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Publié le vendredi 3 septembre 2004

L’accès pour tous à la culture sportive, un enjeu pour le XXIe siècle



Les activités physiques et sportives, pratiquées individuellement, en famille ou en groupe organisé, connaissent un important développement, particulièrement spectaculaire depuis une vingtaine d’années. Les données chiffrées rassemblées par l’Insee, l’Insep, le ministère de la Jeunesse et des Sports, le Cnosf, et d’autres estimations confirment cette tendance faisant des activités physiques et sportives un élément majeur des modes de vie et de la culture contemporaine. La progression est conséquente : trois Français sur dix (deux hommes et une femme) pratiquent une activité sportive en 1967-68 ; ils sont cinq sur dix en 1987-88 (et l’écart entre hommes et femmes s’est réduit entre temps) ; ils sont probablement six sur dix à l’heure actuelle. Pour autant, cela signifie qu’aujourd’hui, en France, quatre personnes sur dix ne pratiquent aucune activité physique ou sportive... Avec des inégalités fortes qui tiennent au niveau économique des individus (et/ou des ménages) et aux disparités espace urbain ou espace rural.
En clair, le développement des activités physiques et sportives n’est pas entièrement assimilable à un processus de démocratisation.

Sport scolaire

L’accès à la culture sportive, pour le plus grand nombre, et dans les meilleures conditions possibles, s’inscrit, à n’en pas douter, dans un « projet de société ». À bien des égards, le sport scolaire contribue à la démocratisation des pratiques sportives. L’allongement de la scolarisation obligatoire favorise ce processus. Toutefois, des problèmes se posent pour les jeunes en situation de « déscolarisation », dans les banlieues difficiles en particulier, pour les personnes qui sont engagées dans la vie professionnelle, ou encore pour les retraités.

Sport de quartier

Évoquons brièvement le rôle dévolu à l’animation sportive dans les « quartiers difficiles », pour les jeunes ou les familles en situation d’exclusion ou de relégation sociale. Jusqu’au début des années quatre-vingts, bien des acteurs impliqués dans ces actions ont constaté que la pratique sportive contribuait à structurer positivement la personnalité psychologique ainsi que les relations interpersonnelles. Actuellement, compte tenu de l’aggravation des difficultés rencontrées par les jeunes et les familles, certains travaux d’évaluation se montrent plus réservés. Les solutions pour résoudre les formes d’exclusion sociale ne sont pas d’ordre sportif. Sauf à idéologiser les prétendues vertus du sport...

Sport à l’entreprise

Concernant le secteur du travail, il est évident que l’on constate, au niveau des entreprises les plus riches, la mise en place de « stratégies de communication » (soutien à des sportifs de haut niveau, aide financière apportée à des événements d’exception relevant du sport-spectacle...). Tantôt il s’agit d’un luxe que le patronat estime pouvoir étaler, au titre de son image de marque, et qui flatte sans doute bien des actionnaires (mais qui produit la richesse et les bénéfices dans l’entreprise ?), tantôt il s’agit de « contre-projets d’entreprise » par rapport à ceux définis dans le cadre du syndicalisme et de l’action sociale revendiquée par les salariés. Quand les deux stratégies ne vont pas de pair...

Sport et retraite

À l’âge de la retraite, les écarts significatifs - selon les professions, au regard de l’espérance de vie et de l’exposition aux maladies - sont redoublés, en quelque sorte, par une réduction des ressources financières qui opère comme une contrainte supplémentaire.

En fait, au sein de la société, conjointement à des formes de démocratisation des activités sportives, on peut repérer des formes de différenciation et de déplacement des inégalités sociales. La notion de développement des sports traduit une réalité complexe, variable et mal connue à certains égards.

De même, l’action sportive engagée au sein de l’entreprise est-elle un des lieux d’expression des tensions et des luttes - syndicales et politiques - qui sont la traduction de modèles de société différents et même contradictoires. À ce titre, le domaine sportif n’est pas un terrain marginal d’expression du droit des personnes à la culture et à la santé. Au contraire, il est révélateur des oppositions, des intimidations, des annexions, des détournements de ressources et des accumulations de richesse caractéristiques de la société néolibérale.

Sans doute faut-il réfléchir à de nouvelles formes d’animation sportive favorisant le plaisir, la participation, la convivialité, l’effervescence festive. Elles sont en partie à inventer. Certes. Mais, conjointement, il est plus que jamais indispensable d’engager une réflexion collective pour concevoir une stratégie de valorisation du militantisme - syndical et associatif - et pour favoriser le renouvellement des générations de responsables dans le domaine de l’action sportive, déployée par les clubs et les comités d’entreprise. La maîtrise du « temps libre » (semaine de 35 heures, abaissement de l’âge de la retraite) est liée à une qualité de vie sur le lieu de travail, à la santé, à la garantie de l’emploi (alors que des licenciements abusifs et massifs sont présentés ici ou là comme une fatalité...), à l’amélioration du pouvoir d’achat. La nouvelle loi d’orientation sur le sport présente des mesures intéressantes, à exploiter, et identifie des ressources à mobiliser.

La Cgt a un rôle important à jouer dans la définition d’un « projet sportif » qui s’impose comme un enjeu de société majeur, à l’aube du XXIe siècle.