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Victoire syndicale

Les travailleurs sans-papiers des Burger King parisiens obtiennent gain de cause

jeudi 5 octobre 2017

Exploités par le sous-traitant pour le nettoyage du géant de la restauration rapide, des salariés sans-papiers s’étaient battus pour dénoncer leurs conditions de travail inhumaines et pour obtenir leur régularisation.

« Chaque nuit, je commence à minuit et je ne finis jamais avant 4 heures ou 5 heures. Le mardi, je dois même rester jusqu’à 6 heures 30, car on me demande d’attendre que le manager de Burger King arrive avant de partir. Mais je ne suis payé que trois heures. »

Le cas de Bakary n’est malheureusement pas isolé. Les travailleurs de nuit des Burger King d’Île-de-France étaient en grève le 3 octobre 2017 pour dénoncer l’exploitation dont ils sont les victimes. « On est face à du travail partiellement dissimulé. Aujourd’hui, ils sont onze en grève, mais ils sont beaucoup plus à être dans la même situation », relate Marilyne Poulain, de la CGT Paris.

Tous sans-papiers, ils sont recrutés spécialement, du fait de leur vulnérabilité, par la société de nettoyage Albiance, sous traitante de Burger King, qui profite de leur situation pour les plier à son bon vouloir. « Parfois, ils t’appellent à 22 heures, le jour de ton repos, ils te disent de venir remplacer un absent et tu n’as pas le choix, sinon tu sais que tu vas être renvoyé. [...] Même quand tu as de la fièvre, il faut y aller . »

« Ce système d’exploitation repose sur un recrutement plus que soupçonneux », dénonce Marilyne Poulain. Un responsable parisien de la société fournirait (directement ou indirectement) de fausses cartes d’identité italiennes ou portugaises aux travailleurs : « J’ai appelé le monsieur, il m’a dit : tu dois faire une carte d’identité fausse, italienne, et après tu viens, je te recrute », décrivait sur France Inter l’un des employés en grève.

Soutenus par la CGT, qui a saisi l’Inspection du travail, les travailleurs réunissent d’ores et déjà les preuves des infractions au Code du travail qu’ils dénoncent. Fiches de salaires, contrats, listes des heures non payées... jusqu’à des tickets de caisse : les travailleurs sont contraints d’acheter eux-mêmes le matériel pour travailler. « Ils disent qu’ils vont rembourser, mais là aussi, ils ne le font jamais », déplore l’un d’eux.

Les salariés ne veulent plus subir. Ils dénoncent leurs conditions de travail, demandent le paiement des heures qui n’ont pas été payées. Ils souhaitent de nouveaux contrats de travail prenant en compte le nombre d’heures réellement effectuées et la délivrance par leur employeur des documents nécessaires pour leur régularisation. La CGT demande par ailleurs la réembauche directe de ces salariés par Burger King (dont la responsabilité est engagée), compte-tenu des agissements et de la crédibilité douteuse de la société Albiance.

Ce n’est pas la première fois que de telles pratiques entachent le milieu de la restauration rapide. Des travailleurs sans-papiers avaient été victimes d’une affaire similaire en janvier. Les sociétés incriminées étaient alors le KFC de Safran, dans le Loiret, et son sous-traitant Europropre. Licenciés suite à un contrôle de la Direccte, ils avaient été réembauchés directement par le restaurant, grâce à une longue lutte et au soutien de la CGT.

Victoire !

Les salariés ont obtenu gain de cause. Suite à une réunion hier soir entre la CGT, Albiance et Burger King, la société de nettoyage s’engage à payer les 150 heures mensuelles qu’elle doit aux travailleurs, à leur fournir l’équipement nécessaire pour qu’ils puissent travailler dans de bonne conditions et à signer les formulaires Cerfa pour qu’ils puissent demander leur régularisation. La préfecture de Paris s’engage quant à elle à étudier leurs demandes. Maryline Poulain salue une « victoire sur la totalité des demandes ». Des réunions techniques sont néanmoins prévues jeudi pour « régler la situation de chaque salarié au cas par cas ».