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Publié le vendredi 3 septembre 2004

Economie du sport



La population qui pratique une activité physique et sportive est de plus en plus nombreuse. On parle de 26 millions aujourd’hui et de près de 28 millions de pratiquants en 2010. Parallèlement, le nombre de sportifs licenciés dans une fédération est passé de neuf millions en 1973 à près de quatorze millions en 1999. Des enquêtes anciennes et récentes montrent l’évolution de cette tendance. Une enquête de l’Insee de 1988 et l’étude de l’Insep de 1985 permettaient d’affirmer que près de 75% des Français avait une pratique sportive occasionnelle.


  • 20% sont des pratiquants réguliers et de compétition,
  • 20 à 25% sont des sportifs ayant une pratique irrégulière,
  • 30% ont une activité occasionnelle ou exceptionnelle.
  • Le développement se poursuit grâce à plusieurs facteurs : la démocratisation du sport, la recherche d’un meilleur équilibre de vie, le « papy-boom », la présence accrue des pratiques féminines, les modes et les sports nouveaux, l’augmentation du temps libre (donc des loisirs), etc.

    Certains phénomènes sont mesurables quantitativement :

    La proportion des ouvriers et agriculteurs qui pratiquent a augmenté de 63% mais cela reste une pratique inégalitaire (trois exploitants sur dix contre huit cadres sur dix).
    On note également une augmentation de la pratique féminine et des inorganisés.

    La part financière

    Simultanément, le sport a conquis des marchés commerciaux et pèse de plus en plus fortement sur le Pib (près de 4% du Pib) de la nation. Le Mjs fait état d’une dépense globale de l’ordre de 127 milliards de francs en 1998.
    La part principale de ces dépenses est assurée par les ménages et les collectivités territoriales.

    Les entreprises liées aux activités sportives : manufacturiers, équipementiers, voient leurs chiffres d’affaires s’accroître rapidement. Le développement exponentiel de quelques sports professionnels (foot essentiellement), des activités de salles de sport, et des grands événements sportifs a permis une crédibilisation du phénomène sportif.

    La télévision et ses retransmissions ont bouleversé le paysage sportif. Les droits de télévision deviennent colossaux pour une poignée de disciplines. Le sponsoring s’est développé sur cette médiatisation.

    Ces demandes fortement consommatrices ont amené les entreprises de ce créneau à se développer très rapidement. Certaines font preuve d’innovations technologiques majeures. La multiplication des événements, l’identification des masses aux héros des temps modernes, induisent des phénomènes de surconsommation de certains produits :

  • chaussures Nike ...(réplique Mickael Jordan : cent millions de paires vendues dans le monde entier !
  • maillots Adidas foot (notamment la réplique Zidane : quatorze millions vendus).

  • Les dépenses des ménages

    Les ménages restent les principaux consommateurs et acteurs de la dépense sportive (près de 65 milliards de francs, sources Insee). Comme nous l’avons vu plus haut, l’augmentation continue du nombre de pratiquants, couplée aux effets de mode vestimentaire, a décuplé la masse des dépenses des ménages dans ce secteur.

    Néanmoins, la majeure partie des dépenses des ménages est consacrée à l’accès au sport : cotisation, licence, droit d’entrée, billetterie, etc.
    La deuxième grosse dépense concerne l’équipement vestimentaire et les chaussures. Enfin, la troisième grande famille de dépenses concerne les équipements et articles de sport.

    Les dépenses publiques

    Les collectivités territoriales sont le deuxième facteur du sport en France. Notamment, les communes qui totalisent près de quarante milliards de francs en 2000 (quatre milliards de francs en 2000 (quatre milliards pour les départements et les régions).

    Paradoxalement, c’est l’Etat qui est le parent pauvre ! Le budget du Mjs n’est que de 3,4 milliards en 2001 ! Encore faut-il retrancher de ce montant les sommes consacrées à la jeunesse et l’éducation populaire, ce qui amène à un total d’à peine deux milliards ! ! !

    Les communes et les collectivités territoriales sont propriétaires de plus de 94% des équipements sportifs (stades, gymnases, piscines, etc.). Les clubs sportifs dépendent, pour plus de 60% de leur budget, des subventions publiques.

    Les mutations récentes

    La mondialisation de certains événements sportifs (Jeux Olympiques, coupe du monde de football, Tour de France, championnats Nba), a entraîné des enjeux financiers démesurés. Ainsi, les droits de télévision des Jeux Olympiques d’été sont passés de 84 millions de francs (pour l’Europe) en 1984, à 1 706 millions en 2000 … La coupe du monde de football a vu ses droits passer de 160 millions en 1982, pour atteindre 555 millions en 1998.

    Les médias eux-mêmes investissent dans l’événement sportif afin d’en tirer des profits substantiels : Canal plus, l’Equipe, Tf1, etc. Les droits de télévision ont explosé en vingt ans. Ils sont devenus la principale ressource des sports professionnels et des grands événements sportifs.

    De grands groupes industriels investissent dans le sport, soit sous forme de sponsoring, soit directement, en achetant des parts de clubs.

    Le passage d’un Tapie a définitivement pollué le rapport du sport avec le monde de l’entreprise. Pour le monde capitaliste, ce n’est finalement qu’un créneau supplémentaire à investir. Et tant pis si cette nouvelle forme de placements financiers a d’abord et surtout conduit à la fin du modèle Coubertin du sport.

    Désormais presque tout est possible, voire autorisé dans le sport de très haut niveau : la triche, la corruption, le dopage, les ententes illicites, les paris légaux et clandestins, etc. On change les règles (quatre quarts temps au basket), on change le matériel (des balles plus rapides à Roland Garros), on crée même de nouvelles disciplines « attrayantes », le beach volley (surtout quand il est pratiqué en bikini), on modifie les règles pour rendre le jeu médiatique.

    Quelle place pour le sport en entreprise ?

    La Cgt défend depuis plus de quatre-vingts ans l’idée que le sport est bénéfique à l’homme. Elle s’est battue pour la juste reconnaissance des activités de loisirs au sein de l’entreprise. A ce titre, l’un des acquis des 1945, a permis de confier au comité d’entreprise le soin d’organiser la pratique sportive pour les travailleurs. Malheureusement, le discours de la pensée unique, le libéralisme et son corollaire, la mondialisation, ont porté de rudes coups à la perception des pratiques de loisirs dans l’entreprise.

    Bien sûr, le capitalisme d’aujourd’hui encourage la consommation sportive des ménages, source de profits considérables (prix de revient d’une paire de chaussures Nike fabriquée en Chine : dix dollars, vendue 140 dollars aux Usa). Mais cette activité est renvoyée à l’extérieur de l’entreprise, notamment sur le temps de loisirs.

    La Cgt ne peut pas se contenter de cette vision marchande du sport et de sa pratique. Les objectifs profondément antagonistes des patrons et des citoyens démontrent la nécessité de réclamer toujours plus l’intervention et la régulation de l’Etat (y compris l’Europe) dans cette dualité.

    Comment pourrions-nous tolérer que le sportif de haut niveau ne soit plus qu’une marchandise qu’on achète, qu’on revend, qu’on rafistole, qu’on dope et qu’on jette quand il ne sert plus ?
    Alors que la pratique des scolaires n’est toujours pas conforme aux lois votées dans les années 70 et que les petits clubs souffrent d’un manque criant de moyens financiers, de matériels et d’équipements, des sommes colossales sont investies dans des opérations hautement médiatiques (The Race, Vendée Globe, Grand prix de Formule 1).

    Enfin, nous n’acceptons pas que les « grands capitaines » d’industrie et encore moins l’Etat investissent des millions de francs dans des opérations scandaleuses telles que la Coupe de l’América ou les grands prix de Formule 1 (Ligier), ou la redevance versée au consortium du grand Stade.

    Cet immense gâchis de moyens qui, curieusement, associe l’Etat et les plus grosses entreprises capitalistes, vient d’ailleurs de trouver son point d’orgue dans le dossier de candidature aux Jeux Olympiques de 2008, cornaqué par Monsieur Bebear, Pdg du groupe Axa. Curieux assemblage de la carpe et du lapin.