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Publié le mercredi 27 juin 2018
Informations diverses

En France, il faut six générations pour qu’un descendant de famille modeste atteigne le niveau de vie moyen



« Les inégalités dans nos sociétés sont inquiétantes et inacceptables », affirme Gabriela Ramos, directrice de cabinet et sherpa de l’OCDE au G20. Elle présente les résultats d’un rapport sur l’ascenseur social, publié le 15 juin 2018. En France, il faudrait six générations, soit 180 ans, pour qu’un descendant de famille modeste atteigne le niveau de vie moyen. En cause, les inégalités dans l’accès à l’éducation, à l’emploi et la faible mobilité du revenu au cours de la vie.

« En France, le statut socio-économique se transmet largement d’une génération à l’autre », regrette l’OCDE. Dans notre pays, 35 % des hommes dont le père a des faibles revenus d’activité ont eux-mêmes de faibles revenus une fois adultes. C’est un peu plus que la moyenne de l’OCDE. De même, 40 % des personnes dont le père a des hauts revenus ont, eux-mêmes, des hauts revenus.

La mobilité des individus, au cours de leur vie, est limitée. C’est particulièrement le cas pour le haut et le bas de l’échelle. Pour les plus défavorisés, ce manque de mobilité s’explique en partie par le niveau de chômage de longue durée. Il est, ensuite, plus difficile pour eux de gravir les échelons, notamment parce qu’ils ont des contrats courts.

Côté bons points, la France « réussit relativement bien » à amortir les événements familiaux, comme la naissance d’un enfant ou le divorce. L’OCDE salue aussi le taux élevé de participation des femmes au marché du travail.

La France n’est pas la seule concernée par ces inégalités puisque l’OCDE juge la situation « inquiétante » dans son ensemble. Les écarts de revenus se sont creusés avec le temps. Les mobilités, que ce soit entre les générations ou tout au long de la vie, sont faibles.

L’OCDE rejette l’idée qu’il existe des pays où les inégalités sont fortes mais où les mobilités sont importantes. C’est parfois l’image présentée pour les États-Unis par exemple. « Au contraire, les inégalités et le manque de mobilité se renforcent mutuellement. » L’apprentissage en Allemagne, souvent vanté en France, est un des critères qui explique les faibles mobilités sociales entre générations. En effet, le choix des sections s’opère très jeune, entre 10 et 12 ans. Le pays souffre également du manque de mode de garde pour les enfants et du travail à temps partiel des femmes.

« Les personnes en bas de l’échelle cumulent les désavantages, pour l’emploi, l’éducation, la santé… C’est inacceptable politiquement. Il faut passer à l’action. » L’organisation internationale refuse de donner « une seule réponse » pour remédier à cette situation. « Dans chaque pays, les blocages peuvent se situer à des niveaux différents : l’éducation, le marché du travail ou encore la mobilité une fois entré dans la vie active. »

L’OCDE salue la « mentalité de redistribution » en France. Mais « ce n’est pas suffisant, il faut regarder comment chaque politique, économique, d’emploi, d’éducation, de santé peut soutenir les plus défavorisés ».

Concernant la mobilité par l’éducation, elle souligne le rôle des compétences informelles, comme la confiance en soi, qui manquent aux enfants de familles défavorisées. « Pour l’éducation, en France, les inégalités sont plus élevées que la moyenne. »

Il ne s’agit pas « de dépenser plus mais d’investir mieux », notamment pour la petite enfance, la lutte contre le décrochage scolaire et la formation des demandeurs d’emploi. Les dispositifs d’aide pour ceux qui prennent un travail, par exemple la prime d’activité, vont dans le bon sens. Les dépenses de prévention en santé vont dans le même sens.

L’OCDE souligne le besoin de s’attaquer aux inégalités territoriales qui se cumulent en France, que ce soit pour l’éducation préscolaire, l’emploi, la formation ou les transports. Elle recommande, en outre, de prendre en compte le « rendement social » des investissements.

Pour consulter l’étude

(Source : OCDE)