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Publié le mardi 14 avril 2015

Intervention de Philippe Martinez au Congrès de l’UNEF du 10 avril 2015



C’est pour moi un plaisir et un enrichissement de participer à vos débats et de m’exprimer à la tribune de votre congrès. Je tiens à vous remercier de votre invitation et je vous adresse le salut fraternel de toute la CGT.

Etudiants, vous êtes confrontés aux politiques budgétaires qui asphyxient vos universités et creusent les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur. Vos projets d’études sont hypothéqués par l’absence de moyens concrets consentis à la jeunesse par notre société. Réformer le système des bourses d’études, créer une allocation autonomie, une véritable protection sociale pour les étudiants comme vous le réclamez est une nécessité pour que toutes et tous puissent étudier et réussir.

Permettre à la jeunesse d’être autonome, de faire des études et de construire son avenir devrait être un objectif politique prioritaire. En France comme en Europe, élever le niveau d’éducation, de culture, d’enseignement, de recherche pour toutes et tous est en soi un moteur économique et social pour sortir de la crise.

Augmenter le niveau général des qualifications, c’est une des conditions pour augmenter l’efficacité du travail dans une optique de progrès social en jouant sur d’autres leviers que l’intensification du travail et la taylorisation des individus.

Au lieu de cela, étudiants et salariés, nous vivons la précarité et le déclassement social. Les jeunes sont les premières victimes de la crise avec un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne. En réponse à leur manque de moyens financiers, la seule proposition avancée par le gouvernement est de permettre aux étudiants de travailler le soir et le dimanche pour payer leurs études !

Le taux d’échec dans les études supérieures, lié à l’absence d’autonomie financière pour suivre des études convenablement, est insupportable.
L’absence d’ambition pour le service public et le refus d’investir dans la jeunesse sont d’abord la conséquence des politiques d’austérité menées en France et en Europe.

Le « pacte de stabilité et de croissance » de l’Union européenne et le « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » de la zone euro sont deux cadres contraignants et rigides, consentis et voulus par le gouvernement français.

Ils plombent l’activité dans notre pays, le placent sous surveillance des institutions européennes et imposent des politiques budgétaires restrictives.

Le « pacte de responsabilité », passé entre le président de la République et le Président du MEDEF, organise et verrouille l’ensemble de l’action publique en France. 41 milliards seront donnés au patronat sous forme de crédit d’impôt, de diminution de cotisations sociales ou d’impôts. Le premier Ministre vient encore de dégager 2,5 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises dont tout laisse à penser que cela ne permettra pas d’aider les entreprises qui en ont vraiment besoin. Cela ne permettra donc pas à relancer l’investissement et l’emploi.

En revanche, 50 milliards d’économie seront imposés sur les dépenses publiques jusqu’en 2017.

Ces économies budgétaires vont venir amplifier les mesures de la loi LRU de déstructuration du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. La régionalisation et la mise en concurrence de l’enseignement supérieur et de la recherche permettent à l’Etat de se désengager en transférant la gestion et la responsabilisation de la pénurie à des opérateurs locaux.

On veut nous faire croire qu’il n’y aurait pas d’argent. De l’argent circule. De l’argent, il y en a sauf là où il serait utile et productif.

Le financement de l‘enseignement supérieur comme celle de notre protection sociale d’ailleurs, peut être assuré par une autre répartition des richesses créées par le travail et par une réforme de la fiscalité mettant à contribution les grandes fortunes et les revenus financiers.

Rien que sur le périmètre de l’enseignement supérieur et de la recherche, beaucoup de financements sont aujourd’hui éparpillés entre les agences paraministérielles de type Agence Nationale de la Recherche ou le Crédit Impôt recherche, sans contrôle sur les résultats et sans que leur efficacité soit prouvée. La résorption de cette dispersion budgétaire permettrait déjà de rétablir le financement d’un service public démocratique et émancipateur.
Du point de vue de la CGT, comme de celui d’autres organisations syndicales de salariés ou de jeunesse, il y a donc urgence à changer de cap politique dans notre pays pour répondre aux exigences sociales.

C’est le sens de la journée interprofessionnelle de grève et de manifestations qui s’est déroulée hier dans toute la France.

A l’appel des organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires,
300 000 salariés, actifs, jeunes et retraités, privés d’emploi, se sont réunis à l’occasion de la centaine de rassemblements et manifestations en Province mais aussi à la manifestation nationale à Paris.

Les manifestants ont exprimé avec enthousiasme et détermination leurs exigences revendicatives en matière de salaire et de pension, d’emploi, d’amélioration des conditions de travail et de la protection sociale, mais aussi pour un développement des services publics qui réponde aux besoins des populations.

Certains commentateurs avaient déjà annoncé l’échec de la mobilisation avant même la journée d’hier.

Rassembler 120 000 manifestants à Paris, et des milliers d’autres en province était donc un évènement social d’importance.

Je sais que vous auriez souhaité être parmi nous hier mais on ne peut pas en même temps tenir congrès et être dans la rue. Il y a un temps pour la démocratie, et un temps pour l’action.

Nous aurons d’autres occasions pour nous retrouver tous ensemble. D’ores et déjà, je vous donne rendez-vous le 1er mai, qui pourrait être un 1er mai de rassemblement de toutes les organisations syndicales autour de nos convergences d’intérêt, d’étudiants et de salariés, pour que des alternatives politiques voient le jour en France et en Europe face aux politiques d’austérité, pour promouvoir des avancées sociales concrètes pour le monde étudiant et salarié, pour donner un avenir à la jeunesse.

Sans dramatisation excessive, les nuages s‘accumulent sur l’Europe et la France. Ils sont potentiellement porteurs de soubresauts, de reculs démocratiques majeurs et de conflagrations.

Les élections départementales ont à nouveau révélé et accentué les tendances lourdes déjà observées lors des élections municipales et européennes. Abstention populaire massive, poussée de l’extrême droite, rejet des partis de gouvernement ont à nouveau marqué ces élections.

Nous sommes engagés ensemble dans ce combat contre l’extrême droite et le racisme. Depuis deux ans, nous nous sommes retrouvés à de nombreuses occasions et avec d’autres sur ce terrain comme par exemple le 29 janvier 2014, pour une journée d’étude et de mobilisation contre l’extrême droite, ses idées et ses pratiques.

Pour ce qui concerne la CGT, notre responsabilité syndicale c’est de condamner les politiques d’austérité et de montrer qu’il y a des alternatives en répondant aux revendications du monde du travail : par l’augmentation des salaires, des pensions, la réduction du temps de travail et la valorisation du travail face à la finance....

Notre responsabilité c’est aussi de mener des actions très concrètes. Par exemple autour des salariés détachés. Dans la construction, les chantiers navals de Saint-Nazaire...la situation est souvent tendue entre les salariés qui viennent d’ailleurs et les salariés qui sont en place. On y voit les résultats élevés du FN.

Nous devons montrer qu’il y a du boulot pour tout le monde à condition que les droits sociaux soient respectés. Le plus gros bataillon de salariés détachés en France ce sont des Français qui sont embauchés dans des filiales implantées en Suisse ou au Luxembourg ! Le problème ce n’est donc pas « les étrangers », mais les stratégies du patronat. Les patrons profitent de la misère pour faire venir des travailleurs à petit prix ou pour échapper aux cotisations sociales afin de gagner beaucoup d’argent.

C’est un vieux discours de l’extrême-droite qui veut faire croire que ce que vivent les citoyens de notre pays serait de la faute de ceux qui viennent d’ailleurs pour travailler ici. Toutes les générations d’immigrés et je sais de quoi je parle, y ont été confrontées. Or on voit bien toute la richesse qu’elles ont apportée à notre pays, sur le plan économique et culturel. Désigner les étrangers comme des boucs émissaires, c’est nier la réalité de la crise.

Je suis également heureux de saluer avec vous la sortie du guide des droits du stagiaire que nous avons co-élaboré, CGT et UNEF, à l’issue d’un travail de longue haleine pour permettre d’encadrer les droits des stagiaires par la loi. Tout n’est pas gagné loin s’en faut, mais permettre aux jeunes qui arrivent dans le monde du travail, stagiaires, intérimaires, précaires, de connaître leurs droits, c’est leur permettre d’être citoyens à l’entreprise, c’est leur donner envie de les défendre et d’en gagner de nouveaux. C’est montrer l’utilité du syndicalisme.

Se retrouver, ainsi, salariés et étudiants, dans des actions concrètes dans le respect de l’indépendance de nos deux organisations, c’est le sens que la CGT donne au rassemblement du syndicalisme, à la solidarité entre générations, à la convergence des revendications et des luttes.

Ensemble, gagnons de nouveaux droits pour la jeunesse qui étudie et qui travaille !

Défendons le financement des services publics pour qu’ils répondent aux enjeux de l’égalité et de l’émancipation de toutes et tous !

Pleine réussite à vos travaux, et à nos actions communes futures !