La cgt

NOUS SUIVRE
  
Accueil  >> Dépêches

Travailleurs-euses sans-papiers :

La lutte se fête... et continue !

vendredi 12 décembre 2014 , par Sabine Ferry

Le 17 décembre 2014, à la veille de la journée internationale des travailleurs migrants et de leurs familles, la CGT et l’ensemble des travailleurs, militants mais aussi journalistes, personnalités... engagés dans la lutte pour les régularisations fêteront tous les acquis obtenus jusqu’à présent.
Musiques et buffet du monde mais aussi projection du film de Marcel Trillat Etrangers dans la ville, en présence du réalisateur seront au programme.
Retour sur un mouvement sans précédent avec Francine Blanche, dirigeante de la CGT.


- Le 18 décembre 2014 aura lieu la journée internationale des travailleurs migrants, à cette occasion, la CGT célèbrera, la veille, les milliers de régularisation des travailleurs sans papiers. Pouvez-vous nous retracer la genèse et l’histoire de cette lutte et de ses acquis ?

Francine Blanche : L’occupation de l’église St Bernard en juillet 1996 a permis aux travailleurs « clandestins » de sortir de l’ombre et de se revendiquer comme « sans-papiers ». Mais la régularisation « aux normes françaises » des postes de travail de ces salariés ne vient pas alors à l’ordre du jour. On en reste –et c’est déjà important- à une vraie solidarité vis-à-vis de travailleurs mis dans des situations de travail inadmissibles, même si elles apparaissent encore comme marginales.
Il faudra attendre octobre 2006 pour que des travailleurs migrants, ne supportant plus les conditions de travail qui leur étaient imposées et les menaces de licenciement qui leur étaient faites parce qu’ils étaient sans papiers, franchissent le seuil d’une organisation locale de la CGT et demandent l’aide du syndicat. C’étaient les 22 salariés de la blanchisserie Modeluxe et l’union locale CGT de Massy (Essonne). Ils sont vite suivis par ceux de Paris Store, Buffalo Grill, Métalcouleur, OSP…Les sans-papiers revendiquent alors d’être reconnus comme travailleurs. Par la conquête des « papiers », ils veulent agir pour que leurs conditions de travail et de vie s’améliorent. Le mot d’ordre, qui deviendra celui du mouvement –« On bosse ici, on vit ici, on reste ici  »- témoigne de cette nouvelle étape.
La circulaire du 7 janvier 2008, qui visait à l’origine à protéger les patrons qui employaient des sans-papiers, ouvre une brèche dans laquelle vont s’engouffrer les travailleurs. Elle va être retournée par les salariés en lutte eux-mêmes, avec à leurs côtés la CGT.
Ce sera l’occupation du restaurant « La Grande Armée » à Paris, à partir du 12 février 2008. Le 15 avril 2008 débute la première vague de grèves menée avec la CGT par une centaine de salariés dans différentes entreprises d’Ile-de-France, suivie de la « Grande Grève » engagée par des milliers de travailleurs le 12 octobre 2009. Ils seront bientôt 6804 sur une trentaine de piquets de grève. Sans compter de multiples initiatives en régions. L’extrême détermination des grévistes, dont l’occupation pendant trois semaines nuit et jour des marches de la Bastille depuis le 27 mai 2010, le soutien de plus en plus massif des organisations de la CGT, l’unité d’action intersyndicale et interassociative de la part de ceux qui sont devenus le « groupe des 11 » déboucheront, le 18 juin 2010, sur des critères nationaux de régularisation incluant y compris des salariés intérimaires et des travailleuses auparavant non déclarées de l’aide à la personne.
Après plusieurs manifestations et occupations encore, dont celle du parvis de la Gare Montparnasse pendant deux jours en octobre 2012, les critères seront enfin concrétisés dans la circulaire de régularisation du 28 novembre 2012…

- Des milliers de travailleurs régularisés… mais la lutte continue ?

Francine Blanche : Oui, car on est loin du bout ! La circulaire de régularisation arrachée par la lutte est loin de s’appliquer correctement partout. Certaines préfectures empêchent la poursuite du contrat de travail pendant l’étude du dossier, ou refusent les travailleurs intérimaires, ou trouvent toujours que le (la)salarié(e) ne parle pas suffisamment le français. Des centaines de grévistes ne sont toujours pas régularisés. Et il faut dépasser la circulaire car il n’y a toujours pas de processus « serein » de régularisation pour les travailleurs contraints au travail au noir par leurs employeurs, -il suffit de voir par exemple ce qui se passe pour les salarié(e)s du Bd de Strasbourg à Paris-. Et le nouveau projet de loi « immigration » du 23 juillet 2014, même s’il devrait permettre d’avancer sur des cartes de séjour pluriannuelles, « oublie » les travailleurs intérimaires et ne parle pas des salariés régularisables…Alors oui, la lutte continue !

- L’initiative du 17 décembre prochain à la CGT à Montreuil rend hommage à tous ces acteurs de la lutte ?

Francine Blanche : Ces hommes et ces femmes sont les salariés les plus vulnérables qui soit, puisque sans droits là où ils travaillent et menacés d’expulsion à tout moment. Pourtant ils ont été des milliers à oser se montrer, à entrer en lutte, sachant très bien qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible, pour arracher leurs droits. Ils sont restés des mois et des mois dans la lutte, en occupant quelquefois sous la pluie, dans le froid, des dizaines d’agences d’intérim, de chantiers, d’entreprises. Et ils ont gagné, pour eux et pour tous, puisque les critères ne s’appliquent pas qu’à une « liste ».
C’est l’honneur de la CGT d’avoir été et d’être à leurs côtés. Mais la lutte ne s’arrête pas aux « papiers ». Il faut aussi s’adresser aux prud’hommes pour mettre aux normes sociales françaises salaires et conditions de travail, reconstruire les carrières professionnelles pour récupérer les droits, notamment à la retraite, acquis par des années de cotisations… Ce n’est parce qu’on est migrants qu’on doit gagner moins !
Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui adhérents à la CGT. Beaucoup d’autres cherchent à y être. Sachons les accueillir et être toujours mieux le syndicat des tous les salariés ! C’est tout cela qu’on va fêter ensemble le 17 décembre, veille de la journée internationale des droits des travailleurs migrants et de leurs familles… mais on n’oubliera pas d’être aussi présents dans les différentes initiatives et manifestations du 18 décembre, dont celle de Paris -de Belleville à République ! Tant il est vrai que « la lutte se fête » mais qu’elle continue !