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Publié le mardi 23 mai 2006

Interview de Bernard Thibault pour le journal La Croix du mardi 12 mai 2006



Dans une démocratie moderne, le pouvoir politique ne peut pas incarner à lui seul l’autorité suffisante pour décider des réformes à conduire. Celles-ci doivent faire l’objet, si ce n’est d’un consensus, tout au moins d’une concertation, voire de négociations.

Les syndicats réclament avec force d’être pris en compte dans le débat. En quoi avez-vous autorité pour négocier avec les responsables politiques ?
Dans une démocratie moderne, le pouvoir politique ne peut pas incarner à lui seul l’autorité suffisante pour décider des réformes à conduire. Celles-ci doivent faire l’objet, si ce n’est d’un consensus, tout au moins d’une concertation, voire de négociations. Bien des gouvernements méconnaissent cette nécessité, ce qui explique des blocages tels que la crise du contrat première embauche (CPE). Dès lors qu’il s’agit de mesures ayant un impact sur la vie des salariés, on reconnaît à ces derniers, depuis plus d’un siècle maintenant, le droit de se regrouper en syndicats pour représenter leurs intérêts individuels et collectifs. C’est écrit dans la Constitution française !
Le faible taux de syndicalisation en France ne fragilise-t-il pas cette légitimité que vous revendiquez ?
Le pouvoir d’influence et de mobilisation des syndicats va bien au-delà du nombre des syndiqués, le rejet du CPE l’a bien montré. En outre, plusieurs enquêtes d’opinion ont révélé une confiance accrue des salariés vis-à-vis des syndicats ces dernières années, même si cela ne débouche pas forcément sur des adhésions. L’autorité morale des syndicats est bien réelle.
Au sein d’une entreprise, qu’est-ce qui peut conduire un syndicat à contester l’autorité de la direction ?
On ne s’inscrit pas a priori dans un affrontement systématique avec les projets d’une direction mais les syndicats ont la responsabilité d’exiger la transparence et d’exercer un contre-pouvoir, surtout s’ils considèrent que certaines mesures sont menaçantes pour l’avenir des salariés. Les sections syndicales de l’entreprise ont toute latitude pour s’exprimer sur la politique des dirigeants, à côté des institutions de représentants du personnel comme le comité d’entreprise (1), qui doit être tenu informé, voire consulté sur certaines opérations (restructurations, investissements...). En cas de désaccord, la grève n’est qu’un moyen ultime qui repose sur la seule force de conviction du ou des syndicat(s) auprès des salariés.
Comment renforcer l’assise des syndicats en France ?
La Cgt est favorable à la refonte des critères de représentativité syndicale pour mieux refléter le poids de chaque organisation. Nous souhaitons aussi que les syndicats consultent l’ensemble des salariés d’une entreprise avant de décider de signer ou non un accord. Enfin, nous devons implanter les organisations syndicales auprès de tous les salariés, notamment dans les petites sociétés. Ce qui implique de faire respecter les libertés syndicales dans toutes les entreprises.
(1) Le comité d’entreprise concerne les entreprises de plus de 50 salariés, il est composé de représentants (souvent syndicalistes) élus par les salariés.
Propos recueillis par Marie Dancer
Entretien reproduit avec l’aimable autorisation du journal La Croix. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés au journal