L’accès au logement et la conquête de nouveaux droits sont la solution pour le syndicat du domaine de la Forêt Blanche, dans les Hautes-Alpes.
Un article de Jean-Philippe Joseph pour Ensemble, le mensuel aux syndiqués (février 2012)
Trois ans après sa création, en mars 2009, le bilan du syndicat de site multiprofessionnel de la Forêt Blanche, dans les Hautes-Alpes, peut sembler mitigé. Moins de vingt adhérents, alors que les stations de Vars et Risoul emploient à elles deux plus de 1 200 travailleurs saisonniers, et qu’ils sont dix fois plus au niveau du canton de Guillestre, entre le parc national des Écrins et le parc régional du Queyras. « L’enjeu pour nous est de maintenir une activité syndicale tout au long de l’année, indique Isabelle Laurent, coanimatrice du syndicat avec Christian Verhille, le secrétaire général. Les salariés saisonniers ne sont là en théorie que pour trois ou quatre mois. Beaucoup aimeraient s’installer dans la région et développer une pluriactivité mais, compte tenu du prix de l’immobilier et du durcissement des conditions d’indemnisation du chômage, il est presque impossible de l’envisager. »
Créé pour lutter contre l’isolement des salariés, le syndicat peine pour l’heure à recruter au-delà des remontées mécaniques, qui représentent 10 % de l’emploi saisonnier. Loin derrière les métiers de l’accueil, de l’animation ou du transport, 35 %, et ceux de l’hôtellerie/restauration, 55 %. « Le secteur de l’hôtellerie/restauration est celui où l’on a le plus de mal à syndiquer… et c’est celui où les atteintes au droit du travail sont les plus nombreuses : journées sans fin, heures sup’ non payées, sans parler des employés qui se retrouvent virés du jour au lendemain sans autre explication, résume Isabelle Laurent. Les appels se multiplient au fil des semaines. Et on a très peu de temps pour agir. Surtout qu’en général, les gens viennent nous voir une fois les problèmes arrivés. » Alors, tout au long de la saison, Isabelle et les autres font le tour des stations, de jour comme de nuit, jusque dans les pubs, pour informer les travailleurs saisonniers de leurs droits.
En charge du dossier des travailleurs saisonniers pour l’UD CGT 05, Francisco Murillo veut s’appuyer sur la structure du syndicat multiprofessionnel pour fédérer autour de nouveaux droits, à commencer par la reconduction des contrats d’une année sur l’autre pour ceux qui le souhaitent, comme ça se fait dans les remontées mécaniques. Il souhaite aussi la création d’un CHSCT de site. « Cela permettrait d’avoir un suivi médical des travailleurs en saisonnalité, dont une grande majorité vit dans des conditions d’hébergement et d’hygiène déplorables. Avec un accès facilité au logement – par le biais du 1 % employeur ou d’accords avec les mairies – ça peut être le moyen d’ancrer durablement une activité syndicale à travers les saisons. »
Jean-Paul Queyras, Vars, 12e saison
L’hiver, je travaille en
station, l’été, je suis
accompagnateur en
montagne. Vivre et
travailler au pays devient de plus en
plus difficile. Personnellement, j’ai
eu la chance de pouvoir acheter ma
maison juste avant que l’immobilier
flambe, en 2000. S’installer
aujourd’hui relève de la gageure,
même pour un couple.
Éric François, Vars, 15e saison
Monter un tel syndicat
prend du temps. Il
arrive que les gens
adhèrent au cours des
trois ou quatre mois qu’ils passent
ici, car ils sont dans une dynamique,
ils sont motivés. Puis, les choses
retombent. À l’issue de leur contrat,
ils passent à autre chose, ils ont
d’autres problèmes à régler.
Sébastien, 32 ans,
Risoul, 4e saison
Je me suis syndiqué
en décembre 2011. Ça
faisait longtemps que
j’y pensais. Beaucoup
de jeunes travaillent aux remontées
mécaniques, mais l’idée de défendre
leurs droits ne leur vient pas à
l’esprit. Il y a aussi un autre élément à
prendre en compte : ici tout le monde
se connaît, les gens entrent aux
remontées souvent par le biais d’un
ami ou d’un membre de sa famille.
Se syndiquer peut faire peur.
Annie Zwahlen,
Risoul, 4e saison
Le salaire aux
remontées
mécaniques est
correct, mais petit à
petit, la direction essaye de rogner
sur nos avantages. Tout le monde en
est conscient, mais chacun essaie
de résoudre les problèmes de son
côté. Récemment, pourtant, on a
réussi à mobiliser les gens pour les
contremarques (forfaits distribués
aux salariés et à leurs familles,
ndlr). La direction ne voulait plus les
prendre en charge.