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Publié le lundi 18 octobre 2004

Entretien de Bernard Thibault paru dans Le Monde



Le secrétaire général de la Cgt s’explique sur son abstention lors du vote à la Confédération Européenne des Syndicats sur le projet de traité constitutionnel.

Bernard Thibault : "Nous connaissons les limites d’une consigne de vote"

Entretien avec Bernard Thibault, secrétaire général de la Cgt, paru dans l’édition du journal Le Monde le 16 octobre 2004.

Pourquoi la CGT s’est-elle abstenue lors du vote à la confédération européenne des syndicats (ces) sur le projet de traité constitutionnel ?

Nous nous sommes abstenus, comme d’autres syndicats, dans la mesure où nous voulons privilégier la phase d’information de nos adhérents, avant de prendre précisément position. Nous sommes l’un des huit pays européens confrontés à un référendum, et nous avons souhaité que la position de la CGT soit celle de syndiqués informés sur le sujet. Le débat de mercredi a montré que la plupart des confédérations avaient, en leur sein, des organisations et des adhérents avec des positions différentes sur le traité, y compris parmi celles qui ont soutenu la position de la CES. Nous ne sommes donc pas les seuls à compter des adhérents aux opinions variées sur le sujet.

En 1992, la CGT avait appelé au rejet du traité de Maastricht, aujourd’hui elle s’abstient. Votre syndicat est-il en train de modifier son identité ?

La CGT est pleinement engagée dans le syndicalisme européen. Rien ne permet de préjuger ce que sera notre position, que nous définirons lors d’un comité confédéral national en février. Il existe, d’une part, des avancées dans le projet de traité, notamment l’inscription des droits sociaux fondamentaux, et, d’autre part, de graves lacunes, comme le maintien des politiques libérales. Il n’est donc pas surprenant que tout le monde n’ait pas la même conclusion vis-à-vis d’un texte ambigu, dont la CES reconnaît elle-même les limites.

La CGT donnera-t-elle une consigne précise ?

Nous connaissons par l’expérience, notamment sur des consultations politiques, les limites d’une consigne de vote. Il est tout à fait concevable que des adhérents partageant les mêmes objectifs fassent des choix différents sur un vote de cette nature.

A l’occasion de ce débat, le syndicalisme français apparaît une fois encore très divisé...

Il n’y a pas que sur les questions européennes que les syndicats français sont trop divisés. Certains ont voté pour, contre ou se sont abstenus. La CES est une organisation pluraliste : son objectif n’est pas d’obtenir une position unanime. Le pluralisme syndical français se retrouve dans les débats au sein de la CES.

Une partie de la base de votre syndicat est critique sur le texte de la Constitution. Le "oui" de la CES ne risque-t-il pas de donner des arguments supplémentaires aux adversaire du choix européen de la CGT ?

Je ne le crois pas. Ce débat est tranché : notre participation au sein du syndicalisme européen est une orientation sur laquelle nous ne reviendrons pas. Il n’y aurait pas grand avenir pour une organisation syndicale qui se replierait sur son territoire national. Les institutions ont bougé, les réseaux économiques ont changé, et l’Europe est un terrain d’intervention qui s’impose naturellement à tout syndicat qui s’intéresse au quotidien des salariés. Nous devons continuer à occuper les lieux de convergence et d’action.

Au-delà de sa position sur le traité, la CES a-t-elle prévu de se mobiliser dans les mois à venir ?

Le comité exécutif a approuvé une stratégie de mobilisation plus visible. Cette volonté se traduira par des initiatives contre les directives sur la révision du temps de travail et les services publics, que la CES rejette. Nous organiserons aussi une manifestation pour l’emploi à Bruxelles lors du sommet des chefs d’Etat au printemps. Il faut donc créer les conditions pour réussir ces mobilisations, que souhaitait la CGT.

Propos recueillis par Rémi Barroux
Interview reproduite avec l’aimable autorisation du journal Le Monde. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés au journal.