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Publié le mercredi 5 avril 2017
Institutionnel

LE COMITÉ RÉGIONAL PACA REFUSE DE SIGNER LE CPRDOFP



Depuis les dernières élections régionales, plusieurs régions ont réorienté en profondeur leur politique de formation professionnelle, le plus souvent pour la mettre au service du patronat et en abandonnant les publics les plus en difficultés, sous prétexte de retour rapide à l’emploi.
Elles inscrivent souvent ces orientations dans la construction en cours des CPRDOFP.
Le comité régional Paca s’est exprimé le 14 mars au Ceser lors de l’avis sur la saisine obligatoire du conseil régional.

Saisine obligatoire CPRDOFP 2017 – 2021
Intervention d’Emilie CANTRIN au nom des Groupes CGT – FSU – Solidaires

La CGT, la FSU et Solidaires considèrent que le CPRDFOP doit porter un triple objectif :
- répondre aux besoins régionaux en matière de formation professionnelle (besoins des populations, des entreprises et des territoires) et faire des populations sans qualification ou à très bas niveau de qualification un objectif prioritaire ;
- répondre aux besoins en formation nés des orientations régionales en matière de développement économique et d’innovation ;
- permettre de développer la formation professionnelle initiale et continue, en direction de tous les publics, en abordant à la fois la qualité des formations, l’accessibilité, l’offre de formation et l’orientation.

Autour de ces trois objectifs, plusieurs enjeux nous semblent incontournables :
- l’accès de tous à la qualification professionnelle ;
- l’accès à la formation tout au long de la vie dans le cadre des parcours professionnels ;
- la mise en place d’une Orientation tout au long de la vie en mobilisant notamment le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) et les acteurs de l’orientation ;
- la qualité de l’offre de formation à travers l’accompagnement des organismes de formation afin d’améliorer l’accueil, l’environnement, les conditions de formations des personnes formées ;
- le suivi et l’évaluation du CPRDFOP.

Le CPRDFOP qui nous est présenté aujourd’hui répond-il à ces objectifs et à ces enjeux ?

En arrivant aux affaires, la nouvelle majorité n’a eu de cesse de déconstruire plutôt que de construire. Désorganisation des services, dénonciation des Centres régionaux de Formation professionnelle mis en place par l’ancienne majorité, remise en cause des ETAPS (accès aux premiers savoirs), incertitude sur l’avenir du SEDOP (orientation professionnelle) , diminution du budget du Plan Régional de Formation en 2016. Face à cela, l’inquiétude des acteurs de la formation, des privés d’emploi et des stagiaires s’est exprimée. Plus généralement, rien dans le CPRDFOP ne concerne la question pourtant essentielle des freins à l’accès à la formation (logement, hébergement, transport), qui faute d’être levés peuvent obérer la réussite des actions de formation aussi bien conçues qu’elles soient.

Le CPRDFOP devrait être l’occasion de repartir sur une vision plus constructive de la formation en PACA. Qu’en est-il ?

Lorsque le groupe projet CPRDFOP du CREFOP intitule l’une de ses préconisations : « Former pour répondre aux besoins du développement économique et social du territoire régional », le texte du CPRDFOP répond : « La priorité régionale : répondre aux besoins des entreprises. » Là est toute la différence. Ce contrat de plan repose sur un paradigme : ce sont les entreprises qui détiennent les clés permettant de répondre aux besoins économiques et sociaux de notre région. Donc, il suffit de satisfaire à leurs besoins !

Mais les entreprises sont-elles seulement capables de formuler ces besoins ? Les besoins immédiats, dans une vision court-termiste, oui ! Mais les besoins à échéance de plusieurs années ? L’environnement stratégique et financier des entreprises ne permet pas de réelle vision prospective.

Pourtant les chambres consulaires, censées détenir l’alpha et l’oméga en matière de connaissance des entreprises deviennent les partenaires privilégiés du Conseil régional à l’exclusion des autres acteurs économiques et sociaux, dont les organisations syndicales de salariés totalement écartées des dispositifs de concertation et de suivi. Salariés pourtant les premiers concernés par ces orientations...

En matière de formation professionnelle initiale, le CPRDFOP ne porte aucune vision globale. Il ne propose comme seule ambition que le développement de l’apprentissage. Aucune réflexion n’est conduite sur l’articulation des deux voies de formation initiale et sur la nécessité d’un développement global et de la valorisation de la formation professionnelle initiale.

Au contraire, comme l’affirme l’avis du CESER, la CGT, la FSU et Solidaires considèrent qu’il y a urgence à développer une stratégie globale et cohérente qui permette à ces deux voies de se développer concomitamment. La Région qui a maintenant la main sur l’ensemble de la carte des formations professionnelles initiales devrait en être porteuse.

Concernant la mixité des publics, la CGT, la FSU et Solidaires y sont totalement opposées. En effet, comme le souligne l’avis, cette mixité pose des difficultés pratiques et pédagogiques. Nous considérons en effet que les approches pédagogiques d’un public adolescent et d’un public adultes sont différentes et que l’alternance rend difficile une progression conjointe entre la voie scolaire et l’apprentissage. Le seul intérêt de cette proposition semble la recherche d’économies d’échelle sur le dos des apprenants.

Une autre priorité de ce CPRDFOP devrait être l’action en direction des publics dits « décrocheurs » et de ceux ne maîtrisant pas les savoirs de base. Or, il n’en est rien. Le traitement de la question des publics décrocheurs est avant tout renvoyé à la responsabilité de l’Éducation nationale alors que le « Droit à durée complémentaire à la formation qualifiante », tel qu’exprimé par la loi, met en avant trois voies : scolaire, alternance et stagiaire de la formation professionnelle.

Il en va de même pour les publics relevant de l’accès aux premiers savoirs. Le lancement par la Région de l’appel d’offre 2017 laisse augurer le pire. Ce sont des centaines de milliers d’heures de formation qui ne sont plus financées en direction de ces publics. La lutte contre l’illettrisme est simplement r envoyée à un souhait sur de nouvelles solutions. Rien sur la relance du Plan régional de lutte contre l’illettrisme, rien sur la coordination des acteurs, rien sur des actions concrètes ! Le risque est grand de laisser au bord du chemin des femmes et des hommes qui ont besoin d’un accompagnement spécifique, de moyens dédiés et d’un traitement particulier leur permettant d’obtenir les bases nécessaires à l’accès à la formation qualifiante.

Ce CPRDFOP est loin de répondre à ces enjeux pourtant jugés essentiels par l’avis du CESER.

L’objectif est d’instrumentaliser la formation au service d’un objectif unique : le retour rapide à l’emploi. Cette approche conduit à favoriser les formations en direction des publics les plus proches de l’emploi et pousse les organismes de formation à prioriser ces publics là au détriment de tous les autres... Sans aucun résultat garanti, car comme chacun le sait, ce n’est pas la formation qui crée l’emploi...

En conclusion, ce CPRDFOP est loin d’être à la hauteur des enjeux pourtant cruciaux pour notre Région. Christian Estrosi, dans son introduction, précise que « la formation professionnelle est un levier stratégique pour les chefs d’entreprise et un atout pour les salariés. » A la lecture de ce CPRDOFP on voit bien comment l’exécutif régional fait de la formation un outil au service des chefs d’entreprise (et pas forcément des entreprises) mais absolument pas comment il en fait un atout pour les salariées et les privés d’emploi. Il n’est pas en mesure de rassurer les stagiaires de la formation et les personnels des organismes de formation qui depuis plusieurs mois expriment leurs inquiétudes face à la politique régionale et continueront de le faire dans les prochaines semaines.

L’avis du CESER reprend un grand nombre de nos remarques. La CGT, la FSU et Solidaires voteront donc l’avis.