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Publié le vendredi 4 juillet 2008
Conclusions du colloque

Agir pour des Transports écologiquement, socialement...



COLLOQUE

ONG/Syndicats
Grenelle de l’environnement

19 juin 2008

Conseil Économique et Social de la République

Agir pour des Transports écologiquement,
socialement et économiquement durables

Conclusions de Jean Paul Besset, porte parole de la Fondation Nicolas Hulot

Je commencerai par remercier nos partenaires Alpha et Syndex, pour leur contribution professionnelle à l’organisation de ce colloque qui s’est très bien passé ; les remercier au nom de tous les organisateurs et au nom des 264 participants.

Je cois que les bonnes questions ont été posées, de manière directe et sans tabous, autour de la problématique des transports, même si évidemment toutes les réponses n’ont pas été données. Un certain nombre de pistes ont été tracées et je voudrais essayer devant vous de les synthétiser. Je m’excuse par avance si ici et là ma propre sensibilité déborde l’objectivité nécessaire à une synthèse.

La problématique des transports, on l’a bien senti dans toutes les interventions, est au centre des défis de l’époque. Ces défis, je les situerai à deux niveaux :

- 1 Culturel

- 2 Économique et social

Le niveau culturel n’a pas donné lieu à des interventions en tant que telles, mais il était très présent dans les fondements des interventions des uns et des autres ou parfois dans les non dits. Il faut en effet aborder la question des valeurs. Derrière les choix de mode de transports c’est la question de la valeur de la mobilité qui est posée. La mobilité aujourd’hui s’est identifiée à la liberté et, après la révolution industrielle qui a été permise par le charbon, on est entré dans une vraie révolution de la mobilité qui a été permise par le pétrole à bas coût.

Cette révolution là est en train de se clore. Elle doit donner naissance à d’autres révolutions.
Qui commencent par une interrogation : c’est quoi la valeur de la mobilité ? Jusqu’où doit-on pousser l’identification de celle-ci avec la liberté individuelle et collective ? Ne faut-il pas confronter le principe de mobilité avec un autre principe : celui de proximité ? Est-ce que les contraintes écologiques et sociales, qui sont indissociables l’une de l’autre, ne nous obligent pas à s’orienter vers des politiques de modération, y compris du point de vue de la mobilité ? Ici et là est apparue une question qui me paraît essentielle : ne faut-il pas aujourd’hui réfléchir sur comment on pèse sur la demande au lieu d’être dans une perspective traditionnelle d’accroissement de l’offre de mobilité permanente ? Est-ce qu’au « bougisme » qui s’est emparé de nos sociétés il ne faut pas opposer des conduites de raison et de modération ?

Ça, c’est la sphère culturelle, celle des valeurs autour desquelles la société s’organise et auxquelles sont liées immédiatement la sphère économique et sociale.

Aujourd’hui, la question de la mobilité, donc des transports, a un rôle économique majeur dans nos sociétés, mais ces effets environnementaux et sociaux sont maximum. Comment réguler et rendre la mobilité compatible avec les impératifs écologiques et sociaux ?

Les impératifs écologiques ont été énoncés par le Grenelle, certains d’entre vous y ont fait référence. Désormais, les grands projets d’infrastructure, les grands choix collectifs de société devront être examinés à la lumière des nouveaux critères du Grenelle, à savoir les critères climatiques et les critères de biodiversité. Du point de vue social également. Il ne saurait être question d’envisager une durabilité écologique si elle ne s’accompagne pas d’une durabilité sociale et vice versa. Les problèmes qui sont devant nous dans le secteur des transports sont redoutables, ne nous faisons pas d’illusions. Il faut employer les mots Restructuration et on sait ce que Restructuration signifie du point de vue social. Des secteurs économiques sont très exposés. Les mutations seront difficiles. Elles le sont d’ores et déjà sur certaines professions comme les pêcheurs ou camionneurs, demain le secteur aérien et l’industrie automobile, etc…
La question sociale est indissociablement liée à celle de la contrainte écologique, et ce sont ces deux défis qu’il faut relever ensemble. Ça débouche sur une question centrale qui, je crois, est la question fondamentale de ce colloque : quel objectif central doit se donner une politique des transports, quel choix doit-on faire du point de vue de la mobilité ?. Doit-on réduire celle-ci, c’est à dire réduire les trafics à base d’énergie fossile et diminuer par conséquent l’offre de transport ? Autrement dit faire décroître nos moyens de se déplacer et en tirer toutes les conséquence sur le plan économique et social ? Ou au contraire doit-on maintenir cette offre, voire l’augmenter en favorisant l’accroissement du trafic comme source d’échange et de richesse ?

C’est la question centrale ; elle n’est pas simple à résoudre. C’est la question qu’on ne peut pas éviter de se poser crûment. Je rappellerai l’intervention de Jean Jouzel ce matin. Il faut diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Ce qui signifie dans un pays développé comme le nôtre qu’il faut les diviser par quatre. Or, la tendance inscrite des émissions dans le secteur des transports est à une multiplication par deux.

On voit bien l’écart pour répondre à la question. A partir de là, les interrogations pleuvent en avalanches pour donner du corps à des choix de politique de transport.

Comment diminuer les transports contraints ? C’est peut-être là que réside la clé, c’est-à-dire vous, moi, qui sommes obligés de prendre notre voiture. Derrière cette question, c’est toute la question de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme qui est posée, toute la question de l’étalement urbain et de l’organisation de la vie sociale (lieux d’habitation, de travail , de commerce, de loisirs) qui se trouve posée.

Deuxième grande série d’interrogations : Quel outil majeur utiliser ?

On a parlé de politique multimodale des transports, de transferts modaux pour rééquilibrer les choses. Il s’agit bien en effet de privilégier le rail et le fluvial par rapport au routier.

Quel financement pour cette politique de transfert modal au moment où certains lisent un désengagement de l’Etat dans la politique des transports. C’est une question qui ouvre sur la fiscalité, qui intervient en priorité dans les choix d’une politique des transports ; La fiscalité n’est pas seulement ce que vont payer les autres, c’est aussi ce qu’on doit payer nous, en tant que consommateurs. Ce n’est pas seulement ceux qui font des bénéfices en bourse qui peuvent régler la question, c’est la question de toutes les recettes nouvelles.

Toute une série d’idées ont été abordées à ce propos, péages urbains, éco redevance poids lourds, euro vignette, taxe sur les vols intérieurs aériens, celle d’un emprunt national, taxe carbone sur les combustibles fossiles, ce qu’au Grenelle de l’environnement on a appelé une contribution climat énergie. Bref, toutes ces recettes nouvelles dessinent une politique fiscale nouvelle à mettre en œuvre, à prélèvement constant pour ne matraquer personne, mais qui implique un changement de centre de gravité de notre fiscalité.

La fiscalité sera le meilleur révélateur des choix politiques en matière de transports.

A propos de la priorité du transfert modal, au détriment de la route et au privilège du rail et du fluvial, il faut comme beaucoup d’entre vous l’ont dit passer des intentions aux actes et afficher un discours politique qui ne se cache pas derrière son petit doigt. Il faut pouvoir bousculer les habitudes, les traditions et les intérêts sans accabler qui que ce soit. Il faut en particulier pouvoir dire que la place de l’automobile individuelle doit se rétracter. C’est une affaire de volonté politique qui ne doit pas hésiter à bousculer ; l’exemple le plus récent c’est l’autorisation donnée à la construction de l’autoroute Pau/Langon, et cette autoroute, c’est pas seulement un diable de gouvernement qui l’a fait, c’est un front commun qu’ont proposé M. Jupé, Maire UMP de Bordeaux, M. Rousset Président (PS) du Conseil Régional d’Aquitaine et M. Bayrou qui a failli être Maire (Modem) de Pau.Nous avons là les trois forces politiques essentielles du paysage qui sont d’accord pour multiplier les possibilités de trafic quelles que soient les conséquences sur le climat et sur la biodiversité donc en contradiction flagrante avec les conclusions du Grenelle.

C’est l’inverse de la volonté politique, du courage politique qu’il faudra affirmer dans une politique des transports durable.

Enfin, sur cette détermination de la volonté politique, entre l’incitatif et le dissuasif, je crois que si on croit à ce qu’on dit, si ce que nous a dit Jouzel est vrai, si la situation est si urgente et si grave, le temps de l’incitatif est terminé, il a échoué. Non pas qu’il ne faut pas faire de mesures incitatives, mais maintenant il faut passer au dissuasif de manière démocratique, après débat de la société en tenant compte de toutes les conséquences, des contradictions et des diversités de la société française, mais nous devons aller vers des systèmes qui imposent des normes, des règlements si ont veut sortir de l’impasse dans laquelle on est et rétablir la vérité des coûts. Le politique doit avoir ce courage.

Ce matin, il y a eu des débats autour des décisions de l’Union européenne sur les véhicules individuels et la norme de 120g ; on voit bien l’importance que ça a. S’il y a une norme et si elle est acceptée et discutée démocratiquement, l’ensemble des couches de la société se mettra en mouvement vers cette norme pour s’organiser, mais il faut que le politique soit capable d’afficher un objectif contraignant et ne se contente pas d’accords volontaires dans le genre seulement incitatif. C’est tout le problème du Grenelle probablement. Le Grenelle a un résultat plutôt positif parce qu’il envoie un signal assez fort. Pour la première fois en France on a là un ensemble de mesures solides, robustes, mais il reste trop incitatif sur un certain nombre de choses. Il n’ose pas aller dans le dur, s’affronter au niveau des enjeux auxquels on est soumis.

Enfin, les questions technologiques : les innovations technologiques, le génie créateur de l’humanité, la capacité des ingénieurs, des techniciens de trouver des solutions, nous feront-elles échapper au défi de diminuer la mobilité tout en maintenant un niveau d’activités suffisant pour l’ensemble de la société. On a évoqué la voiture électrique, les piles à combustible, le moteur propre etc…La vérité oblige à dire que nous n’avons pas grand-chose en magasin à échelle de temps raisonnable par rapport aux enjeux qui sont fixés. Nous ne pouvons pas miser l’avenir de nos sociétés sur d’hypothétiques avancées technologiques.

Donc il faut faire d’autres choix qui sont dans le développement de la recherche et du développement. Mais il faut chercher dans une certaine direction, du côté des économies d’énergie, vers des combustibles de remplacement qui ne concurrencent pas les denrées alimentaires, vers un type d’urbanisme qui renverse la tendance à l’étalement urbain, vers les circuits courts de distribution, chercher tout ce qui va favoriser cette mutation de la société française.

Sur le fond, n’éludons pas la question : pourquoi se déplacer et quoi déplacer ? Posons nous les questions d’usage avant de parier sur le génie des ingénieurs. Cherchons à redonner du sens à la mobilité.

La question des transports est certes une question technique, mais c’est d’abord une question de choix politique donc de choix de société.