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Publié le vendredi 4 juillet 2014

Déclaration liminaire de Thierry Lepaon lors de la conférence de presse du 4 juillet



Merci d’avoir répondu à notre invitation à la veille de l’ouverture de la conférence sociale.

Il s’écrit beaucoup de choses sur ce que peut dire ou penser la CGT et je vais donc très précisément vous dire ce que nous attendons de cette conférence sociale et quel est notre état d’esprit.

Pour commencer, je vous rappelle que cette conférence sociale est une initiative lancée par le Président de la République dès 2012. L’objectif fixé par François Hollande était de donner un sens au dialogue social dans notre pays, nous attendons donc légitimement des actes forts en faveur du monde du travail.

Les salariés ont besoin d’une rupture claire avec la situation existante. Les politiques sociales, économiques et environnementales ne permettent pas aujourd’hui de répondre aux problèmes qui nous sont posés. La situation des salariés se dégrade de mois en mois.

Quelques chiffres suffisent à en qualifier l’étendue. Depuis 2011 la pauvreté a continué de croître et de s’installer avec 8,5 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté dont les 2/3 qui ne parviennent pas à en sortir, 5 millions de chômeurs, dont 3 millions sans aucune activité. 60% des salariés ne partiront pas en vacances cette année. Et comme pour en rajouter, les députés viennent de voter le gel des pensions de retraite supérieures à 1200 euros par mois et qui auraient dû être revalorisées au 1er octobre. Qui, aujourd’hui, dans notre pays peut affirmer qu’on peut vivre correctement avec 1200 euros par mois ?

Il y a une urgence sociale et politique à prendre en compte la situation des millions de salariés, de retraités et de privés d’emploi. La conférence sociale n’est pas une discussion de salon entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Elle doit déboucher sur des mesures qui permettent d’améliorer la vie et le travail des salariés, des retraités et des privés d’emploi dans notre pays.

La CGT va poser sur la table 94 exigences qui donnent un sens et des propositions très concrètes qui correspondent à des attentes fortes de la part des salariés. Notre contribution vise à obtenir une sortie progressiste de la crise. Nous allons demander des résultats.

Je cite cinq priorités essentielles pour la CGT. Elles sont une première étape pour engager un changement de cap qui réponde aux aspirations du monde du travail et pour réorienter la politique économique.
1) Revaloriser le SMIC, l’indice des salaires de la fonction publique, les pensions et les minima sociaux.
2) Etablir un calendrier strict et à court terme pour ouvrir des négociations dans les branches professionnelles sur les grilles de qualification avec pour objectif : plus aucune grille en dessous du SMIC, et une garantie de reconnaissance des qualifications sur une carrière complète.
3) Mettre en œuvre une véritable démocratie sociale : tous les salariés doivent pouvoir élire un représentant du personnel dans leur proximité, y compris ceux des TPE, ils doivent pouvoir bénéficier d’un droit d’expression direct et collectif sur leur travail, pris sur leur temps de travail, leurs représentants doivent pouvoir disposer de droits d’intervention dans la stratégie de l’entreprise avec un droit de véto sur les licenciements.
4) Relancer l’emploi par l’investissement industriel en engageant la France dans le plan d’investissement visant la création d’emplois de qualité, porté par la Confédération Européenne des Syndicats, en y consacrant 2% du PIB.
5) Contrôler les aides publiques accordées aux entreprises et les réorienter pour qu’elles servent à l’emploi et à l’investissement.
Les 94 exigences et propositions de la CGT sont une réelle alternative aux prétentions et aux surenchères du patronat.

C’est une réponse au Premier Ministre dont les déclarations faites à la veille de la conférence sociale sont une véritable provocation pour le monde du travail.

Le premier Ministre vient d’annoncer publiquement son choix de ne plus parler des sujets qui fâchent le patronat. Un patronat uni comme jamais, qui veut imposer son modèle social, où les questions précisément sociales disparaissent tout simplement du paysage. Un patronat qui passe un pacte de responsabilité avec le Président de la République sans prendre aucun engagement sur ce qui l’engage vis-à-vis des salariés, c’est-à-dire l’emploi, la rémunération du travail et les conditions de travail.

Ainsi, très concrètement, le gouvernement donne raison au patronat qui ne veut pas endosser sa responsabilité dans la reconnaissance de la pénibilité au travail et qui exclut du travail pour inaptitude 150 000 salariés par an.

Il décide de ne pas prendre en compte dès 2015 la pénibilité des salariés soumis aux charges lourdes, aux postures pénibles, aux températures extrêmes, au bruit, aux vibrations mécaniques et aux agents chimiques dangereux. Plus de 2 millions de salariés dont tous ceux qui travaillent dans le bâtiment et les travaux publics attendront 2016 pour commencer à accumuler des points. Pour gagner 2 ans d’anticipation de départ à la retraite, les salariés concernés devront être exposés à au moins deux pénibilités pendant 12,5 années. Même de cela, le patronat ne veut pas en entendre parler !

Dans cette même logique, les dispositions sur le temps partiel restent assorties de nombreuses dérogations qui affaiblissent le droit des salariés. Dans le contexte de chômage de masse, quel salarié va dire non à un employeur qui lui propose un emploi à moins de 24 heures hebdomadaires ?

Le premier Ministre fait le choix de préempter la future négociation relative aux Institutions Représentatives du Personnel, en répondant à la revendication du patronat de relever les seuils sociaux, alors qu’on sait que les seuils sociaux de 10, 20 ou 50 salariés n’ont aucune incidence sur l’emploi.

Enfin, le premier Ministre reprend une vieille revendication patronale en annonçant un chantier de simplification du Code du Travail.
Ainsi l’engagement et la signature du patronat concernant les très maigres concessions accordées au cours des négociations des différents Accords Nationaux Interprofessionnels, deviennent un point de détail qu’il n’est plus nécessaire de respecter.

Les patrons passent des contrats qui les engagent avec tout le monde, les banques, les fournisseurs, les clients, sauf avec les représentants des salariés !

La CGT s’opposera à toute mesure affaiblissant le droit d’intervention, de représentation et de négociation collective des salariés dans notre pays.
J’ai adressé mercredi un courrier au Président de la République afin qu’il clarifie sa position et le sens des débats qu’il entend mener lors de la conférence sociale.

Il m’a adressé sa réponse ce matin. Elle n’est pas de nature à nous rassurer sur le sens des réformes qu’il entend promouvoir ni sur sa conception du dialogue social. Le contenu de sa réponse interroge forcément notre participation à la conférence sociale les 7 et 8 juillet. Le bureau confédéral de la CGT se réunira lundi et nous prendrons notre décision.

Il n’est pas question pour la CGT de cantonner le syndicalisme tout entier dans un rôle de figuration, particulièrement méprisant pour l’exercice de la démocratie sociale. Le gouvernement ne peut pas décider du calendrier, du contenu et des objectifs des thématiques à débattre entre partenaires sociaux et demander aux organisations syndicales d’en assurer la mise en œuvre par une négociation sous contrainte du patronat.

Notre état d’esprit dans la période est d’être une organisation syndicale qui soit utile aux salariés, qui leur permette de s’engager et de se mobiliser pour gagner des avancées sociales, des droits concrets pour leur vie de tous les jours. Les salariés nous demandent d’être plus présents dans leur proximité de travail, plus accessibles. La semaine dernière, vous le savez, ont eu lieu des initiatives multiples dans les entreprises et les territoires à l’initiative de la CGT. L’objectif était d’aller à la rencontre des salariés. Partout où nous sommes allés, nous avons été très bien accueillis. Leurs attentes sont fortes aussi en direction du syndicalisme. Et c’est normal. Les salariés attendent beaucoup de la CGT mais la CGT a aussi besoin d’eux car nous ne pourrons pas nous occuper de leurs affaires à leur place. Face à l’offensive du patronat, les salariés ont besoin d’être solidaires pour s’épauler, s’unir, revendiquer et se mobiliser ensemble.
C’est ce que font aujourd’hui les salariés du spectacle. Ils sont massivement en grève aujourd’hui. On commente beaucoup les modalités d’action des intermittents du spectacle, des cheminots, mais ce qui domine c’est l’absence de débat sur les enjeux que représentent ces conflits sociaux.

Dans le cas du conflit de la SNCF, le gouvernement a tout fait pour éviter un vrai débat sur les enjeux du service public et du ferroviaire en France. Au moment où on débat de transition énergétique, on ne veut pas regarder par exemple pourquoi le fret ferroviaire s’est effondré depuis 10 ans. Le risque demain est l’instauration d’une concurrence entre le rail et le transport routier, y compris voyageurs, à l’intérieur même de la SNCF.

Le patronat, comme le gouvernement, aimeraient bien que les salariés conservent un goût amer de la lutte qu’ils ont menée. Chercher à diviser les salariés entre eux et à les humilier est un exercice dangereux pour la démocratie.

J’alerte d’ailleurs le gouvernement sur le conflit de la SNCM. Nous en sommes au 11ème jour de grève. Il est temps que le gouvernement prenne ses responsabilités et respecte ses engagements en permettant sans délai la signature de la commande de 4 navires aux chantiers navals de Saint Nazaire, conformément à la lettre d’intention signée le 31 mars dernier.

Pour ce qui nous concerne, nous allons continuer notre plan de travail de rencontre des salariés là où ils sont pour qu’ils s’organisent dans la CGT.

Durant tout l’été, comme chaque année, la CGT va rencontrer les travailleurs saisonniers et les salariés sur leurs lieux de vacances. Le 7 juillet prochain, une caravane de la CGT va prendre la route. Après avoir marqué une première étape à Argelès sur mer, elle sillonnera les côtes de l’Atlantique et de la Méditerranée jusqu’au 25 juillet. Je serai moi-même présent le 15 juillet à Arcachon.

A la rentrée, nous avons décidé de réunir pour une journée les militants de la CGT impliqués dans des luttes victorieuses, des plus emblématiques et médiatisées, comme celle des Kem One, des Jeannette, des Pilpa, des Fralib, des STEF…à d’autres en apparence plus modestes mais tout aussi importantes, là où dans un service les salariés ont gagné la publication d’un poste, une embauche, une augmentation de salaire, le respect du temps de travail, l’engagement d’un projet.

En résumé, toutes les interventions et les mobilisations des salariés qui permettent de conjuguer développement économique de l’entreprise et satisfaction des revendications sociales.