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Publié le jeudi 5 juin 2008

Bernard Thibault : "Un moment historique"



Une nouvelle "Confédération syndicale internationale" doit voir le jour lors d’un congrès fondateur prévu à Vienne, en Autriche, du 1er au 3 novembre prochain. La Cgt a décidé, lors d’un Comité confédéral national le 27 septembre, d’adhérer à cette organisation.

Bernard Thibault nous livre son appréciation sur ce "moment historique".

La Cgt vient de décider d’adhérer à une nouvelle organisation syndicale internationale qui doit voir le jour en novembre prochain. En quoi cette décision est-elle importante pour les salariés ?

B. Thibault : Cette nouvelle confédération vise à doter les salariés d’un outil syndical international plus efficace face à la mondialisation. Unifié, élargi à des organisations sans affiliation internationale, le syndicalisme devrait être plus fort face aux multinationales, aux institutions internationales et aux gouvernements. Cet outil doit permettre aux salariés de changer le cours de la mondialisation afin qu’elle s’opère en leur faveur.

Bien entendu, cette nouvelle structure ne se substitue pas aux outils syndicaux professionnels internationaux existants, les FSI (fédérations syndicales internationales). Elle doit encourager et permettre d’organiser la mobilisation internationale sur le plan interprofessionnel pour obtenir des garanties sociales pour tous, sans oublier les salariés qui ne sont couverts par aucune garantie collective. Or nous savons que 70 % des travailleurs dans le monde, aujourd’hui, se trouvent employés dans l’économie informelle et ne disposent ni de garanties collectives, ni de couverture sociale, et bien sur d’aucun emploi stable, ce qui favorise dumping social et délocalisations.

Quelles organisations composeront cette nouvelle confédération et, en quelques mots, sur quelles bases et pour quels objectifs ?

B. Thibault : La naissance de cette nouvelle confédération interviendra après la dissolution des deux principales organisations existantes, la CISL et la CMT. Les organisations nationales qui les composaient ainsi que des celles du « groupe de contact » regroupant les organisations non affiliées (une dizaine d’organisations dont la Cgt) vont se réunir à Vienne, en Autriche, du 1er au 3 novembre, lors d’un congrès fondateur qui jettera les bases de cette nouvelle confédération.
Dénommée "Confédération Syndicale Internationale", elle regroupera plus de 350 confédérations nationales et 180 millions d’adhérents issus de plus de 150 pays.

Il ne s’agit pas d’une fusion d’organisations existantes mais de la refondation d’un nouveau syndicalisme international avec de nouveaux principes, objectifs et modes d’actions.

Ses principes de base reposent notamment sur les notions de "démocratie", "d’indépendance", de "pluralisme", "d’unité". Ils affirment la prépondérance de la valeur du travail sur celle du capital et la nécessité d’un syndicalisme de "transformation sociale".

Le programme d’action a comme premier objectif de "changer fondamentalement la mondialisation afin qu’elle fonctionne en faveur des travailleurs et des travailleuses, des sans-emploi et des pauvres".

Cette adhésion a été approuvée par 94,2 % des membres du Comité confédéral national. La Cgt n’étant actuellement affiliée à aucune organisation internationale, quel est l’état d’esprit des militants et des organisations à quelques semaines du congrès fondateur ?

B. Thibault : Le débat que nous venons d’avoir au CCN témoigne d’un état d’esprit empreint de lucidité, de confiance et d’enthousiasme à l’égard de ce projet. Beaucoup considèrent qu’il s’agit d’un moment historique, important pour la Cgt comme pour l’ensemble du syndicalisme mondial. Bien entendu, tout reste à faire dans la pratique pour que ce nouvel outil syndical permette une réelle efficacité face aux problèmes qui sont posés à l’ensemble des salariés de la planète.
La Cgt a largement contribué à cette unification et à la rédaction des projets de statuts et de programme d’action.

Quel message porterez-vous à Vienne ?

B.Thibault : Que nous puissions travailler ensemble, dans l’unité et le respect de la diversité des cultures et des histoires de chacune des organisations. Notre objectif est de construire l’action syndicale sur le plan mondial qui permettra aux travailleurs partout dans le monde d’avoir voix au chapitre dans les politiques nationales, européennes et internationales conduites par les acteurs de la vie sociale, économique et politique et de changer fondamentalement le cours de la mondialisation dans la réalité et pas seulement dans les intentions et les discours.