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Publié le vendredi 29 septembre 2006

Introduction de Bernard Thibault au CCN du 27 septembre 2006 sur l’adhésion à la Confédération Syndicale Internationale



Parmi les décisions du 48ème Congrès, les syndicats ont « approuvé la démarche entreprise par nombre de Confédérations de divers continents dont la CGT, qui se sont engagées dans la construction d’une nouvelle organisation syndicale mondiale ».

« Dès que le projet de cette nouvelle organisation sera finalisé », précise le document d’orientation, « un Comité confédéral national se prononcera sur la participation de la CGT au congrès fondateur de cette nouvelle internationale ».

C’est l’objet de notre réunion d’aujourd’hui qui se conclura par un vote des organisations du CCN sur le projet de délibération dont vous avez eu connaissance.

L’unité du mouvement syndical international est devenue une nécessité pour changer le rapport de forces à l’échelle mondiale, pour passer d’une attitude purement défensive à une stratégie offensive de reconquête. Nous ne pouvons plus, nous ne devons plus supporter que l’action syndicale, ou trop souvent son inaction, ait toujours une longueur de retard sur la globalisation économique et sociale.

C’est parce que la CGT fait cette analyse qu’elle a été sollicitée pour travailler à une refondation du syndicalisme international dès que la CISL et la CMT ont déclaré leur intention de travailler à un nouvel internationalisme syndical.

La CGT a répondu présent en étant active dans le processus construisant le syndicalisme du futur. Je rappelle que nous l’avons fait sur la base d’un mandat défini par la Commission exécutive réunie le 17 juin 2004, dont le compte-rendu a été publié dans Le Peuple en septembre 2004. Cela fait donc 2 ans que le processus est ouvert et connu de tous.

La réunion Internationale qui a précédé notre 48ème Congrès, a permis au CCN d’apprécier le degré d’avancée du projet et l’état d’esprit de nombre de confédérations sur plusieurs continents.

Les contacts et les travaux se sont poursuivis depuis.

Pour que ce projet ait un sens, il était indispensable d’associer les centrales syndicales non affiliées, soucieuses de l’impuissance du syndicalisme international face à la mondialisation et ses conséquences.

La CGT a défendu avec beaucoup d’autres une conception ouverte du processus de création de la nouvelle internationale, un processus « inclusif » visant à rassembler largement les organisations pour affronter les défis actuels. « Surmonter le passé », opérer une rupture avec les pratiques exclusives issues de la guerre froide rassembler largement les organisations syndicales, quelles aient ou non une affiliation à l’heure actuelle, était indispensable pour manifester clairement la volonté de faire du nouveau.

Nos points de vue ont été largement pris en compte dans les statuts proposés à l’adoption, comme dans le programme d’action. Ainsi, les textes proposés à l’ensemble des organisations syndicales du monde, mais d’abord à celles qui décident de participer au congrès de fondation, sont une oeuvre commune. En prenant en compte la diversité des opinions et surtout des cultures syndicales, la nouvelle organisation internationale signe ainsi son premier acte de respect du pluralisme, ce qui est une des conditions du succès futur du projet.

Les principes et les objectifs fondamentaux que s’assigne la future organisation, sont totalement conformes à notre conception du syndicalisme.

L’article 5 de nos statuts dispose, en effet, que : « Au plan international, la CGT se fonde sur la conception d’un syndicalisme de coopération et d’action, d’échanges et de confrontations d’idées, intransigeante pour la défense des droits de l’Homme, des droits des salariés et des droits syndicaux, ouvert à toutes les recherches et approches syndicales ».

La future Confédération Syndicale Internationale s’affirme « unitaire, indépendante et démocratique », « ouverte, pluraliste, respectueuse de l’autonomie des organisations affiliées ».

Elle déclare « le travail humain d’une valeur supérieure au capital » ; « agir pour le respect universel des droits fondamentaux, pour la paix, la démocratie ».

Elle entend « construire un syndicalisme de transformation sociale ouvrant la voie à une mondialisation qui profite à tous ».

Le projet de programme d’action soumis au congrès invite à s’engager pour « changer fondamentalement la mondialisation afin qu’elle fonctionne en faveur des travailleuses, des travailleurs, des sans-emploi et des pauvres ».

La CGT, avec d’autres organisations, a contribué à ce que de tels principes et objectifs soient retenus.

Le principe a été adopté d’une reconnaissance de l’autonomie des organisations nationales et d’une grande souplesse dans les modes d’organisation.

Une modulation des cotisations devra permettre aux confédérations des pays les plus pauvres de compter tout autant que les autres dans les délibérations de l’internationale. C’est également une dimension fondamentale du succès.

Nous avons mis l’accent sur le rôle et le statut des organisations régionales parce qu’au-delà des diversités des situations et des cultures, elles sont propices à l’émergence de pratiques d’élaboration de revendications communes et à la mise en œuvre de luttes coordonnées.

Les fédérations professionnelles internationales disposent également d’un potentiel de mobilisation efficace sur des objectifs communs. Il convient donc qu’elles s’affirment comme « des partenaires à égalité dans l’élaboration d’une politique mettant en cohérence le professionnel et l’international », comme le souligne la Déclaration commune des organisations indépendantes -, l’internationale ayant un rôle d’articulation entre les champs professionnels et interprofessionnels. Ce défi reste à relever de concilier leur autonomie, qui est une force, avec la nécessité d’une cohésion stratégique dans le mouvement international tout entier.

Le congrès fondateur est le premier acte symbolique, un point de départ d’une nouvelle manière d’être et d’agir. C’est la naissance d’un outil nouveau au service des syndicats et c’est par la pratique que la nouvelle organisation devra faire ses preuves et finaliser ses modes d’organisation, contribuant à la création d’une nouvelle culture commune, d’un nouvel internationalisme syndical.

Pour compléter votre information, quelques éléments sur l’état d’esprit d’autres confédérations non affiliées.

Plusieurs organisations ont pris la décision d’être partie prenante dans le congrès fondateur. C’est le cas pour :

  • la CUT de Colombie
  • l’OPZZ de Pologne,
  • l’UNTA d’Angola,
  • du GEFONT au Népal,
  • de la CTA d’Argentine,
  • de la FISEMA de Madagascar.

La CGT du Pérou sera présente au congrès fondateur mais ne pourra formaliser son adhésion qu’à son propre congrès en novembre.

La CGT du Portugal est contrainte par ses obligations statutaires d’attendre son congrès en 2008.

La CITU, Confédération de l’Union indienne, ne sera pas présente mais souhaite poursuivre sa coopération.

Nous continuons de soutenir la demande d’adhésion de la CDTN du Niger qui n’est pas acquise pour l’instant.

Ce sont donc près de 350 organisations nationales, regroupant plus de 180 millions d’adhérents dans 156 pays, qui proclameront leur unité au congrès de Vienne.

Chacune de ces organisations est confrontée aux conséquences engendrées par l’accélération et l’élargissement de la mondialisation, à la mise en concurrence généralisée des salariés. Il est clair qu’isolés ou exclusivement cantonnés dans nos territoires nationaux, nous ne pourrons pleinement peser sur le cours des événements. Sur cette base, c’est avec lucidité et avec confiance que nous devons nous engager dans la réussite de ce projet.

La lucidité reste indispensable car le chemin est encore long et beaucoup de difficultés sont à surmonter. Elles proviennent de la complexité du monde et des questions posées par la réorientation des processus de mondialisation, complexité qui peut, à tout instant, être un facteur de résurgence de clivages anciens ou d’émergence de tensions nouvelles.

L’aggravation des inégalités à l’intérieur des pays, entre les pays, entre les continents et singulièrement entre ceux du Nord et ceux du Sud, mine la cohésion sociale, renforce les oppositions entre les peuples jusqu’à menacer la paix.

Le défi de l’unité, qui est à relever par le mouvement syndical, est donc considérable et nous savons d’expérience qu’il est parsemé d’embûches.

Chacune des confédérations qui composeront la future Internationale, a son histoire propre, chacune est confrontée à des réalités économique, sociale et politique qui ont leur spécificité.

Chacune des composantes devra donc faire preuve d’écoute, de compréhension et d’esprit d’ouverture afin que cet outil commun soit mis au service d’objectifs partagés et contribue à la mise en mouvement du plus grand nombre pour changer la donne.

Il faudra sans doute un peu de temps pour que chacun prenne ses marques mais, comme la plupart des réunions préparatoires à ce CCN l’a montré, la grande majorité des organisations considère que la CGT doit être présente pour relever ces défis.

Au-delà de l’adhésion formelle de la CGT à la nouvelle confédération, c’est aussi une invitation à ce que dans chacune de nos organisations nous sachions travailler les analyses, les initiatives coordonnées à construire au plan international comme un facteur de crédibilité de notre syndicalisme.

Du lieu de travail à la Confédération, il y a nécessité d’impulser des coopérations et des mobilisations qui donnent du sens à des réponses unitaires qui sont autant d’alternatives à opposer aux dogmes de l’économie libérale.

Le contrôle de l’activité des multinationales, dont certaines ont un pouvoir démesuré sur les sociétés, devrait être un objet de négociations entre les Etats et entre les représentants patronaux et les organisations syndicales. Il est urgent que ces multinationales assument leur responsabilité sociale et environnementale vis-à-vis des pays les moins développés, dont elles exploitent souvent les richesses, et vis-à-vis de leurs réseaux de sous-traitants et fournisseurs. C’est un des objectifs stratégiques de la création de la Confédération syndicale internationale, mais ne nous cachons pas qu’il suscitera beaucoup de débats et demandera beaucoup de travail y compris dans nos propres rangs.

Les accords cadres internationaux se développent et sont déjà au nombre de 49 dans le monde. Signés entre une multinationale et des fédérations syndicales, voire des ONG, ils sont réputés formaliser un certain nombre d’engagements sociaux et environnementaux de l’entreprise fondés sur les engagements publics internationaux comme les normes fondamentales de l’OIT ou la déclaration des droits humains et préciser les moyens de leur contrôle. Le syndicalisme international doit, à tous les niveaux, prendre fermement en mains ces processus de négociation au statut incertain et aux résultats très hétérogènes, mais qui vont proliférer en raison de la faiblesse des organismes de gouvernance internationale.

L’exigence que les entreprises soient socialement responsables ne peut résulter que de la montée de mobilisations sociales fortes et coordonnées : « les entreprises doivent rendre des comptes sur leur activité », c’est la définition littérale du mot responsabilité.

Il faut aussi contribuer à ce que la Confédération syndicale internationale milite pour la paix et, par ses analyses, ses revendications, ses actions solidaires, apporte d’autres réponses aux salariés que celles préconisées sur des bases nationalistes, racistes ou xénophobes.

Le mouvement syndical ne doit pas être inactif face aux menaces et aux impasses que représente l’influence grandissante des partis et des responsables politiques dont le fond de commerce électoral fait appel aux peurs et aux désarrois sociaux.

Plusieurs événements politiques en Europe, ces dernières semaines, confirment l’urgence de cette prise de conscience.

En France également, chaque jour nous pouvons constater, par le climat pré électoral que l’on cherche à installer, que notre pays n’est pas à l’abri de ces dérives.

Nous y reviendrons plus longtemps lors de la discussion sur l’analyse de la situation cet après-midi.

Voici, Cher(e)s Camarades, quelques éléments supplémentaires donnés au CCN avant qu’il ne s’exprime.

J’ajouterai, pour conclure, qu’il va de soi qu’avec notre affiliation nous affirmons également notre disponibilité pour assurer éventuellement des responsabilités dans les instances de l’organisation.

Le qualificatif d’historique est parfois accolé à certains événements. Celui-ci en est certainement un dont la portée réelle s’évaluera au fil du temps. La CGT, pour sa part, sait que, depuis sa création, l’internationalisme est au cœur de sa pensée et de son action.