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Publié le vendredi 17 septembre 2004

Intervention de Bernard THIBAULT, secrétaire général de la Cgt lors de la réception du secrétaire général des syndicats de Palestine, Shaher SA’ED



Chers Camarades,

C’est avec plaisir, mais aussi beaucoup d’émotion, que nous recevons dans nos locaux notre camarade Shaher SA’ED, secrétaire général de la Fédération des Syndicats de Palestine.

Shaher, il y a un mois, tu n’avais pu être parmi nous parce que les autorités israéliennes ne t’avaient pas autorisé à sortir de ton pays. Aujourd’hui, tu as pu obtenir un laissez-passer, cette situation est l’illustration parfaite du climat en Palestine.

La CGT est engagée de longue date pour une paix juste au Proche-Orient. Dans cette phrase, tous les mots sont importants. La paix est l’objectif qui doit fédérer toutes les forces de progrès en Palestine, en Israël et dans le monde. Mais une paix durable ne peut être qu’une paix juste qui reconnaisse le tort qui a été fait au peuple palestinien, première victime de la violence installée dans cette région depuis plus de 50 ans.

En récusant toute forme de terrorisme, comme tu le fais toi-même, nous n’oublions pas qu’il y a des terrorismes d’Etat qui doivent être bannis de cette région du monde. La paix ne doit pas être négociée sous la pression des armes.

Il apparaît patent aujourd’hui que le gouvernement israélien avec à sa tête Ariel Sharon, en choisissant la logique de l’affrontement, rend plus difficiles les perspectives d’un avenir débarrassé de la haine et de la guerre pour cette région du monde.

Le bouclage des territoires, les bombardements, la violation des zones placées sous l’Autorité palestinienne, les constructions de nouvelles colonies, malgré les protestations internationales, sont autant de faits qui nient au peuple palestinien le droit d ’avoir un état reconnu et viable.
Les conséquences sociales sont moins connues. Comme tu l’indiquais à notre journal il y a quelques jours, le taux de chômage en Cisjordanie et dans la bande de Gaza est supérieur à 40 % ; 140 000 travailleurs vivent en dessous du seuil de pauvreté. La Palestine se trouve ainsi placée dans une situation de sous-développement.

Dans un tel contexte politique, économique et social, il est évident que le syndicalisme palestinien se voit conférer des responsabilités exceptionnelles.

La situation sur le terrain, de même que le comportement des dirigeants israéliens, tout appelle à ce que des pressions significatives soient exercées non seulement par les Nations Unies mais également par l’Union Européenne et le gouvernement français.

En novembre 2000, je m’adressais déjà, au nom de la CGT, au Président de la République pour souligner que l’Union Européenne, la France ont à leur disposition des moyens de pression pour engager une désescalade de la violence

- Refuser l’entrée en Europe de produits fabriqués dans " les colonies " dont la Commission Européenne reconnaît, depuis 1997, le caractère illégal.

- Suspendre provisoirement l’accord d’association entre Israël et l’Union Européenne dans l’attente d’une application effective, par Israël, du droit international.

Je rappelais que la France et l’Union Européenne devaient réaffirmer solennellement les termes de la déclaration faite à Berlin en mars 99, les termes des résolutions de l’ONU, des accords d’Oslo engageant l’Union Européenne à reconnaître l’Etat palestinien dès sa proclamation.
La situation évaluée il y a moins d’un an justifiait déjà, selon nous, l’envoi d’une force multinationale d’interposition.

Comme tu le disais aussi dans notre journal, nous aussi rêvons de voir les enfants palestiniens et israéliens vivre en paix, les voir grandir dans une atmosphère débarrassée à jamais de toute agression, de toute violence qui frappent souvent les civils de part et d’autre.
C’est parce que nous sommes aux côtés des travailleurs palestiniens que nous sommes solidaires avec tous ceux qui, en Israël, se positionnent, s’engagent et luttent pour la paix.

C’est à ce titre que nous voulons développer nos relations avec les syndicalistes palestiniens et israéliens, soucieux de construire une issue favorable aux intérêts des salariés.

Nous sommes conscients que la reprise du dialogue et la mise en œuvre d’une paix juste et durable va prendre du temps et nécessiter de notre part sans doute plus d’efforts de mobilisation et beaucoup plus de solidarité. Mais, d’ores et déjà, nous savons que la population palestinienne souffre, que les travailleurs sont dans l’impossibilité de se rendre à leur travail, que les hôpitaux, les écoles et les universités deviennent inaccessibles du fait du bouclage généralisé.

C’est pour tenter de soulager cette souffrance, ou tout au moins une partie, que nous avons lancé auprès de nos organisations un appel à la solidarité financière. C’est une solidarité d’urgence - si j’ose dire - qui devra être complétée dans les semaines et les mois qui viennent par d’autres initiatives.

Cher Camarade, je voudrais, au nom de la CGT, te remettre cette solidarité financière.

C’est une participation et un engagement solidaires des militants de la CGT pour ceux qui, très nombreux dans ton pays, souffrent et ont un grand besoin d’aide.

C’est également le témoignage de notre collaboration syndicale et de notre fraternité avec les salariés et le peuple de Palestine.