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Publié le lundi 10 septembre 2012
Conseil National de lutte contre les exclusions

La CGT demande une feuille de route ambitieuse

Pauvreté

A l’occasion de la réunion du Conseil National de lutte contre les exclusions le 10 septembre 2012, Agnès Naton, dirigeante nationale de la CGT est intervenue au nom de la confédération.
Voici le texte de son propos.

C’est avec satisfaction que notre organisation syndicale a relevé l’intérêt porté par le Président de la République et son Gouvernement à ces fléaux que constituent la pauvreté et l’exclusion. Nous citerons notamment :
- l’engagement pris durant la campagne électorale d’un « plan quinquennal interministériel de lutte contre la pauvreté et l’exclusion » ;
- les expressions publiques, dès le mois de mai, de Mme Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales relatives au défi de réduction de la pauvreté des enfants en France suite au rapport de l’UNICEF et du Fonds des Nations unies pour l’enfance lequel établit que parmi les 14 pays les plus riches, deux ont un taux de privation (par exemple ne pas manger trois repas par jour) des enfants supérieur à 10 % : l’Italie (13,3 %) et la France (10,1 %).

Cette situation n’a cependant pas surpris notre organisation syndicale. Ces études ne font que corroborer l’extension de la pauvreté en France comme à l’échelle européenne avec ses conséquences induites sur les enfants.

Depuis de nombreuses années, la CGT s’exprime, dans cette enceinte mais aussi auprès des pouvoirs publics et dans les négociations interprofessionnelles, sur les causes structurelles des processus de pauvreté et d’exclusion et formule des exigences sociales, économiques et environnementales pour garantir à tous les êtres humains l’effectivité des droits fondamentaux.

Elle s’exprime également conjointement avec des acteurs du dialogue social et du dialogue civil.

Force est malheureusement de constater le peu d’échos par la puissance publique et certains acteurs sociaux conduisant de fait à l’échec des politiques antérieures et ce, en dépit, de mesures et de plans successifs qui se sont avérés tout aussi inefficaces les uns que les autres. Le Grenelle de l’insertion n’a, ainsi, pas atteint ses objectifs faute d’avoir été suivi d’engagements des acteurs sociaux pour concrétiser le droit à l’insertion par le travail et l’accès à l’emploi, de qualité, de politiques publiques agissant sur les origines de la pauvreté et de l’exclusion lesquelles avaient été pourtant identifiées. De plus, les restrictions budgétaires affectant les services publics et les associations ont participé à accroître la proportion de personnes pauvres et à réduire drastiquement les leviers d’intervention.

La CGT se satisfait donc de l’organisation d’une conférence gouvernementale intitulée » lutte contre la pauvreté et les exclusions ». Cette conférence est une rupture avec les politiques d’opposition entre salariés et de stigmatisation des plus pauvres.

Elle estime que cette conférence doit déboucher sur « une feuille de route » ambitieuse. Elle doit tracer le sens et le contenu de politiques publiques cohérentes, nationales et territoriales, globales et sectorielles, et qui articulent des mesures conjoncturelles pour répondre aux urgences sociales avec des dispositions structurelles pour atteindre un objectif, qui nous l’espérons, est partagé à savoir l’éradication de la pauvreté et des exclusions sociales, professionnelles et culturelles.

Nous ne manquons pas de matière, ni pour étayer la gravité de la situation, ni pour porter appréciation sur les politiques et les dispositifs antérieurs. Tous les rapports, toutes les études relèvent l’augmentation de la pauvreté et, de fait, des atteintes à la dignité humaine, à l’effectivité des droits fondamentaux, au vivre ensemble, à la démocratie. Encore très récemment, L’INSEE constate, dans une publication de début septembre relative aux « niveaux de vie en 2010 » une nouvelle progression de la pauvreté (13,5 en 2009, 14,1 en 2010) particulièrement parmi la jeunesse. Au regard de la situation économique et sociale, de l’augmentation du chômage, de la précarité de l’emploi et de la pression sur les salaires, il y a fort à parier que 2011 et 2012 seront aussi des années où ce constat sera malheureusement dressé. Il sera aussi observé, une nouvelle fois, la baisse des financements – singulièrement ceux des conseils généraux – consacrés à la solidarité envers les populations les plus fragilisées. Par exemples, dans nombre de départements, les crédits pour l’hébergement d’urgence sont épuisés, etc…..

Notre ambition doit être de dépasser ces constats. Comme nous l’avions déjà posé dans notre intervention lors de l’installation du CNLE en septembre 2005, notre question est la suivante : continuons nous à gérer l’exclusion, la pauvreté, ou engageons nous dans une démarche visant à son éradication et sa prévention ?

La CGT choisit résolument dans la seconde option celle qui consiste à agir sur les racines de la misère et des inégalités dans tous les domaines, à prévenir les situations d’exclusion tout en prenant les mesures d’urgence qui s’imposent mais sans prioriser tel ou tel public.

C’est d’ailleurs une des perspectives tracées par le CNLE dans son expression lors de la campagne électorale. Outre des recommandations détaillées dans plusieurs domaines (droit à la santé, au logement, accès à la CMU,etc…), elle porte également sur l’emploi, la qualité des contrats de travail, la reconnaissance des qualifications, les moyens financiers et humains à dégager pour pôle emploi, la primauté à accorder à la qualité du service et de l’accompagnement, la nécessité de faciliter l’accès à la formation des privés d’emploi. Enfin, le CNLE estime que notre système de protection sociale doit être valorisé ; ses différents piliers préservés.

Ces recommandations entrent en résonance avec les exigences sociales et économiques que porte la CGT. Elles demandent une autre répartition des richesses créées pour satisfaire les attentes et les besoins sociaux en constante évolution.

A cet égard, l’articulation entre travail, emploi et pauvreté devra être un des thèmes de la Conférence gouvernementale. Je citerai à cet égard, un des derniers rapports de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES), lequel relève, outre la hausse généralisée des inégalités de revenus aux deux extrêmes de la distribution des richesses que « disposer d’un emploi n’est plus une condition suffisante pour franchir le seuil de pauvreté », tant l’emploi s’est raréfié et précarisé (chômage, CDD, intérim, temps partiel).

Cette conférence, en articulation avec la conférence sociale de juillet dernier et celle consacrée aux questions environnementales, devra aussi intégrer la place, le rôle et l’organisation du service public ainsi que les processus démocratiques d’élaboration des décisions. A cet égard, je voudrais conforter notre demande de concertation avec les organisations syndicales et les associations sur la proposition de loi présentée par François Brottes instaurant des tarifications progressives par paliers de consommation pour l’énergie.
Si La CGT partage la préoccupation d’alléger la facture d’électricité et de gaz pour les ménages modestes et l’objectif d’économiser l’énergie, elle craint que ce dispositif soit l’occasion d’instaurer un prélèvement supplémentaire sur la consommation de gaz et d’électricité.

Pour la CGT, la place du travail, une nouvelle répartition des richesses créées, le nombre et la qualité de l’emploi constituent les leviers essentiels pour prévenir les situations de pauvreté et d’exclusion. Accéder à un travail digne et reconnu, pour toutes et tous, dans une société solidaire est le fil conducteur de notre ambition de construire un Statut du travail Salarié et une sécurité sociale professionnelle, ainsi qu’un droit à un parcours personnalisé et sécurisé d’accès à un emploi de qualité.