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Publié le jeudi 11 mai 2006

Interview de Bernard Thibault pour l’Humanité du 2 mai 2006



Le congrès s’est ouvert par l’analyse du succès contre le CPE. Il s’est achevé sur la décision du tribunal de Longjumeau de requalifier le CNE en CDI, en constatant l’infraction avec la convention 158 de l’Organisation internationale du travail. Le point marqué est important.

La Cgt a affirmé lors de son congrès vouloir la peau du contrat nouvelle embauche, mais, avec un 1er mai dans la désunion, est-ce bien parti ?
Le congrès s’est ouvert par l’analyse du succès contre le CPE. Il s’est achevé sur la décision du tribunal de Longjumeau de requalifier le CNE en CDI, en constatant l’infraction avec la convention 158 de l’Organisation internationale du travail. Le point marqué est important. Mais les procédures individuelles ne suffisent pas. Les manifestations d’hier ont donc partout revendiqué le retrait CNE et la requalification en CDI des contrats existant. L’unité syndicale n’a pas été possible pour le 1er mai car plusieurs organisations ont souhaité maintenir leur propre rendez-vous. Mais sur le principe les syndicats sont d’accord pour se concerter.
Selon vous, sont-ils en mesure de porter des revendications communes contre la précarité ?
Nous sommes conscients que les attaques contre le droit du travail vont continuer. Le Medef exige plus de flexibilité. La majorité actuelle aussi, même si la victoire sur le CPE a indirectement atténué ses envies de créer un contrat unique de travail moins protecteur que le CDI. Chaque syndicat réfléchit à de nouvelles garanties pour faire face à la précarité du travail, qu’il s’agisse de la sécurité sociale professionnelle de la Cgt, du statut du travailleur de la CFTC ou encore de la sécurisation des parcours professionnels de la CFDT. Nous pourrions effectivement défendre des points convergents et nous montrer plus solidaires face au Medef et au gouvernement.
Vous qualifiez le congrès d’« excellent ». Les débats ont pourtant parfois été rudes.
Le jour où nous ne serons plus capables de débattre et de confronter les approches, nous perdrons notre identité. Mais le débat doit se caractériser par un échange d’arguments. Certaines rudesses de propos et de comportements peuvent surprendre. Ce n’est pas la hauteur du verbe qui permet de mieux se comprendre. La grande majorité des délégués ne s’est jamais laissée éloigner des aspects fondamentaux. Maintenant l’orientation à mettre en oeuvre est largement validée, à plus de 80 %.

Vous avez, dans votre introduction au congrès, affirmé que la Cgt veut des réformes. La presse qualifie votre action de « réformiste ». La Cgt devient-elle un syndicat réformiste ?
Pas au sens courant où ce terme est utilisé. La Cgt ne se satisfait pas du droit social actuel. Nous considérons que nous avons notre mot à dire sur la gestion des entreprises, sur l’emploi ou l’activité économique. Nous ne sommes pas réformistes dans le sens d’une adaptation à ce que souhaitent les entreprises. Mais faire évoluer le droit passe par des réformes. Ce qui compte avant tout, c’est leur contenu.
Pourquoi accorder autant d’importance aux structures de la Cgt ?
Parce que dans un paysage social morcelé, avec des salariés isolés, dont la situation est de plus en plus individualisée, nous devons créer des outils syndicaux qui permettent de recréer de la solidarité. La lutte contre le CPE a mis en évidence que les forces de la Cgt sont parmi les plus importantes, mais nous ne pouvons mettre en mouvement que les salariés avec lesquels nous sommes en contact. Le développement de la Cgt dans le salariat tel qu’il est, est maintenant une orientation largement partagée. Nous allons très vite reprogrammer une journée nationale consacrée à la jeunesse et la précarité. De même que nous allons répondre à l’appel lancé à notre congrès par l’UNEF, l’UNL et la FIDL d’engager des coopérations plus régulières avec les organisations de jeunesse. Ce congrès a beaucoup réfléchi sur la proximité de l’outil syndical. Il a aussi décidé d’approuver l’engagement de la Cgt dans la construction d’une nouvelle internationale syndicale. Ce lien opéré entre le local et le global est très important à mes yeux.
Justement, pourquoi le faire maintenant alors que vous n’étiez affilié à aucune des organisations mondiales existantes ?
Construire une mondialisation sociale est un objectif qui intéresse beaucoup de monde. Se doter d’un outil symbolique de représentation qui se limiterait au club des syndicats du monde entier n’aurait aucun sens. Pendant longtemps, beaucoup d’organisations d’autres pays ont eu des préventions à l’égard de la Cgt. Or, nous sommes parvenus, la veille du congrès, à organiser une rencontre ouverte à des organisations aux histoires et parcours différents pour réfléchir aux ambitions de cette nouvelle internationale syndicale. C’est déjà en soi un événement !
Bien que non affiliée, la Cgt bénéficie d’une certaine aura. Le fait que nous nous impliquions dans cette construction mobilise des confédérations non affiliées d’autres continents et donne du crédit à l’idée qu’il est temps de travailler au rassemblement des forces syndicales aussi à l’échelle du monde. Dès que les statuts et la plate-forme revendicative seront bouclés, nous les enverrons aux syndicats de la Cgt et le Comité national confédéral devra décider d’être, ou non, membre fondateur.
Entretien réalisé par Paule Masson
Entretien reproduit avec l’aimable autorisation du journal l’Humanité. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés au journal