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Publié le vendredi 2 juillet 1999

Helsinki 9e congrès de la CES 29/06-02/07/1999



Les élections européennes du 13 juin ont été marquées par une abstention massive des citoyens. Le déficit de crédibilité des projets politiques et la crise de légitimité des institutions sont réels, les fondements - même du consensus démocratique sont menacés. S’il n’était pas directement impliqué, le syndicalisme européen est directement concerné.

Chômage, pauvreté, marginalisation de régions entières, témoignent des ravages du libéralisme à tous crins et d’une efficacité médiocre des politiques financées par les fonds structurels européens. Depuis des années, les écarts entre les différentes couches de la population au sein des concentrations urbaines loin de se résorber se creusent. Ils atteignent des dimensions explosives. La cohésion sociale est gravement détériorée.

C’est au nom de l’intégration économique et monétaire qu’ont été menées des politiques aux effets redoutables sur la croissance et l’emploi. Elles se poursuivent au nom cette fois du pacte de stabilité. Alors même que l’on n’a pas su (ou pas voulu ?) tenir compte des conséquences sociales de ce processus, on risque, avec " l’élargissement " de l’Union européenne que souhaite la Cgt, d’amplifier le décalage entre les attentes des salariés, de la population et la capacité de l’Union européenne à y répondre.

Je partage le sentiment exprimé par Emilio à l’ouverture de ce congrès : le sommet de Cologne n’a pas changé grand chose au fond concernant l’emploi : tout est resté centré sur la monnaie. Les problèmes de la croissance et de l’emploi ont été évacués ou traités de façon subsidiaire. N’est-il pas choquant d’entendre régulièrement qu’à propos d’emploi, c’est une affaire de processus, long et compliqué alors qu’en matière monétaire, les gouvernements ont été capables de surmonter d’immenses difficultés.

Le culte de la concurrence régente tous les textes européens. Il favorise le dumping social et fiscal, il est bizarrement impuissant contre la nouvelle fuite en avant de la transnationalisation du capital. Celle-ci aboutit à des concentrations formidables entre groupes fondant la profitabilité sur la puissance financière et sur un contrôle par quelques " géants " des nouveaux secteurs stratégiques. Les exigences de rentabilité s’opposent à une application effective du principe de précaution et la complexité des chaînes de production et de commercialisation favorise la dissémination des produits douteux, entraînant une élévation des risques alimentaires, sanitaires et environnementaux.

Des affaires, des scandales émaillent périodiquement l’actualité dans des domaines essentiels à la vie. A chaque fois se révèlent une incroyable lenteur de réaction et l’opacité des processus qui ont abouti au dysfonctionnement ou au désastre, la faible capacité d’intervention démocratique des forces politiques, des institutions, et, plus faible encore, celle des salariés dans les entreprises.

Au niveau syndical, chacun en Europe évalue de mieux en mieux la nécessité de préconiser d’autres voies, de se doter d’autres instruments, d’imposer d’autres régulations afin de contrebalancer les lois ou les aveuglements du marché. Mais face aux menaces qui pèsent sur les systèmes de protection sociale, de retraites, de service public qui tous relèvent de cohérences nationales historiques, les centrales syndicales pourraient se replier sur une approche nationale des problèmes économiques et sociaux.

Les coopérations syndicales restent souvent formelles. Avec notre entrée à la Ces, nous rejoignons le formidable potentiel que représentent près de 60 millions d’adhérents. Nous savons aussi d’expérience que juxtaposition n’est pas conjugaison. L’addition n’aura de véritable signification que lorsqu’elle se référera à une véritable activité commune au niveau européen.

Face à l’attitude du patronat et de l’Unice, la crédibilité et l’efficacité du syndicalisme européen sont directement liées à sa capacité de susciter des mobilisations internationales coordonnées et à les développer. Ce qui doit prospérer, c’est l’esprit, c’est la dynamique de Vilvorde et de Luxembourg. si nous avons la volonté politique d’y parvenir, je ne me fais aucun souci, nous trouverons partout des interlocuteurs et nous saurons de quoi discuter avec eux.

La Ces pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale accueille toutes les organisations syndicales en son sein. C’est un point d’appui pour les luttes sociales en faveur de la croissance et de l’emploi. Pour l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés, pour la réduction du temps de travail et les initiatives et actions des chômeurs, les nouvelles luttes dans les secteurs où la précarité prolifère, représentent un potentiel impressionnant, une véritable force capable de donner consistance à un modèle social européen, à faire exister et vivre le concept d’Europe sociale.

Notre engagement syndical a été motivé par de grands objectifs internationalistes, pour la paix, l’émancipation des peuples et le progrès social. Il a souvent permis de pratiquer de fortes solidarités même si, dans la période de la guerre froide, il a souffert d’être exprimé à travers des clivages réducteurs.

Comme toutes les organisations confédérées dans la Ces, nous tenons pour universelle et nous voulons irrésistible l’aspiration des salariés à la démocratie et au progrès social.
Nous ne pouvons pas laisser perdurer une situation caractérisée par l’extension de phénomènes de paupérisation, qui caractérisent tant l’évolution récente mais rapide de la réalité des sociétés occidentales développées que l’aggravation du fossé entre " nations riches " et " nations pauvres ". C’est en ce sens que nous voulons chercher, avec les autres forces syndicales dans le monde, des alternatives opérationnelles, durables et soutenables, portées par des programmes diversifiés de " codéveloppement ", orientés vers le plein emploi, le progrès social et l’affirmation des droits fondamentaux au travail, à la santé, à l’éducation et à la formation, à la protection sociale.

La participation du mouvement syndical européen à la phase de reconstruction qui doit succéder à " la guerre des Balkans " s’inscrit totalement dans cette perspective, elle sera un test de sa capacité à relever les défis jetés au syndicalisme européen et international, notamment dans la perspective du nécessaire élargissement de l’Union européenne.

Je suis venu ici vous affirmer la volonté de la Cgt de s’inscrire résolument dans tous ces combats communs au syndicalisme européen rassemblé pour les mobilisations futures, dans la Ces et avec la Ces.