la concurrence internationale, les sociétés qui ont du mal à opérer une mutation économique ou sociale, celles dont l’activité est délocalisable… C’est pourquoi le nouveau pacte entre Pierre Gattaz et François Hollande doit être l’occasion d’une remise à plat de l’ensemble des aides aux entreprises : afin qu’on accompagne celles qui s’efforcent de maintenir l’emploi, qu’on pénalise celles qui ne le font pas et qu’on ne donne pas à celles qui n’en ont pas besoin.

“L’actionnaire”
Aujourd’hui la première menace qui pèse sur l’emploi tient à la place qu’on accorde au travail dans notre civilisation, au fait qu’on l’appréhende comme une contrainte, comme une variable d’ajustement. Et pendant ce temps, l’unique paramètre qui ne soit jamais remis en question, jamais discuté même, c’est le rôle de l’actionnaire et le montant de sa rémunération. Au point qu’aujourd’hui, c’est le grand absent de toute négociation ; on ne le voit jamais alors que c’est lui qui oriente la stratégie de l’entreprise et que, j’insiste, la courbe des dividendes qui lui sont versés progresse pendant que celle des investissements baisse.
Les entreprises visent toutes à abaisser le coût du travail soi-disant pour être plus compétitives, mais être compétitif aujourd’hui signifie simplement verser plus de dividendes à l’actionnaire. Je pense donc qu’il faudrait contraindre ces derniers à prendre leurs responsabilités. Leur imposer plus de transparence, plus de visibilité et surtout, leur demander un effort comme on en demande aux patrons et aux salariés. Pourquoi ne pourraient-ils pas abaisser leur exigence de rémunération ? Est-il normal aujourd’hui que certains puissent exiger dans l’industrie des taux de rendement de 10 ou 12 % sans que, par ailleurs, l’entreprise ait les capacités d’accroître son outil de production, d’investir, de recruter ? Cette dimension de l’équation n’est jamais discutée et je pense qu’il est temps que cela change.

Le coût du travail
Nombre de salariés d’entreprises en difficulté ont le sentiment que, même lorsque la santé de leur entreprise s’améliore, leurs conditions de travail et de rémunération ne progressent pas. Sur ce plan, il est vrai que le chômage est une arme : les patrons seraient moins arrogants s’il n’y avait pas cinq millions de chômeurs : cela leur permet de ne pas rémunérer le travail à sa juste valeur. La peur du chômage est telle que les salariés sont prêts à tout accepter. Y compris en termes de rémunération.
Il faut savoir que, dans le prix de vente d’une voiture produite et commercialisée en France, le poids du salaire brut est désormais inférieur à la remise accordée au client. Cela signifie qu’on a franchi une nouvelle étape dans l’obsession d’abaissement du coût du travail laquelle nous conduit tout droit dans l’impasse ; tous les pays au monde qui ont eu pour ambition de sortir de la crise en abaissant les conditions de rémunération du salarié, comme l’Espagne, la Grèce ou le Portugal, l’on payé cher. Or notre politique actuelle a beau prétendre s’inspirer du modèle allemand, elle n’en reste pas moins similaire à celle qui a été mise en place dans les pays d’Europe du Sud et tout laisse à penser qu’elle produira chez nous les mêmes effets.
L’Europe
Le problème de la construction européenne est qu’elle s’est faite sur des bases économiques et monétaires sans que la question sociale soit réglée. D’où le fait que beaucoup de Français y voient aujourd’hui une contrainte, une instance lointaine incapable de répondre à leurs besoins. C’est pourquoi je crains un net rejet de l’Europe et une montée du FN à l’occasion des prochaines élections européennes. Car en France comme dans d’autres pays membres, on sent monter cette accusation “c’est la faute de l’Europe” face aux difficultés du moment. _ Ce n’est pourtant pas l’Europe qui dicte la rigueur ; ce sont les partis politiques qui composent les politiques européennes.
Concernant les autres pays et le fait que certains soient décrits comme sortant de la crise, je me méfie des chiffres et du sens qu’on leur donne. L’Allemagne est continuellement citée en exemple et pourtant, je ne suis pas certain que le peuple allemand se porte si bien. Même chose pour la Grande-Bretagne : les contacts que j’ai avec mes homologues des trade unions donnent à penser que la situation y est extrêmement dégradée pour les salariés. Quant à l’Allemagne, on n’y compte plus le nombre de travailleurs pauvres.

Dumping social
Même si la convention au détachement permet de répondre en partie au risque de dumping social, la possibilité de mise en concurrence de salariés français avec d’autres salariés européens existe toujours. Cela contribue au fait qu’on assiste aujourd’hui à une précarisation de l’emploi via, entre autres, un recours accru à des CDD toujours plus courts. C’est la raison pour laquelle, contrairement à plusieurs syndicats, j’ai refusé de signer les accords du 11 janvier 2013 : parce qu’ils imposaient une flexibilité grandissante pour les salariés, que l’emploi y faisait office de variable d’ajustement et qu’ils permettaient de renoncer à ses droits à titre individuel ou collectif, ce qui accroît le risque de mise en concurrence des salariés et tire l’ensemble du marché de l’emploi vers le bas. C’est pour cela que nous nous y sommes opposés.

Compromis
Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés – là encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d’éternels absents – et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté. Sur ce plan, il est évident que le pragmatisme syndical s’impose. Cette perspective ne me gêne pas, pas plus que celle du compromis qui s’inscrit dans les réalités de l’entreprise depuis toujours : encore une fois, dès lors que nous sommes contraints de vivre ensemble, il faut bien trouver les conditions de ce vivre-ensemble. C’est pourquoi je considère que la vocation d’un syndicat ne se résume plus aujourd’hui à protéger les salariés mais consiste à agir pour faire évoluer non seulement le monde du travail mais aussi la perception qu’on en a ; à incarner une forme de régulation sociale.

Syndicalisme utile
C’est pourquoi nous voulons une CGT accessible, tournée vers les salariés, mieux représentée. Si l’on veut créer de la solidarité entre salariés il faut leur fournir un outil et cet outil, c’est le syndicalisme. A nous, ensuite, d’incarner un syndicalisme utile. Pas uniquement lorsqu’une difficulté se présente mais de façon permanente, en tant que levier d’action capable d’agir sur le monde du travail au sens large, d’influer sur les politiques de rémunération, sur les conditions d’emploi et au final d’animer le débat public. Pour cela nous devons rétablir un sens du collectif. Le monde du travail, comme la société, en est de plus en plus dépourvu et il est urgent d’y remédier. Trop de salariés en France pensent que le fait de mettre un coup de pied à l’autre leur permettra de pérenniser leur emploi. Cela, c’est la mort du vivre-ensemble et aussi de toute action efficace car c’est une évidence : on n’y arrivera pas les uns contre les autres.

La CGT
La CGT incarne un syndicalisme combatif, c’est indéniable. Un syndicalisme porté par une vraie culture ouvrière et dans lequel le mot solidarité a un sens. C’est aussi un syndicalisme qui fait appel à l’intervention individuelle, à la capacité qu’a chacun de se prendre en main, d’agir pour sa propre cause. On ne dit jamais “Votez pour nous, on s’occupe de tout” mais “Votez pour nous et décidez de ce qui est bon ou non pour vous, de ce qui est acceptable ou non”. Un syndicat ne devrait jamais imposer quoi que ce soit aux salariés. C’est leur vie, leur choix. On ne peut les supplanter.

Goodyear
Je connais bien le monde industriel pour y avoir passé trente ans et y avoir vécu 17 plans sociaux. Chaque fois que je vois des salariés confrontés à des situations de ce type, je sais ce qu’ils vivent et ce qu’ils ressentent : la peur de l’avenir – le leur, celui de leurs enfants, parfois de leurs parents – la honte, le fait que, pour beaucoup, la rupture du contrat de travail soit vécue comme un véritable déchirement. Chez Goodyear ce déchirement a duré 7 ans. L’actionnaire était totalement absent, il a donné l’ordre à l’entreprise d’aller vers une liquidation et on n’a jamais pu discuter avec lui. Les salariés de Goodyear se sont beaucoup investis dans leur travail – preuve en est le montant des dividendes versés aux actionnaires – l’attitude de Titan à leur égard – et à l’égard des salariés français dans leur ensemble – a été révoltante ; tout cela a fini par provoquer des réactions extrêmes.
Il est bien évident que la séquestration n’est pas un mode d’exécution normal du mandat syndical, les syndicalistes ne sont pas des terroristes et priver quelqu’un de liberté est inacceptable, pour autant je comprends comment ces gens ont pu en arriver là : parce qu’une liquidation, surtout lorsqu’elle s’éternise, c’est beaucoup de souffrances individuelles. C’est pourquoi lorsque j’arrive dans une entreprise je demande à voir le bilan social et le bilan médical : lorsqu’on voit la courbe des arrêts de travail progresser fortement, on comprend que l’entreprise va mal. Beaucoup l’oublient mais le bilan économique d’une entreprise est la traduction de sa politique sociale. Pas l’inverse.

Consensus mou
Je crois au consensus. Mais pour que le consensus émerge, il faut qu’il y ait affrontement. Or je trouve que nous vivons dans une société où il n’y a pas suffisamment de réactions. Une société marquée par une passivité grandissante, où l’on ne s’affronte pas suffisamment. Sur le terrain idéologique, économique, social, on voit se dessiner une espèce de France molle dans laquelle le bon ton c’est être dans le ton, quel que soit le ton. Je pense qu’il faut sortir de cela. Que pour avancer, il faut savoir confronter ses idées, oser être en désaccord. _ C’est pourquoi il faut qu’il y ait, dans les entreprises, des affrontements sur le sens du travail qui nous est confié, sur la façon de le faire, de le faire différemment, de le faire mieux…
On ne peut être toujours dans l’acceptation : le consensus mou nous enterre les uns les autres. C’est pourquoi je trouve désastreux que le monde des intellectuels soit absent du débat public et incroyable que dans un pays comme la France, qui a cette diversité, cette histoire, cette culture, on ne trouve pas une voix pour s’élever et nous parler non pas de ce qui va mal mais de ce qu’il serait possible de faire. Les intellectuels ont le devoir de nous emmener à réfléchir sur ce que signifie le fait de vivre ensemble, sur les contradictions qu’il nous faut résoudre, sur la façon dont toutes ces cellules – professionnelles, familiales, sociales, religieuses… – peuvent s’accorder. Et aussi sur la valeur de l’affrontement qui, pour moi, est la base même de la démocratie. Après tout, tant qu’on ne frotte pas les deux pierres on ne produit pas d’étincelle.

Reculades
J’attendais de François Hollande et d’un gouvernement de gauche qu’il fasse une politique de gauche. En clair, j’attendais de lui qu’il mette en œuvre la politique pour laquelle il avait été élu. Ce n’est pas le cas. Lorsque je regarde les engagements pris en campagne et la politique menée depuis l’élection, je mesure des décalages sur quasiment chaque point. Je comprends parfaitement qu’un chef d’Etat puisse modifier certaines positions, en réorienter d’autres en fonction de l’environnement économique, international, etc. Le problème c’est qu’aujourd’hui il ne s’agit pas de réorientations mais de renoncements.
Deux aspirations nous font généralement voter à gauche : un rapport capital-travail différent et la volonté de voir la société évoluer sur certains points. Or dans ces deux domaines, le gouvernement revient sur tous ce qui avait été promis. Les patrons bretons ne veulent plus de l’éco-taxe, on brûle trois portiques ? Réaction du gouvernement : on remballe tout et on perd 800 millions d’euros. Des groupuscules d’extrême droite crient “Hollande démission” ? Le Président répond “Très bien, je remets la loi à plus tard”. En revanche, lorsque les salariés se rassemblent, manifestent, expriment des propositions et des oppositions, ils ne sont pas écoutés. Un tel écart de traitement me donne à penser que le gouvernement est fort avec les faibles et faible avec les forts. Et cela, c’est tout l’inverse de sa vocation.