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Publié le mercredi 3 janvier 2001

L’union fait la force



80 000 manifestants à Nice le 6 décembre dernier, ce fut l’événement majeur du Conseil européen. Cette manifestation à l’appel de la CES regroupait près de 26 pays et 40 centrales syndicales.

Les pays d’Europe centrale étaient très présents : Hongrois, Tchèques, Polonais mais aussi Serbes, Macédoniens, Slovènes. Les centrales syndicales turques étaient aussi représentées. Nice est la plus grande euromanif depuis la création de la CES. Lors du Comité exécutif des 13 et 14 décembre 2000, Emilio Gabaglio, Secrétaire général, en souligna l’importance non seulement par le nombre de manifestants, mais aussi par le nombre de syndicats européens présents. La participation fut large, massive pour les Italiens, Espagnols, Portugais, Belges, Luxembourgeois, Autrichiens et très importante pour les syndicats français et plus particulièrement pour la CGT. Les ONG s’y sont aussi associées en grand nombre.

Un an après Seattle, le syndicalisme européen, qui fut le berceau du syndicalisme, montre qu’il est capable massivement de réagir et d’agir : non seulement pour défendre les droits et intérêts des salariés mais aussi exiger d’autres droits au niveau européen, plus de démocratie, d’autres choix où le plein emploi est prioritaire. Certes cela est loin d’être d’une seule voix, pour un seul objectif mais cette élévation dans l’action commune correspond à une demande réelle et forte des salariés à engager des ripostes et à faire des propositions au niveau où sont prises les décisions. C’est aussi l’expression du besoin de rompre avec le processus du tout marché. Un marché qui dicte la loi, standardise au nom du seul critère de concurrence et où les capitaux, en particulier spéculatifs sont les maîtres du jeu.

L’uniformité projetée n’est pas acceptable. Elle ne pourra être imposée. Pour cela, il est clair que face à la mondialisation, particulièrement dans le cadre de la construction européenne, le besoin de se rassembler passe par l’unité la plus large. Depuis des lustres nous disons et répétons que l’unité fait la force. Elle est un combat. Elle exige de surmonter des diversités et des divergences. Ce fut le cas pour l’Euromanif de Nice.

Personne ne prétend nier la diversité de ce syndicalisme européen. Sans doute est elle encore plus forte aujourd’hui qu’hier, avec l’apport et la diversité syndicale de l’Europe centrale mais aussi la diversité du salariat, l’extension des activités de service, la précarisation, le travail au noir, le chômage qui se sont développés dans tous les pays. Il serait vain de prétendre imposer une méthode d’action unique. Au contraire, cette diversité doit être facteur d’efficacité si tout est fait pour l’émergence de convergence afin d’agir ensemble.

Nous pouvons apprécier que, 20 mois après notre adhésion à la CES, de nombreux militants de la CGT aient pu exprimer cette nécessité du rassemblement : à Porto le 19 juin, à Bayonne le 12 octobre, mais aussi dans les manif de retraités avec la FERPA, des femmes à Bruxelles et à New York, du som
Nous savons tous qu’il n’y a pas de cause à effet entre notre adhésion à la CES et l’Euromanif de Nice. C’est pourtant la première manifestation européenne lors de la Présidence française de l’Union européenne depuis la création de marché commun en 1957.

Il a fallu l’unité des syndicats français pour accueillir cette manifestation et là comme pour d’autres sujets rien n’était joué au départ.

Cependant, le besoin d’efficacité, la nécessité d’une autre lisibilité du syndicalisme en Europe devient criante. Face à la construction européenne qui apparaît comme technocratique, loin des peuples, au service des grands groupes, face aux scandales concernant la santé publique, l’environnement, l’articulation entre revendication au plus bas et intervention sur ces questions essentielles devient indispensable. Il s’agit bien d’exprimer les besoins et les droits des salariés à tous les niveaux décisifs. C’est une exigence de démocratie comme dans tous les autres domaines de la vie.

L’Europe, encore plus que tous les autres continents a connu un développement du salariat considérable. Il constitue 80% à 90% de la population active. Or, contrairement à ce que prétend le patronat, notamment anglo-saxon auquel le MEDEF s’identifie de plus en plus, le contrat de travail collectif à bel et bien un avenir. La défense collective, la législation du travail, tout comme les conventions sont bien des priorités pour l’immense majorité des salariés. Le fait nouveau c’est qu’il faut étendre ce champ revendicatif, législatif, conventionnel au niveau de l’Union européenne.
L’U.E. a déjà instauré une union économique et monétaire, un grand marché. L’U.E. va s’élargir à près de 30 pays, dans les prochaines années. Cela explique le sens de notre combat pour exiger une Charte des droits fondamentaux reprenant réellement de vrais droits mais aussi des droits nouveaux tels que le droit de grève transnational en particulier dans les groupes multinationaux et que ces droits soient contraignants, donc inscrits dans les traités. Ce n’est pas moins de droit mais plus de droits pour les salariés. Il ne s’agit pas de transfert mais d’obtenir l’opérationnalité, l’effectivité et les moyens de défense des intérêts des salariés au niveau européen.

Cette même démarche nous guide pour obtenir des normes sociales dans le commerce international à partir d’un véritable développement durable et de droits fondamentaux tel l’interdiction du travail des enfants. Cela peut apparaître comme un paradoxe alors que se développe la précarité du salariat, que perdurent chômage, exclusion, que les attaques se multiplient contre les statuts, les services publics. Nous agissons sur tous ces terrains, en augmentant nos efforts en particulier pour ce qui concerne la précarité et nous visons à chaque occasion permettre aux salariés au travers le syndicalisme européen et international d’exprimer leurs besoins dans la convergence et des objectifs communs.

L’élargissement de l’Union européenne constitue un immense défi pour les syndicats d’Europe. Des risques de repli, d’expression nationaliste et régionaliste identitaire sont bien réels. Le sommet de Nice en a été une illustration tant par le traitement qu’il a réservé à une Charte des droits fondamentaux, insuffisante dans son contenu et simplement déclarative, que par la façon dont le traité de Nice a abordé le futur de l’Europe.

Or le “libre-échange ”, le tout marché créent et renforcent les inégalités. Le capital avance de manière puissante et aveugle. Il se soucie peu de démocratie, de cohésion sociale. Le 46ème Congrès a réaffirmé les principes fondateurs du B.I.T. : le travail n’est pas une marchandise. C’est aussi un des sens profonds de l’Euromanif de Nice. La CGT avec plus de 25000 militants a contribué dans l’unité la plus large à ce succès. C’est un élément qui, s’il n’a pas échappé aux commentaires, nous confirme dans notre engagement, nos pratiques qui appellent au renforcement aux niveaux des branches, des régions mais aussi à un engagement encore plus grand d’initiatives syndicales dans les comités d’entreprises européens. Près de 25000 militants syndicaux de différents pays européens peuvent se rencontrer régulièrement. C’est là une autre perspective pour un vrai travail de masse sur les questions européennes et internationales.