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Publié le jeudi 28 janvier 2010

Gaza : Après la guerre, le blocus perdure



apparu dans LE PEUPLE N° 1 694 - 20 JANVIER 2009

La rédaction de cet article a débuté le 27 décembre 2009, soit un an, jour pour jour, après les premiers bombardements israéliens sur le Bande de Gaza. État des lieux :

"Le Projet cartable scolaire" a permis d’équiper 2700 enfants gazaouis

Pour Israël, l’objectif déclaré était de mettre fin aux tirs de roquettes lancés depuis Gaza sur des zones civiles israéliennes telles que la ville de Sderot. Les bombardements terrestres, aériens et maritimes dureront 22 jours et lorsque Israël retirera ses troupes, près de 1400 palestiniens dont 350 enfants et 13 israéliens auront été tués.
La Cgt a toujours condamné les tirs de roquettes palestiniens sur Israël, mais la politique de blocus de cette dernière et son intervention militaire démesurée frappent la totalité de la population civile de Gaza pour des actes commis par quelques-uns. Or, tout ceci est contraire aussi bien aux dispositions du droit international qui interdit toute peine collective qu’à l’accord sur la mobilité et l’accès co-signé en 2005 par Israël et l’autorité palestinienne.

Un bilan catastrophique et scandaleux

Cette guerre et la poursuite du blocus (le Hamas a pris le pouvoir sur Gaza en 2007) ont transformé Gaza en camp d’internement à ciel ouvert. Cette bande de terre de 40 km de long sur 8 km de large où vivent 1,5 million de personnes est entourée de murs et de clôtures électrifiées. Oui, il s’agit bien d’un camp d’internement puisque tous les points d’entrée et de sortie sont interdits aux hommes comme aux marchandises, sauf autorisation de la part des autorités israéliennes.
Comme toujours, ce sont les civils qui sont le plus touchés, principalement les citoyens les plus vulnérables, les enfants, les femmes ainsi que les agriculteurs et les ouvriers.

En effet, l’opération « plomb durci » a engendré la destruction massive des infrastructures civiles dont plus de 80% dans les secteurs du logement, de l’agriculture et des entreprises, laissant derrière elle plus de 600 000 tonnes de décombres. Ajoutons à cela le fait que plus de 15 000 logements ont été gravement endommagés entraînant le déplacement de 100 000 palestiniens.

Depuis 2007, alors qu’en raison du blocus les entreprises tournaient déjà au ralenti, l’offensive a détruit plus de 700 entreprises en trois semaines provoquant l’arrêt quasi total de l’activité industrielle. Le siège de la région et la guerre ont porté le taux de chômage à plus de 65%, avec pour conséquence l’aggravation du niveau de pauvreté ; désormais proche des 80%, c’est l’un des taux parmi les plus élevés du monde.

Enfin, simultanément à l’envolée des prix de base des denrées, notamment en raison du commerce parallèle et des trafics en tout genre qui se sont développés.

Constat désastreux

Quelques chiffres pour donner un aperçu de la situation : Alors que les chars et les bombardements avaient déjà détruit 17% des terres cultivables, la décision d’élargir la zone tampon (zone frontalière entre Gaza et Israël) pour des raisons de sécurité a rendu inexploitable 40% des terres agricoles.

L’exportation des fruits, des légumes et des fleurs qui constituaient le tiers de la production gazaouie et qui représentait plus de 40 000 emplois de personnes est bloquée.

Par ailleurs, la plupart des lignes électriques assurant l’acheminement du courant ont été détruites. Résultat, 90 % de la population de Gaza continue de subir des coupures de courant pendant 4 à 8 heures par jour. La moitié des 122 établissements de santé de la région ont été gravement endommagés ou détruits.

Alors que 50% de la population est âgée de moins de 18 ans, près de 18 établissements scolaires ont été détruits, 280 ont été endommagés et ne pourront être reconstruits en raison du blocus des matériaux de construction. Actuellement, les écoles fonctionnent tant bien que mal avec, en moyenne, deux classes par jour, voire trois pour certaines.
Devant un tel désastre et malgré le retrait des troupes israéliennes, il n’est pas possible de parler de fin de l’occupation de Gaza quand Israël maintient toujours sur ce territoire le contrôle des entrées et sorties des personnes comme des marchandises.

Contrairement à ce que déclarait le président Sarkozy, Gaza reste bien la plus grande prison à ciel ouvert du monde.

La communauté internationale s’est certes engagée à verser 4 milliards d’euros d’aides dont 1 md de la part de l’Union européenne afin de réparer les dommages causés par l’armée israélienne mais en raison du blocus et en l’absence de mesures visant à garantir la distribution de ces aides, la quasi-totalité n’ont pu être distribuées. La communauté internationale aurait pu exiger d’Israël des réparations pour les dommages causés aux projets qu’elle finance. Alors que l’Union européenne a clairement exprimé son opposition au blocus, le siège se poursuit.

Pressions et sanctions

Face au refus des autorités israéliennes de respecter aussi bien le droit international que leurs propres engagements politiques, nous demandons au gouvernement français, à l’Union européenne et à la communauté internationale d’exercer des pressions et de sanctionner économiquement et financièrement Israël.

Dans le même temps, nous devons venir en aide à cette population et, sans attendre le règlement politique de cette situation, nous devons poursuivre nos actions pour la levée du blocus qui frappe la population de Gaza. Tel est d’ailleurs le sens de la campagne de solidarité lancée par la Cgt début 2009. Grâce à la générosité de nos adhérents, plus de 90 000 eus ont été collectés par Avenir social.

Par l’intermédiai re des syndicats de la PGFTU (Palestinian General Federation Trade Union), nous avons décidé de financer deux projets qu’ils ont euxmêmes jugé prioritaires.

Le premier, déjà réalisé et baptisé « le projet cartable scolaire » a permis d’équiper en cartables et fournitures scolaires 2 700 enfants de 1 740 familles de travailleurs gazaouis.

Le deuxième, qui débutera courant janvier 2010, est un projet de création d’emplois de solidarité. Pour mieux comprendre la démarche et les objectifs de nos camarades de Gaza avec qui nous avons mis au point ces deux initiatives solidaires, je leur laisse la parole en reproduisant ci-après le courrier qu’ils nous ont adressé le 28 octobre dernier.

« La durée de l’agression israélienne à l’encontre du peuple palestinien vise à soustraire Israël de tout engagement politique vis-à-vis du droit du peuple palestinien d’établir son État indépendant et à creuser le fossé de la division entre palestiniens afin de démontrer l’absence d’un partenaire palestinien fiable et capable de réaliser la paix. L’État d’Israël profite de cette faille pour poursuivre sur le terrain sa politique du fait accompli et élargir l’étendue de la colonisation et la confiscation de la terre palestinienne, ce qui est susceptible de rendre impossible l’établissement de l’État palestinien.

Il va de soi que cette situation complexe de siège, de guerre et de division interne porte gravement atteinte au bon fonctionnement de l’action de la société civile ; notamment de l’action syndicale, les principaux locaux syndicaux ayant été saisis par les forces du Hamas puis bombardés et entièrement détruits par l’aviation israélienne. De ce fait, le rôle des syndicats a été réduit à son strict minimum, ce qui n’a fait qu’aggraver la situation déjà particulièrement précaire des ouvriers palestiniens de la Bande de Gaza qui souffrent du chômage chronique, de la pauvreté, de la folle montée des prix des denrées. Cette situation inédite a poussé les syndicats à se rassembler à nouveau pour réunir leurs efforts dans l’objectif de mener une action collective et démocratique qui dépasserait les divisions politiques. Ainsi, le Syndicat général du commerce et du Service public (fondé en 1964), le Syndicat général des services sanitaires (fondé en 2005) et le Syndicat général de la pétrochimie et du gaz (fondé en 2002), qui sont des syndicats généraux, démocrates et actifs, avec des vraies bases et qui ont fait preuve de luttes et de professionnalisme syndical élevé.
Ces syndicats ont collectivement lancé un appel au soutien dès la fin de la guerre à Gaza pour assister la région sinistrée de Gaza à cause de cette guerre folle.

Poursuivre les actions solidaires

La Cgt française a, sans tarder, répondu « présente » à notre appel au secours par le biais du projet « cartables scolaires aux enfants d’ouvriers palestiniens aux chômage », dans le cadre de sa recherche de renforcement des relations de solidarité et de coopération entre les syndicats frères à travers le monde.

C’est pour cela que nous nous adressons à nouveau, avec cet esprit de solidarité et d’amitié, à nos camarades et amis de la Cgt : pour les inviter à poursuivre leur action de soutien aux ouvriers palestiniens de gaza au chômage, en adoptant notre projet de création de postes d’emplois de solidarité au profit de chômeurs de longue durée et des diplômés de longue date qui n’ont pas eu l’occasion d’accéder au monde de l’emploi et ont la charge de leurs familles.

Ce projet vise particulièrement à préserver la dignité des travailleurs au chômage et les préserver, ne serait-ce que pour une courte période, d’allonger les files d’attente des aides humanitaires et charitables. Il se concrétisera donc en janvier par le transfert du reste de la somme collectée, à savoir 50 000 euros.

La Cgt, au travers de ces deux projets, apporte un soutien à un travail syndical concret. Non seulement elle vient en aide à une population en souffrance, mais elle met également en oeuvre sa conception de la solidarité au Proche-Orient, principalement en concentrant ses actions au soutien de ceux qui se battent effectivement pour la paix et qui de fait s’opposent à tous ceux qui empêchent ou retardent une l’émergence d’une solution acceptable par les deux populations.
La situation actuelle impose que nos dialogues, nos coopérations, notre solidarité ciblent bien ceux qui au quotidien, dans leurs pratiques, travaillent à faire évoluer les mentalités et faire grandir une vraie force de paix parmi les populations.

Les objectifs du projet d’emploi de chômeurs

  • Créer des occasions de travail pendant trois mois pour 120 ouvriers et ouvrières au chômage ;
  • Soutenir, par ces postes créés, les secteurs sanitaire, éducatif et économique et porter secours aux zones sinistrées ;
  • Participer partiellement au processus du développement social par le biais de travail productif ;
  • Consolider les liens des syndicats avec les ouvriers, la société civile
  • Donner l’occasion aux ouvriers au chômage d’acquérir des nouvelles expériences professionnelles qui pourraient leur ouvrir à nouveau le monde de l’emploi ;
  • Aider 120 familles dans le besoin composées en moyenne de cinq personnes.
  • Nous devons poursuivre nos actions pour la levée du blocus qui frappe la population de Gaza. Tel est d’ailleurs le sens de la campagne de solidarité lancée par la Cgt début 2009.