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Publié le lundi 28 décembre 2009
Syndicalisme

Jeunes : priorité syndicale



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Ils ont toute leur place dans la CGT.
Mais encore faut-il les convaincre pour
qu’ils adhèrent. En commençant par être
à l’écoute de leurs attentes.

Un article de Cyrielle Blaire

C’est indiscutable. La CGT,
comme les autres centrales syndicales,
prend un sérieux coup
de vieux. D’ici dix ans, un militant sur
deux sera parti en retraite. Et la relève
ne suit pas. Seuls 3% des nouveaux syndiqués
ayant adhéré depuis le début de
l’année à la CGT avaient moins de
26 ans. Les sondages soulignent pourtant
que les syndicats ont la cote chez
les jeunes : 68% disent avoir une bonne
opinion à leur égard (BVA,
2008) ! Et les manifestations
anti-CPE ont fait la démonstration
que la jeunesse était
prête à s’engager massivement
dans des combats auxquels
elle croit. Pourquoi
alors les jeunes salariés ne
franchissent-ils pas le pas de
la syndicalisation ?

Un premier élément de
réponse tient à la précarité
des jeunes qui arrivent sur
le marché de l’emploi. « Ils se
disent qu’ils adhérero n t
quand ils auront trouvé un emploi
durable », résume la politologue Sophie
Béroud. Sauf qu’entre les stages, les
missions d’intérim et les CDD à répétition,
cette stabilisation peut prend re
des années. Mais cette insécurité n’est pas la seule
explication. Le décalage générationnel
est aussi en cause. « Le jargon des dirigeants
et leur éducation politique, leur
rapport à la communication les éloignent
des jeunes, avance le sociologue
Michel Vakaloulis. À la CGT, on parle
“d’axes revendicatifs centraux”, mais les
jeunes préfèrent se mobiliser sur un
“ projet” ! ».

Le syndicat ne parle à l’évidence
pas le même langage que la jeunesse.
« Quand ils lisent nos tracts, ils
nous disent : ça nous intéresse mais on
ne comprend rien »,
pointe Yucel
Basarslan, secrétaire de la Fédération
du commerce.
L’intérêt est bel et bien là. Sous conditions.
Car la nouvelle génération n’est
pas disposée à entrer en « religion » . « Ils
ont peur d’être formatés et se méfient de
la “ligne” ou de l’idéologie. S’ils adhèrent,
ce n’est pas non plus pour se sacrifier
ou faire de la figuration mais dans
une visée d’autoréalisation ! »
a ffirme
Michel Vakaloulis.

Les syndicats doivent aussi être
audibles sur des sujets sociétaux qui
interpellent ou concernent
directement la jeunesse.
Comme le racisme, la guerre
ou l’écologie… « Nous ne
devons pas hésiter à nous
attaquer à des champs en
marge du travail salarié que
sont les stages, le logement et
les modes de garde. Les collectifs
Génération précaire ou
Jeudi noir l’ont fait.Pourquoi
pas nous avec notre force de
mobilisation ? »
, insiste
Fabrice Hallais du collectif
jeunes diplômés de l’Ugict
(cadres). « Et il faut que nous allions à
la rencontre des jeunes sur les forums
emploi et dans les universités ».

Car les jeunes, sous-informés sur leurs
droits, attendent que l’on aille vers eux,
et pas le contraire. « Des jeunes cadres
nous disent qu’ils aimeraient bien se syndiquer
mais qu’on ne leur a jamais proposé
 »
, note Caroline Blanchot, du collectif
jeunes diplômés de l’Ugict.

Une interview d’Agnès Naton, secrétaire de la CGT



Pourquoi la
syndicalisation des
jeunes est-elle une
priorité pour la CGT ?

Pour deux raisons
essentielles.D’abord
parce que les jeunes
sont en mal d’avenir,
ils ont le sentiment de
ne pas pouvoir intégrer
la société par le travail,
de cumuler toutes les
formes de précarité.
Les diplômés ne
trouvent pas d’emploi
de qualité et la société a
accepté l’idée que ceux
qui étaient les moins
qualifiés devaient
continuer à galérer.
D’autre part , la jeunesse
constitue un véritable
enjeu de survie pour
le syndicalisme salarié :
en 2010, 100 000 de nos
adhérents seront
partis en retraite,
et 200 000 d’ici sept ans.
Les 18-30 ans ne
constituent que 2%
des adhérents à la CGT
et on observe la même
tendance dans les autres
centrales syndicales.

Pourquoi la CGT ne
progresse-t-elle pas
chez les jeunes ?

Contrairement aux
partis politiques, les
jeunes ont une image
positive des syndicats.
Près de 47 % se disent
prêts à se syndiquer.
Les dernières enquêtes
d’opinion témoignent
de leur confiance pour
la CGT et ses valeurs.
Toutefois,ils perçoivent
le syndicat comme
le privilège de ceux
qui ont un emploi.
Les jeunes sont
dans une position
d’extériorité, qu’ils ne
quittent plus avec l’âge.
Dans le passé, une fois
installé dans la vie
active, la perception
du syndicat changeait.
L’adhésion était alors
plus facile. Aujourd’hui
certains salariés
traînent durant toute
leur existence le poids
des conditions dans
lesquelles ils se sont
« casés » sur le marché
du travail après des
années de chômage,
de précarité d’emploi.
Si le syndicat ne prend
pas en compte cette
réalité, le décalage
entre les jeunes
et le syndicalisme
peut perdurer très
longtemps,même
quand les jeunes ne
sont plus jeunes.

Comment s’adapter
alors pour répondre
à cet enjeu ?

En allant à leur
rencontre.Nous avons
besoin de mieux
comprendre leurs
attentes,leurs
préoccupations. Il faut
nous intéresser aussi
aux nouvelles formes
d’engagement,
au caractère concret
des projets et des
mobilisations, à la place
de l’individu dans
le collectif, aux outils
de communication…
Il nous faut travailler
avec eux aux évolutions
à opérer dans la CGT :
l’accueil dans
l’entreprise, les
dispositifs pour la
continuité syndicale en
raison de la mobilité
professionnelle et
géographique, la
structuration et les
formes d’organisation
du syndicat…

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Vos droits



Sait-on que 49 % des étudiants
ont un travail salarié ? Depuis les
mobilisations anti-CPE, un partenariat s’est
noué entre l’Unef, le syndicat majoritaire
chez les étudiants, et la CGT. L’UNEF a édité
avec les syndicats CGT, CFTC,FO, Unsa et FSU
un guide à l’intention des étudiants pour
leur faire connaître leurs droits et les aider
à les défendre www.unef.fr.